Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Baron

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul
L'Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul.
L'Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul.
Présentation
Période ou style gothique flamboyant
Date de construction XVIe siècle
Destination initiale culte
Propriétaire commune
Destination actuelle culte
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)[1]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Comté de Valois
Région Picardie
Département Oise
Commune Baron
Localisation
Coordonnées 49° 10′ 23″ N 2° 43′ 58″ E / 49.17306, 2.7327849° 10′ 23″ Nord 2° 43′ 58″ Est / 49.17306, 2.73278  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul

L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est une église catholique paroissiale située à Baron, en France. Son clocher avec une flèche en pierre haute de 45 m date du XVe siècle. L'église proprement dite a été édifiée entièrement au XVIe siècle dans le style gothique flamboyant, et présente une rare homogénéité, encore plus à l'intérieur qu'à l'extérieur. La façade principale est celle du sud, et l'élément le plus soigné est le croisillon sud qui comporte le portail. Il n'y a pas de fenêtres hautes : les murs hauts de la nef et du chœur sont nus au-dessus des grandes arcades. L'intérieur est très sobre : il n'y a pas un seul chapiteau, et les moulures se concentrent sur les piles ondulées et les grandes arcades, mais les lignes claires et l'harmonie des proportions créent une impression d'élégance, soulignée par les boiseries du XVIIIe siècle provenant de l'abbaye de Chaalis. L'église a été classée très tôt au titre des monuments historiques par liste de 1840[1], et se trouve ainsi parmi les treize tout premiers monuments historiques du département de l'Oise.

Localisation[modifier | modifier le code]

L'église est située dans le département français de l'Oise, sur la commune de Baron, rue des Fontaines (RD 330a).

Historique[modifier | modifier le code]

Vue depuis l'est.

Sous l'Ancien Régime, le curé de Baron était nommé par l'évêque de Senlis. Baron était un bourg d'une certaine importance, soulignée jadis par une enceinte avec des portes fortifiées, dont toute trace avait déjà disparu pendant le second quart du XIXe siècle[2]. Jeanne d'Arc communie dans l'église de Baron la veille de l'Ascension de 1429, en compagnie du duc de Clermont et du duc Jean II d'Alençon. Il s'agit toutefois de la précédente église, à l'emplacement de laquelle l'église actuelle a été construite[3]. Très homogène, elle a été édifiée presque entièrement au XVIe siècle dans le style gothique flamboyant[4]. La datation que fournit le ministère de la Culture dans sa base Mérimée, à savoir les XIIe et XIIIe siècles, n'est fondée sur aucune source et n'est pas reprise par la littérature ; elle est également démentie par l'architecture de l'édifice. L'importance passée de Baron explique les dimensions considérables de l'édifice et sa qualité architecturale[4]. Le chanoine Pihan écrit : « L'église de Baron ressemble un peu à une cathédrale ! »[3]. Elle est dédiée à saint Pierre et saint Paul.

Le clocher avec sa flèche octogonale en pierre daterait du XVe siècle et serait donc la partie la plus ancienne de l'église[1]. Il a été restauré en 1615[2], ce qui parle effectivement en faveur d'une date de construction antérieure au reste de l'église. Les stalles et les boiseries du XVIIIe siècle proviennent de l'abbaye de Chaalis, dont l'abbatiale a été détruite après la Révolution française[5]. À leur propos, le chanoine Pihan écrit : « Quel que soit le mérite architectural de ce monument, ce qui fixe surtout l'attention et captive l'admiration des visiteurs, c'est la magnifique boiserie qui règne autour du chœur » [...][6]. Lors de la Seconde Guerre mondiale, l'église a été considerablement endommagée, et en dépit des réparations notamment sur le plan de la toiture, de la charpente et des voûtes, ces dernières restent dans un état fragile[1].

Bien que classée très tôt au titre des monuments historiques par liste de 1840[1], avec seulement douze autres édifices sur l'étendue du département, l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Baron n'a jamais fait l'objet d'une monographie ou d'une étude détaillée. Son histoire n'est pas documentée, et une datation plus exacte de ses différents éléments n'a pas été effectuée. D'après le chanoine Pihan, le choix de l'église de Baron serait plus ou moins dû au hasard. Il aurait également été motivé par le souvenir de Jeanne d'Arc[7], car comme le montre la datation erronée dans la base Mérimée, la personne qui a inscrite l'église sur la liste des monuments historiques de 1840 la prenait pour une église moyenâgeuse. Le 5 décembre 1841, Louis Graves rédige un rapport émettant un avis sur la liste, qui est encore considérée comme provisoire. Il propose de rayer cinq églises classées à tort, et demande en même temps le classement de douze autres églises. Graves « blâme le mauvais goût de la construction et sa mauvaise exécution »[7].

