Écriture bamoun

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Écriture bamoun
Caractéristiques
Type phonogrammes
Langue(s) bamoun
Direction gauche à droite
Historique
Époque jusqu’à nos jours
Codage
Unicode U+A6A0–U+A6FF et
U+16800–U+16A3F
ISO 15924 Bamu

L’écriture bamoun ou bamoum, aussi appelée localement l’écriture shü-mom et connue parfois comme l’écriture de Njoya, est l’un des rares systèmes d’écriture développés en Afrique noire sans aucun apport extérieur, dont la simple existence est l’objet des thèses et des commentaires les plus opposés.

La langue bamoun moderne est aujourd’hui parlée au Cameroun et transcrite culturellement dans cet alphabet, qui cependant a connu de nombreuses évolutions et simplications, à partir d’une base de pictogrammes naturels associés à des lettres d’un alphabet original, qui s’est affiné avec le temps en même temps que les graphies se sont simplifiées et certaines lettres permutées, supprimées ou remplacées par d’autres.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les versions approximatives[modifier | modifier le code]

Dans leur ouvrage commun « L’écriture des Bamum », mémoire de l’IFAN publié en 1950, J. DUGAST et JEFFREYS M.D.M. ont laissé entendre que Njoya se serait inspiré de l’écriture arabe qu’il aurait découvert chez les Peuhls musulmans venus du Nord Cameroun. Cette thèse est solidement défendue par Claude Tardits qui, dans son livre « Le Royaume Bamoun » a soutenu fermement lors du colloque organisé à Foumban en février 1985 que Njoya s’est inspiré de l’écriture arabe. Tardits affirme :

« Au lendemain de la victoire remportée sur la dissidence à la suite de l’intervention rapide et efficace de la cavalerie peuhl, Njoya décide trois choses: doter son armée d’une cavalerie et pour ce faire il achète des chevaux, se familiariser avec les pratiques de l’Islam, en particulier apprendre la prière, et il a fait venir des marabouts à Foumban, enfin disposer d’une écriture et pour y parvenir il l’inventa. » in Actes du colloque du centenaire du palais de Foumban, p.27
« Les faits sont bien établis: l’idée de disposer d’une écriture vint à Njoya à la vue d’ouvrage religieux et de l’écriture arabe. Néanmoins, il écarta tout de suite l’idée d’avoir recours à cet alphabet étranger. » in Actes du colloque du centenaire du palais de Foumban, p.28

Nul ne peut faire un procès d’intention à Dugast, Jeffreys et Tardits, qui ont le mérite d’avoir contribué avec de recherches solides à la célébrité de l’écriture shü-mom. Toutefois, il est très important de signifier clairement que l’inadéquation de leur version avec la réalité tient, non seulement à la manipulation de leurs informateurs, mais aussi et surtout de leur méconnaissance de certains détails historiques. Les arguments allant contre les affirmations de Tardits existent: Les travaux d’Eldridge Mohammadou et du professeur Thierno Moktar Bah ont permis d’établir avec certitude que les Bamoum et les Peuhls n’ont jamais été en contact avant 1895, date à laquelle lesdits Peuhls viendront secourir le roi Njoya fragilisé par une rébellion très populaire conduite son ex-Premier Ministre Ngbetnkom Ndombouo. Or, Njoya commence à rassembler les premiers signes de son écriture avant ladite guerre civile. Par conséquent, il n’est pas possible qu’il se soit inspiré de l’écriture arabe, pour la simple raison qu’il n’en avait jamais vu, ni soupçonné l’existence, lorsqu’il créait son écriture.

