Écoumène

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L'écoumène[1] est une notion géographique pour désigner l'ensemble des terres anthropisées (habitées ou exploitées par l'Homme). L'acception moderne du mot concerne généralement l'humanité entière mais il a eu des significations plus ciblées, notamment à des périodes plus lointaines depuis la terre grecque antique (Terra cognita, terre connue).

Le terme est réintroduit de nos jours, notamment par le géographe Augustin Berque, pour désigner la relation de l'humain à son milieu : sensible et concrète, symbolique et technique, mais également par le penseur Serge Valdinoci, dans son exploration d'une théorie de l'habitat immanent de l'humain dans son univers sémantique (voir article europanalyse).

Grèce antique[modifier | modifier le code]

Par des observations et des mesures astronomiques, Ératosthène parvint à mesurer partiellement le globe terrestre et à dresser la carte de sa partie habitée connue à l'époque. Pour Ératosthène, et comme le pensait avant lui Aristote, l'écoumène était une île gigantesque, entourée par un océan unique, à la surface d'une Terre sphérique. Ptolémée tenta de cartographier l'écoumène dans son ouvrage intitulé Géographie.

Le tracé de la carte plane du monde, lointaine ancêtre de notre géographie, se faisait selon deux axes orthogonaux : la description métrique (correspondant à notre latitude moderne) et la description périégétique (la longitude). La description métrique, relativement précise, consistait à tracer le méridien de Méroé[2] à Thulé[3], sur une longueur de 30 000 stades. La description périégétique était beaucoup moins précise, s'appuyant uniquement sur des matériaux hétéroclites (témoignages de périples). La carte d'Ératosthène était complétée par une description topographique et des remarques sur l'activité humaine et l'économie.

L'écoumène n'occupait qu'un quart de la surface du globe terrestre, s'étendant des colonnes d'Hercule à l'ouest aux colonnes d'Alexandre à l'est, sur une distance d'environ 120 à 180 °.

Vers 220 av. J.-C., Ératosthène décrivait le globe terrestre en cinq zones parallèles : la canicule, bande centrée sur l'équateur, deux calottes polaires, une à chacun des pôles, et deux zones tempérées, comprises entre la canicule et les calottes polaires.

Usage philosophique[modifier | modifier le code]

L'écoumène possède une réalité plus vaste que le simple ensemble des terres habitées, le terme comprend aussi la relation de l'homme à l'espace habité, une sorte d'englobant à la Karl Jaspers qui s'attaquerait à la géographie. Car la notion d'écoumène ne peut se détacher d'une réflexion ontologique, si l'être humain se crée avec sa temporalité comme Bergson l'a montré, il se crée aussi avec sa spatialité, sa vision personnelle de l'espace qu'il s'approprie. Ainsi l'écoumène se détache de la simple géographie pour entrer de plain-pied dans la philosophie de l'être, comme s'est attaché à le montrer Augustin Berque dans son ouvrage.

L'écoumène désignant le monde civilisé, il est envisageable que longtemps l'Occident ait découpé l'écoumène de la philosophie en en excluant la philosophie indienne, la philosophie chinoise et la philosophie japonaise. On retrouve cet usage du concept chez Bernard Stevens, qui le reprend pour sa part à Augustin Berque.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Dans son œuvre en cinq volumes La Geste des Princes-Démons, l'écrivain américain de science-fiction Jack Vance nomme Œcumène la portion civilisée et policée de notre galaxie, dont une large partie a été colonisée par l'espèce humaine dans ce lointain futur.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Mésologiques Le site fédérant les travaux autour de la notion d'écoumène, par Augustin Berque (résumés de cours, textes en lignes, vidéos, bibliographie).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le mot peut aussi s'orthographier œcoumène, œcumène, œkoumène ou oïcoumène (Jacques Blamont). Le genre n'a jamais non plus été fixé : il est généralement masculin mais certains auteurs, comme Augustin Berque, l'emploient au féminin pour mieux respecter le genre du mot grec originel. Il est à noter qu'en grec ancien, le mot οἰκουμένη est un adjectif (exactement, un participe), par définition sans genre, qui qualifie le mot γή (terre) : c'est ce mot qui est féminin.
  2. Ville sur le Nil, dans l'actuel Soudan, qui disparut au IVe siècle, dont il reste d'importants vestiges.
  3. Nom donné par les Anciens à une île du nord de l'Europe, peut-être l'Islande ou l'une des îles Shetland.

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