Description[modifier | modifier le code]

Aperçu général[modifier | modifier le code]

De plan cruciforme et régulièrement orientée, l'église se distingue par un chœur aussi long que la nef, les deux se composant de trois travées. Elles sont accompagnées de collatéraux au nord et au sud, sauf la dernière travée du chœur, qui comporte le chevet à pans coupés. Le haut clocher se dresse à l'emplacement de la première travée du bas-côté sud. Avec cette exception, l'église est parfaitement symétrique le long de son axe. Le transept, très saillant et aussi élevé que la nef, comporte sur son chevet sud le portail principal de l'église[4]. La façade occidentale, donnant sur une courte et étroite impasse, est elle aussi dotée d'un portail, d'une facture nettement plus simple. L'église possède des pignons aux deux extrémités du transept et sur la façade occidentale. Les collatéraux sont recouverts de toits en appentis.

Extérieur[modifier | modifier le code]

Clocher.
Croisillon sud.

En tant que seule façade donnant directement sur la voie publique, la façade méridionale a bénéficié de soins particuliers et a été décorée plus richement que le reste, nettement plus sobre. Les deux éléments déterminants de la façade sont le clocher et l'extrémité du croisillon sud du transept, influencé vaguement par la cathédrale Notre-Dame de Senlis, qui venait d'être équipé d'un transept avec portails à l'époque de la construction de l'église. Le clocher atteint à son sommet une hauteur de 45 m. L'angle sud-est du clocher est flanqué d'une tourelle d'escalier entre les deux contreforts d'angle. Ces contreforts sont presque verticaux, et ceux tournés vers le sud sont agrémentées chacune d'une niche à statue sous un dais, aujourd'hui vide. Les quatre niveaux du clocher sont séparés visuellement par des larmiers ; un larmier supplémentaire et un court glacis scandent en plus l'étage de beffroi. Ces larmiers incluent les contreforts et la tourelle d'escalier. Les deux premiers niveaux du clocher correspondent à la hauteur de la nef. Au sud, le larmier entre les deux niveaux est interrompu par une baie en arc brisé. Le troisième niveau est aveugle, alors que le dernier niveau est ajouré sur chaque face par deux grandes ouvertures abat-son gémellées, décorées simplement d'un sourcil. Au-dessus, les murs se terminent par des balustrades, et les contreforts chacun par un pinacle. Deux énormes gargouilles sous la forme de chimères regardent vers le sud. Une flèche octogonale en pierre s'élève au centre de la plate-forme, aux arêtes garnies de crochets et aux faces décorées d'écailles de poisson, décor reproduit par la petite flèche coiffant la tourelle d'escalier[4],[2].

La façade du croisillon sud présente deux contreforts orthogonaux aux extrémités ouest et est, reliés par un mur galbé. Chacun est précédée d'une colonne engagée supportant un chapiteau, destiné initialement à recevoir une statue, comme l'indiquent également les vestiges de dais un peu plus haut. Un pinacle plaqué à la fin du niveau du rez-de-chaussée complète le décor ; au-delà, les angles des contreforts sont biseautés. Sur la face sud, des contreforts secondaires apparaissent au niveau de l'étage, se terminant également par de petits pinacles. Le portail est particulièrement remarquable. Il est cantonné de multiples supports fasciculés, sans chapiteaux, se continuant sans rupture autour de l'archivolte. Ce dernier est surmonté d'une accolade peuplée par huit petits animaux. Sur les piédroits, l'on note des pinacles, puis les restes de niches à statues, et encore des pinacles curbilignes sur la partie inférieure de l'archivolte. Plus haut, une frise de feuillages prend le relais, dont le début et la fin sont marqués par un petit animal. Le portail proprement dit se compose de deux portes en anse de panier de taille modeste, qui laissent la place à un grand tympan ajouré par une fenêtre à trois meneaux, avec un remplage flamboyant tardif : deux paires de deux lancettes sont chacune surmontées d'une accolade, entrecoupée par un arc en plein cintre, et s'inscrivant dans un arc brisé. L'accolade du portail continue vers le haut et sert de menau central à la fenêtre de l'étage, qui est en plein cintre, mais reproduit sinon le remplage du tympan. De petits animaux garnissent ici aussi l'extrados et les impostes. Enfin, une gargouille règne sur l'extrémité supérieure de chaque contrefort. Les faces latérales du croisillon sont elles aussi éclairées par des fenêtres, hautes et étroites, sans remplage. Une tourelle d'escalier occupe l'angle entre le croisillon et le chœur[4],[2].