Dugast et Jeffreys, ont également entretenu un doute qui a donné l’impression que « Mama » et « Adzia » étaient des Foulbé implantés au pays Bamoun depuis longtemps, et qu’ils aurait aidé le Roi Njoya à mettre sur pieds l’écriture en se basant sur l’arabe qu’ils étaient supposés connaître. C’est une véritable fantaisie que beaucoup de spécialistes ont pourtant facilement et naïvement acceptée. Cette thèse a été exploitée par beaucoup d’historiens et linguistes Européens de grande réputation, dans leur tentative de démontrer que l’écriture bamoum n’avait rien d’originale et qu’elle ne serait en revanche qu’une pâle copie de l’écriture arabe que « Mama » et Ajiya" auraient enseigné au Roi Njoya. La vérité est toute autre:

Écritures bamounes anciennes[modifier | modifier le code]

Un texte bamoun de 1910

La naissance du premier alphabet bamoun de Njoya (Phase A)[modifier | modifier le code]

Mama est en effet le fameux Nji Mama, Notable Bamoun et grand commis royal dont le nom est associé à la plupart des réalisations du Roi. Adjia quant à lui est un grand notable du nom de Adjia Nji Gboron, qui fit partie du premier cercle mis sur pieds par le Roi pour réfléchir sur l’opérationnalité de l’écriture shü-mom. Nji Mama et Adjia Nji Gboron que le roi trouvait très intelligents ont été associés dès la genèse, à la mise sur pieds de l’écriture.

L’écriture shü-mom dont il est question, est l’œuvre d’un homme qui était jaloux d’une sagesse qu’il voulait et savait supérieure à celle des autres; un homme dont la volonté de créer et d’innover n’avait jamais quitté l’esprit. Il n’est plus question aujourd’hui de réduire les informations relatives à l’écriture et à la langue shü-mom aux seuls textes de Dugast et de Jeffreys.

L’écriture shü-mom, contrairement à ce dit Tardits, n’a connu aucune influence extérieure. L’étude approfondie d’un certain nombre de documents de l’époque montre que l’idée des manuscrits arabes que le roi Njoya aurait vu en premier, des mains des musulmans venus du Nord, n’est que pure fantasme intellectuel bien développé dans le cercle des Bamoun anti-monarchistes qui se faisaient appeler « Bamoun évolués » dont le but n’était autre que de régler leurs comptes avec le Roi Njoya. Ces « Bamoun évolués » qui seront très nombreux parmi les informateurs de Dugast, Jeffreys et Tardits.

« Autre fois, les Bamoum ne savaient pas écrire ; l’écriture dont ils se servent maintenant a été imaginée par le roi Njoya. », (29) Libonar Oska.

Une nuit de 1894, au cours d’un profond sommeil, le roi Njoya eut un rêve : un inconnu se présenta à lui et lui dit,

« Roi, prends une planchette et dessine une main d’homme, lave ce que tu auras dessiné et bois. »

Le roi Njoya prit la planchette et y dessina une main d’homme avec un morceau de charbon de bois, comme cela venait de lui être indiqué. Il rendit la planchette à ce mystérieux inconnu qui y griffonna une écriture et la lui remit. Puis il se retrouva devant l’assemblée de plusieurs personnes dont il connaissait la plupart, à qui il enseignait l’écriture. Chacun dessinait un caractère qu’il remettait ensuite à son frère.

Dès qu’il se réveilla, le roi Njoya exécuta de manière concrète les instructions qui lui avaient été données dans cet étonnant songe. Puis il consulta les devins et les mages de la cour pour comprendre la signification de ce rêve. Nonobstant la divergence des interprétations qu’il reçut, le roi Njoya était convaincu que le rêve présageait de l’invention d’un système de communication. Le roi révéla à quelques personnes de son entourage, son projet de mise sur pieds d’un système qui permettra à une personne « de parler sans qu’on l’entende. » Seule la reine-mère l’encouragea. L’ensemble des notables de la cour trouvait ce projet insensé et sans lendemain.

