Éducation à l'environnement et au développement durable

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Étudiants observant l'avifaune dans la « lagune de Nador », au Maroc, pendant une activité organisée par SEO/BirdLife à l'occasion de la Journée Mondiale des Zones Humides
La recherche et l'enseignement en environnement et développement durable au Muséum de Paris.
Salle consacrée à l'environnement et au développement durable au Muséum de Vienne en Autriche.
L'éducation nationale française propose un baccalauréat d'environnement et de développement durable sous l'acronyme "STI-2D".

L’éducation à l’environnement et au développement durable (en abrégé EEDD, parfois aussi EDD pour éducation au développement durable), souvent associée aux notions d’écocitoyenneté, de formation et de diffusion de la culture scientifique, est un courant pédagogique qui s’enracine dans des mouvements anciens tels que l’éducation nouvelle, l’écologie humaine ou la « Société des Amis de la Nature » de Pierre Bovet et qui vise à changer les pratiques de l’humanité en matière d’utilisation et de gestion des ressources de la Terre (voir Bioéconomie/Économie écologique/Géonomie). Elle tire sa dénomination d’une part de la conférence de Tbilissi en 1977 (qui a lancé l’expression « éducation à l’environnement ») et d’autre part du rapport Brundtland de 1987 (qui a lancé l’expression « développement durable ») : les deux sont apparus ensemble en français à partir de 1990[1]. C’est une éducation civique qui a pour but « d’amener les individus et les collectivités à saisir la complexité de l’environnement tant naturel que créé par l’homme, complexité due à l’interactivité de ses aspects biologiques, physiques, sociaux, économiques et culturels ». Il faut préciser que parmi les acteurs de l’« EEDD », l’expression « mode de vie soutenable » est de plus en plus préférée à celle de « développement durable », au point que certaines collectivités territoriales ont changé des dénominations officielles[2].

En France, l’article 8 de la Charte de l'environnement adossée à la constitution dispose que « L'éducation et la formation à l'environnement doivent contribuer à l'exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte »[3] ; respectivement par son article 1 qui dispose que « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé »[3] et par son article 2 qui dispose que « Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l’environnement »[3].

Définition[modifier | modifier le code]

L’éducation à l’environnement et au développement durable vise « à diffuser des connaissances et des valeurs, à promouvoir des comportements et à développer des compétences nécessaires pour participer de façon responsable et efficace à la prévention et à la solution des problèmes liés à la vie humaine dans l’environnement, et au maintien (ou à la restauration) de la qualité de l’environnement »[4].

Actuellement, l’éducation à l’environnement est de plus en plus appelée « éducation au développement durable », notamment en France, dans les instances de l’Éducation nationale[5]. Cette éducation combine l’approche systémique de l’environnement et l’éducation civique à la gestion intégrée, qui amènent à saisir et à acquérir la complexité environnementale par ses méthodes et l’application de l’enseignement à la perception de l’ensemble du réel. Les modèles pédagogiques correspondant à cette éducation varient selon l’habitat. Ce discernement entre l’éducation civique et l’éducation à l’environnement contribue à développer des mentalités, des comportements, des usages et des pratiques plus soucieuses de préserver les ressources et les équilibres. Sans ce discernement, l’acquisition de connaissances se réduit à une compétence théorique. L'éducation à l’environnement réel se distingue dans les différentes cultures humaines par l’importance accordée aux références locales et à la compréhension du rôle écologique de chaque espèce, y compris la nôtre, dans l’objectif de responsabiliser l’action humaine en faisant des citoyens les porteurs de valeurs humanistes et démocratiques, mobilisés pour leur mise en œuvre. Dans cette formule, l’éducation à l’environnement et au développement durable est une école de citoyenneté.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes mentions de l’éducation à l'environnement remontent au début du XVIIIe siècle, à Jean-Jacques Rousseau qui met en relief l’importance d’une éducation basée sur la notion d’environnement dans Émile, ou De l'éducation. Plusieurs décennies plus tard, Louis Agassiz, naturaliste suisse, fit écho à la philosophie de Rousseau en encourageant les jeunes gens à « étudier la nature et non les livres » : ses écrits font référence à l’apport parental et aux perceptions de la « mémoire biologique individuelle » qui, selon lui, relie chaque personne au milieu dans lequel elle a grandi.