L'extérieur des collatéraux présente des contreforts semblables à ceux du croisillon sud, mais les colonnes engagées sont moins saillantes. Devant le chœur, elles se terminent par une petite accolade au lieu d'un chapiteau, et plus haut suit un chaperon au niveau des impostes, dont le gâble est décoré et se termine par un petit pinacle en bas-relief. La partie supérieure des contreforts est arrondie, et chacun se termine par une gargouille, alimentée par un chéneau sur l'extérieur des arc-boutants. Ces arc-boutants sont dissimulées dans les toitures et manquent par ailleurs au nord de la nef. Une autre gargouille occupe le sommet de chaque arc-boutant. Les fenêtres sont en arc brisé ; tout comme sur le croisillon sud, les moulures sur la voussure se continuent au niveau des impostes et sont peuplés de petits animaux fantastiques. Si chaque baie possède un remplage sur la base de trois lancettes, l'on note des réseaux flamboyants à soufflets et mouchettes du côté du chœur, mais des remplages simplifiées du côté de la nef.

Sur le chevet, les fenêtres orientales des collatéraux arborent des réseaux flamboyants à trois formes, et l'abside se caractérise par cinq fenêtres à deux lancettes particulièrement élevées. Peu exposé au regards, le décor de l'abside est déjà bien réduit par rapport à l'élévation méridionale, mais chacun des contreforts bénéficie quand même d'un pinacle et d'une gargouille en hauteur. Au nord, seulement les éléments purement fonctionnels ont été maintenus, et les murs ne sont pas appareillés en pierres de taille, mais bâtis en moellons irréguliers. Des gargouilles se trouvent uniquement sur le croisillon nord. Il est éclairé à son extrémité par une vaste et large baie à deux forts meneaux, et par des baies étroites à l'ouest et à l'est. Une petite porte trouve place sous la fenêtre d'extrémité. Une troisième porte s'ouvre au centre de la façade occidentale. Flanquée de deux pilastres supportant un entablement, avec des médaillons dans les écoinçons, son décor affiche le style de la Renaissance. La nef n'est éclairée que par un oculus rond depuis l'ouest.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Intérieur[modifier | modifier le code]

Vue générale intérieure.

Comme d'usage dans la région à la période flamboyante, les murs hauts de la nef sont aveugles : L'éclairage est donc assuré par l'abside, par les croisillons, ainsi qu'indirectement par les bas-côtés. Grâce à l'emploi de pierres d'un teint claire, l'intérieur est toutefois assez lumineux. L'homogénéité de l'ensemble est encore plus marquée qu'à l'extérieur. Des lignes claires en lien avec des proportions harmonieuses rendent l'intérieur élégant en dépit de sa grande sobriété. L'absence totale de chapiteaux, le recours systématique à des piliers ondulés, et la mouluration savante de l'intrados des grandes arcades en arc brisé, soulignent cette impression. Les nervures des voûtes sont toutes pénétrantes. Le plus souvent, il s'agit de voûtes sur croisée d'ogives ordinaires, mais quatre voûtes font exception et présentent une riche ornementation flamboyante, avec des clés de voûte pendantes. Sont concernées les deux travées du collatéral nord du chœur, la croisée du transept et l'abside. Les voûtes de ces deux dernières travées sont particulièrement exceptionnelles : celle de la croisée est à liernes et tiercerons et montre huit clés de voûte secondaires en plus de la clé principale ; celle de l'abside montre une couronne et des nervures se recourbant vers la clé centrale. Toutes les parois du chœur sont revêtues par des boiseries en cœur de chêne d'une qualité exceptionnelle, comportant un riche décor sculpté représentant des attributs et emblèmes divers, ainsi que les quatre Évangélistes. Les stalles et le banc d'œuvre font partie de ce même ensemble de boiseries[4],[5]. — Comme particularité, le clocher est bien visible depuis l'intérieur de la nef, et ses contreforts prennent la même forme qu'à l'extérieur et font saillie dans la première travée de la nef. De ce fait, sa surface est limitée, et elle n'accueille pas de bancs. En face, la première travée du bas-côté nord est délimitée par des balustrades et sert de chapelle baptismale.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Mobilier[modifier | modifier le code]