Le roi fut très triste de l’accueil réservé à un projet qui lui tenait à cœur, mais ne céda point au découragement :

« Si vous dessinez beaucoup de choses différentes et que vous les nommiez, je ferais un livre qui parlera sans qu’on l’entende. »

Tous trouvaient en cette action une vaine initiative. L’homme ne dut imposer le projet que par la force indicible de son caractère. Beaucoup se mirent au travail avec une bonne dose de pessimisme qui ne fit guerre avancer les travaux : « Quoiqu’on fasse, on ne réussira pas, » insistèrent certains. Le roi se mit lui-même au travail et fut progressivement suivi par beaucoup de serviteurs. C’est en ce temps que survint la guerre civile de Gbetnkom Ndombouo, alors que le roi Njoya avait déjà réuni une première « moisson » de 510 signes qui vont constituer le premier alphabet shü-mom. En 1895, à la fin de la guerre, alors qu’il venait d’apprendre l’existence de l’écriture arabe, le roi eut le temps d’étudier tous les signes auxquels il affecta des prononciations.


Le deuxième alphabet bamoun (Phase B)[modifier | modifier le code]

Le roi se rend compte immédiatement avec son entourage que le nombre des signes était très élevé.Des modifications vont donc être faites pour réduire le nombre et aussi des transformations pour faciliter l'écriture. L'alphabet "mbima" est né et compte 437 signes.

Le troisième alphabet bamoun (Phase C)[modifier | modifier le code]

Au debut du 20é siècle,Le Roi élabora un troisième alphabet qui ne comptait que 381 signes. C'est l'alphabet "nyi nyi mfa mfù".

Le quatrième alphabet bamoun (Phase D)[modifier | modifier le code]

Ayant saisi la relation signe-son,une porte était ouverte au roi pour des perfectionnements.Un quatrième alphabet est né et comporte 286 signes;c'est l'alphabet "rii nyi mfa mfù".

Le cinquième alphabet bamoun (Phase E)[modifier | modifier le code]

Nous sommes vers 1908. Un cinquième alphabet est né:l'alphabet "rii nyi mfù men". Il a 205 signes.

Le sixième alphabet bamoun (Phase F)[modifier | modifier le code]

Cette phase est directement la dernière transition (vers 1916-1918) qui a fait évoluer l'écriture Shümom vers un système plus simple de type syllabaire-alphabet tel qu'il existe dans la phase moderne (phase G) : les caractères ont déjà l'allure des caractères modernes en moins "épurés".

L’alphabet bamoun moderne (Phase G)[modifier | modifier le code]

L'alphabet moderne du Shümom s'appelle aka-uku du nom de ses quatre premiers caractères A, Ka, U, Ku : c'est une écriture partiellement syllabique et partiellement alphabétique de 70 caractères phonétiques et 10 caractères à la fois numériques et syllabiques, auxquels il faut rattacher des caractères de ponctuation, de tabulation (njaemli) et deux accents (koqndon et tukwantis). Du fait que de nombreux caractères syllabiques sont manquants, cette lacune est complétée par la combinaison de caractères syllabiques utilisés comme consonnes, et de voyelles.

Actuellement et grâce au projet de préservation des archives bamoum organisé par la royaume (Dr Oumarou Nchare, ministre de la culture et responsable des archives du royaume, et Conrad Tuchscherer, linguiste américain et spécialiste des écritures bamoun et bagam), l'écriture Shümom fait l'objet d'une police de caractères "Unicode" informatisée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Idelette Dugast et Mervyn David Waldegrave Jeffreys, L'écriture des Bamum, sa naissance, son évolution, sa valeur phonétique, son utilisation: sa naissance, son évolution, sa valeur phonétique, son utilisation, Éditions L. C. L., 1950, 109 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Ecriture apparentée : le BAGAM (langue Mengaka, peuple Eghap)[modifier | modifier le code]

Une autre écriture apparentée au Shümom existait dans l'Ouest-Cameroun, au pays Bamiléké, dans le village de BAGAM, au nord de Bafoussam, là où se parle la langue Mengaka. Cette écriture est attestée vers 1910 et semble avoir été mise au point par le roi Pufong, ami de Njoya, assisté de son notable Ndé Temfong. Une grosse partie des caractères de cette écriture ressemble au Shümom comme le démontre une étude réalisée par le linguiste américain Conrad Tuchscherer. Cette écriture semble actuellement tombée en désuétude, et la signification d'une partie des caractères n'a pu être retrouvée.

Articles connexes[modifier | modifier le code]