Cela étant, l’expression « éducation à l'environnement » ne commença à être réellement employée que dans la seconde moitié du XXe siècle, époque à laquelle l’être humain commence, encore marginalement, à réaliser que la Terre et ses ressources ne sont pas infinis et ont des capacités de recyclage limitées. Très progressivement, cette préoccupation diffuse des scientifiques et des protecteurs de la nature aux éducateurs, aux professionnels de la santé, aux organismes de solidarité, puis aux élus et à des cercles de plus en plus larges de citoyens, jusqu’à être intégrée par certaines entreprises et donner lieu à des forums internationaux. L’éducation à l’environnement devient ainsi une réponse nécessaire aux inconvénients des sociétés industrielles et commerciales qui n’observent plus le principe de respect des ressources et de responsabilité de nos gestes vis-à-vis des générations à venir.

Plusieurs organismes internationaux furent créés comme outils civiques globaux permettant d’accomplir une éducation à l’environnement-développement durable : l'Union internationale pour la conservation de la nature en 1948, ou encore le Programme des Nations unies pour l'environnement, en 1972. Durant les dernières décennies, de grandes dates ont également contribué à mieux établir une définition moderne de l’éducation à l’environnement :

  • juin 1972 : la Conférence mondiale sur l'environnement, à Stockholm, qui aboutit à la Déclaration de Stockholm. Cette déclaration met en évidence « la nécessité d’adopter une conception commune et des principes communs qui inspireront et guideront les efforts des peuples du monde en vue de préserver et d’améliorer l’environnement »[6].
  • octobre 1975 : la Charte de Belgrade, issue du Colloque international pour l’éducation à l’environnement, qui s’est tenu la même année en Yougoslavie. La charte reprend et précise l’essentiel de la Déclaration de Stockholm, à laquelle elle ajoute les buts, les objectifs et les principes des programmes éducatifs à l'environnement.
  • octobre 1977 : la Conférence de Tbilissi, qui s’est tenue en Géorgie, URSS. Elle propose de façon plus approfondie le rôle, les objectifs et les caractéristiques de l’éducation à l'environnement, en explicitant ses buts et ses principes.

Principes de fonctionnement[modifier | modifier le code]

Appréhender le réel[modifier | modifier le code]

Dans son aspect global, l’éducation à l’environnement réel est un enseignement requis pour évoluer en dehors des modèles sociaux infantilisants, générateurs de comportements dépendants et de pratiques polluantes. L’enseignement d’une éducation à l’environnement réel développe la perception et la compréhension des enjeux environnementaux et civiques, et permet un engagement individuel : c’est ce que l’on nomme l’« éco-citoyenneté ». Dans son aspect localisé, l’éducation à l’environnement réel identifie le rapport symbiotique entre l’activité spécifique des différentes espèces, entre les habitats et leurs habitants, par-delà des diverses identités humaines communautaires, sociologiques ou religieuses.

En lien avec les huit objectifs du millénaire pour le développement durable proposés par l’ONU, l’éducation à l’environnement réel comprend une dimension comportementale à promouvoir. Cette éducation fournit des informations sur les paramètres nécessaires à la réalisation des objectifs, par exemple faire évoluer l’habitat, les modes de déplacement, de production, de consommation. Au plan personnel, l’éducation à l’environnement réel permet le développement d’une identité personnelle et collective des personnes, plutôt qu’individualiste et/ou communautariste, dans le cadre d’une culture de respect de la vie.