L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Baron renferme six éléments de mobilier classés monuments historiques au titre objet :

  • Une statue en pierre calcaire de saint Paul, haute de 138 cm et datant de la fin du XIVe siècle ou du début du XVe siècle, en mauvais état car déplacée de l'église dans le jardin du presbytère à une date inconnue[8] ;
  • Un tableau peint à l'huile sur toile, haut de 133 cm et large de 100 cm, représentant un portrait de philosophe avec l'allégorie de la Vanité, œuvre du peintre allemand Laroche datant de 1668[9] ;
  • Le banc d'œuvre de la première moitié du XVIIIe siècle, en bois de chêne taillé. Son dossier est assemblé de panneaux de lambris provenant de l'abbaye de Chaalis et complète ainsi le lambris du chœur (voir ci-dessous)[10] ;
  • Une Vierge à l'Enfant en pierre calcaire polychrome, haute de 187 cm et datant du premier quart du XIVe siècle[11] ;
  • Le lambris de hauteur du chœur de la première moitié du XVIIIe siècle, en bois de chêne taillé en haut relief et bas-relief, se composant de seize panneaux provenant de l'abbaye de Chaalis. Il a été racheté après la dissolution de cette abbaye sous la Révolution. Le couronnement de chaque cartouche a été bûché ; le décor en haut relief est rapporté. L'ornementation comporte de nombreux attributs et symboles religieux, ainsi que les quatre Évangélistes, la Sainte Face, le Sacré-Cœur. Le lambris a été restauré entre 1978 et 1997[12] ;
  • Le retable du maître-autel du XVIIIe siècle, en bois taillé, partiellement doré ou traité en faux marbre. Il est constitué d'une niche centrale à voûte en cul-de-four, cantonnée de pilastres à chapiteaux corinthiens portant deux angelots. La corniche en plein cintre est surmontée d'une gloire comportant au milieu le tétragramme entouré de têtes de chérubins. L'ornementation est tirée des litanies de Lorette et se rapporte à l'Immaculée Conception, et elle est complétée par des coquilles, des palmes et des branches de laurier. La provenance du retable n'est pas connue ; il n'est en tout cas pas associé à l'abbaye de Chaalis. Il est à noter que l'autel en marbre et le tabernacle sont classés au titre objet avec l'église[13].
Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Graves, Précis statistique sur le canton de Nanteuil-le-Haudouin, arrondissement de (Oise), Beauvais, Achille Desjardins,‎ 1844, 107 p., p. 34-35
  • Chanoine Louis Pihan, Esquisse descriptive des monuments historiques dans l'Oise, Beauvais, Imprimerie D. Père,‎ 1889, 620 p., p. 535-537
  • Dominique Vermand, Églises de l'Oise II, Paris, Nouvelles éditions latines,‎ 1979, 32 p. (ISSN 0151-0819), p. 2-3
  • Dominique Vermand, Églises de l'Oise : Canton de Nanteuil-le-Haudouin, Beauvais, Conseil général de l'Oise / comité départemental du tourisme,‎ 1996, 32 p., p. 6-7

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. a, b, c et d Graves 1844, p. 34-35.
  3. a et b Pihan 1889, p. 535.
  4. a, b, c, d, e et f Vermand 1996, p. 5-6.
  5. a et b Vermand 1979, p. 2-3.
  6. Pihan 1889, p. 536.
  7. a et b Pihan 1889, p. 5.
  8. « Saint Paul », base Palissy, ministère français de la Culture.
  9. « Portrait de philosophe », base Palissy, ministère français de la Culture.
  10. « Banc d'œuvre », base Palissy, ministère français de la Culture.
  11. « Vierge à l'Enfant », base Palissy, ministère français de la Culture.
  12. « Lambris de hauteur », base Palissy, ministère français de la Culture.
  13. « Retable du maître-autel », base Palissy, ministère français de la Culture.