L’éducation à l’environnement s’élabore individuellement selon les savoirs accessibles à chacun. La perception lucide de ce qui l’entoure par l’individu, son épanouissement culturel et sa liberté d’action et d’engagement sont des apprentissages accessibles par l’éducation à l’environnement. L’équilibre de la nature ainsi compris, les rapports et les relations avec les milieux et l’habitat deviennent des thématiques d’exploration pour une adaptation des cultures humaines modernes aux réalités des milieux de vie dans lesquels elles se développent.

Développer une vision d’ensemble[modifier | modifier le code]

La culture environnementale met en œuvre dans une vision d'ensemble, l’étude des ressources de l'environnement biophysique et de l’environnement humain. Elle applique à la biosphère comme à l'ensemble des activités humaines, les principes de saine gestion consistant à ne pas affecter l’avenir au nom de l’immédiat. Deux axes principaux représentent et identifient la culture environnementale :

  • la perception globale ou « approche systémique », qui permet d’envisager l’ensemble des phénomènes physiques, chimiques, biologiques, géologiques, climatiques, économiques et sociaux, de manière à pouvoir modéliser l’« effet domino » de chaque choix décisionnel ;
  • la « gestion intégrée », qui consiste à agir sur un territoire donné (du jardin familial à la Terre entière) en permettant, avant décision, le dialogue entre usagers, propriétaires, gestionnaires, politiques, spécialistes et scientifiques, dans le double objectif d’une répartition aussi équitable (donc durable) que possible, et de ne pas compromettre l’avenir au nom de l’immédiat.

Chaque axe permet d’acquérir des connaissances tant théoriques que pratiques, d’apprendre des techniques, des gestes, des pratiques, et de développer des capacités et aptitudes personnelles au niveau de l’action locale comme dans la perspective globale de survie. L’apprentissage de la culture environnementale se fait à travers une éducation parentale et sociale dépassant largement le cadre des activités avec la nature.

Dans certaines cultures humaines traditionnelles comme chez certaines espèces animales, notamment parmi les mammifères, il existe, dans ce que les éthologues appellent le « dressage » des jeunes, une distinction des genres dans la transmission du « savoir-gérer l’environnement » de manière durable et raisonnable. Dans cette séparation des genres, les premiers savoirs sont transmis par la mère : ces savoirs consolident le jeune individu dans ses pratiques de survie dans son milieu. D’autres savoirs sont transmis par le mâle, notamment la socialisation et le développement des capacités relationnelles, notamment dans la perspective de la mise en place des hiérarchies sociales.

L’émergence d’une culture environnementale concerne tous les humains, quel que soit leur âge, leur pays d'origine et leur fonction dans la société. Elle est formelle, non-formelle ou informelle pour les formateurs, enseignants et instructeurs qui la pratiquent. Elle ne cherche pas à former des élites institutionnelles et ses objectifs ne créent en aucun cas d’exclusion. Elle répertorie la diversité et elle sait faire découvrir concrètement que chaque individu, organisme et personne influe sur les milieux. Elle propose les options de développement correspondant au milieu, au climat et aux ressources locales, et suggère des choix volontaires et librement consentis. Qu’ils soient globaux ou locaux, les comportements humains s’adapteront ainsi progressivement à l’environnement réel et modifieront les perspectives du quotidien.

Que ce soit pour l’éradication de la pauvreté, la sauvegarde des milieux naturels ou l’amélioration de la qualité de vie, l’éducation à l’environnement et au développement durable contribue à l’évolution de la culture humaine, de l’hominisation (qui s’est achevée il y a au moins 38 000 ans, avec la généralisation de l’art, transmetteur de la mémoire) vers l’humanisation (qui a débuté il y a quelques millénaires, avec l’apparition de lois visant à régler la vie et ses conflits par des voies autres que la guerre)[7]. Ainsi l’éducation à l’environnement et au développement durable participe à une meilleure gestion des émotions basiques de tout être vivant (désir, affection/lien, peur/fuite, agressivité/prédation) et à la construction d’une civilisation et de personnalités dans lesquelles le principe tout aussi fondamental du plaisir puisse s’accomplir non plus par la prédation et l’appropriation, mais de plus en plus par le partage et la coopération, initiant ainsi un nouveau type de développement qui ne serait plus basé sur le « toujours plus » de l’« exploitation-profit » mais sur le « toujours mieux » d’un « mode de vie soutenable ». Sur le terrain, l’éducation à l’environnement et au développement durable vise à former des citoyens environnementalement responsables, quelle que soit la dimension physique et territoriale, la portée de l’action et le niveau d’intervention.

Enseigner selon des méthodes interactives[modifier | modifier le code]

À la question du « pourquoi » de l’action d’éduquer à l'environnement, le président américain Grant, répondit en inaugurant le parc naturel du Yellowstone en 1872 : « ce qui m’intéresse dans la protection de la nature, ce n’est pas tant le sort des paysages, des forêts et des bêtes, que les qualités humaines que cela développe en nous ».

Concernant le « comment » de l’éducation à l'environnement, la méthodologie se confond avec les patterns d’apprentissage propres à notre espèce, où l’imprégnation[8] est essentielle : ainsi, la pratique sur le terrain favorise une adaptation directe à la réalité. La dynamique de groupe, la création de solidarité et la prise d’initiative pour la réalisation de nouvelles voies du savoir-faire et du « faire ensemble » ne peuvent pas s’élaborer sur un mode d’inculcation en milieu fermé, assis à un bureau. Dans ce contexte, la polyvalence pour une approche globale et l’exercice du débat, préparent les personnes à une pratique de la démocratie locale et globale.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir [1], la circulaire n° 2004-110 du 8 juillet 2004 qui a généralisé l'EEDD dans l'enseignement français, et les textes du Bulletin officiel de l'éducation nationale de France du 8 juin 2006 sur : [2] et du 15 juillet 2004 sur : [3]
  2. Par exemple, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a renommé le son service « Environnement et Développement durable » (sur : [4]) en « Pôle de Planification stratégique et Développement soutenable », fruit d'un compromis politique ; en fait ce n'est pas le mot « durable », c'est bien le mot « développement » qui était mis en cause, mais la collectivité, comme les gouvernements, n'est pas encore prête à consentir à la décroissance (voir sur: [5]).
  3. a, b et c Conseil constitutionnel, Charte de l'environnement, 2004.
  4. « Textes fondateurs de l'éducation à l'environnement », sur www.planetecologie.org (consulté le 19 février 2010)
  5. Voir les sites [6], [7] et [8]
  6. « Déclaration finale de la Conférence des Nations unies sur l'environnement », sur www.unep.org,‎ 1972 (consulté le 20 février 2010)
  7. Jean-Louis Hartenberger: Une brève histoire des mammifères, Belin, 2001, ISBN 978-2-7011-2860-3.
  8. Voir Maria Montessori : L’esprit absorbant de l’enfant, Desclée de Brouwer 2003, ISBN 978-2-220-05397-4.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Legros & Jean-Noël Delplanque (2009), L'enseignement face à l'urgence écologique,  éd. Aden, Bruxelles, .
  • Une éducation pour l'environnement : Vers un développement durable -  éd. Delagrave, Paris 2008 - André Giordan, Christian Souchon, Nicolas Hulot (Préface)
  • Christian Souchon, André Giordan (1999), Une éducation pour l'environnement - Z'éditions, 1999 / CRDP Nice
  • Eduquer à l'environnement : Et si on vivait autrement ? - Nature & Découvertes
  • Sigaut, O., 2009, La nature dans les manuels scolaires entre 1800 et 1950, Revue de la Société linnéenne, n 144 (37), p. 487-514.
  • Latour, B., 2004, Politiques de la nature/comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La découverte.
  • Robottom, I. (2012). Communautés, enjeux environmementaux et recherche en éducation relative à l’environnement. Éducation relative à l'environnement, 4, 77-95 (PDF, 20p)

Liens externes[modifier | modifier le code]