Économique (Xénophon)

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L’Économique (en grec ancien Οἰκονομικός / Oikonomikós, « administration domestique ») est une œuvre de Xénophon dans la forme des dialogues socratiques, qui traite principalement de l’administration d’une propriété, comprenant également éloge de l'agriculture. Pour bien nous faire entendre que rien ne lui paraît aussi royal que la culture des champs sont évoqués des sujets tels que les relations hommes-femmes, sujet socratique ; la différence entre la vie rurale et urbaine, sujet de tradition philosophique ; et entre autres sujets de société l’esclavage, la religion et l’éducation.

Datation[modifier | modifier le code]

L’Économique aurait été composé par Xénophon vers la fin de sa vie, peut-être après 362 av. J.-C., selon l’historienne Claude Mossé et vers 362 av. J.-C., selon l’universitaire Pierre Chambry. L’Économique fut traduit en latin par Cicéron et acquit une certaine renommée lors de la Renaissance. Il s’agit de l’un des plus anciens textes traitant d’économie et aussi une importante source pour l’histoire sociale et intellectuelle d’Athènes à l’époque classique, et qui peut être considéré comme le premier traité d’agronomie. Une abondante littérature de manuels pour propriétaires terriens (comme l’Économique de Xénophon ou celui du pseudo-Aristote) atteste de la présence de plusieurs dizaines d’esclaves dans les grands domaines, à la fois en tant que travailleurs de base et en tant qu’intendants. Un fragment de l’Économique contenant une partie des chapitres VIII et IX est contenu sur le papyrus d’Oxyrhynque 227[1].

Introduction[modifier | modifier le code]

L’ouvrage s’organise autour du dialogue entre Socrate et Critobule autour de la gestion domestique. Notamment, Socrate qui se dit ignorant du sujet rapporte à Critobule ce que lui a expliqué Ischomaque, grand propriétaire terrien athénien, sur les techniques agricoles. En effet, contrairement à Hésiode dans Les Travaux et les Jours, Xénophon donne des instructions pour améliorer la production agricole. Si pour Hésiode, malgré ses observations judicieuses, le rendement dépend du bon vouloir des dieux ; pour Xénophon, les hommes peuvent influer sur la productivité de leurs terres (à la condition d’avoir correctement honoré les dieux au préalable). Chez Xénophon, l’agriculture n’est pas du seul domaine des dieux. Les hommes peuvent de par leurs propres actions influer sur la productivité de leurs terres. Adopter de bonnes pratiques ne sert pas juste au plaisir des dieux mais à améliorer directement l’efficacité de leur travail.

D’après Philodème de Gadara, le premier livre des Économiques du pseudo-Aristote a été écrit par Théophraste, et est inspiré de l’ouvrage homonyme écrit par Xénophon. L’ouvrage possède quelques références aux Économiques du pseudo-Aristote et la Cyropédie de Xénophon : tandis que Xénophon écrit dans son Économique « La terre enseigne d’elle-même la justice à ceux qui sont en état de l’apprendre » et « une toute petite terre rendait bien et justement la semence qu’elle avait reçue » dans sa Cyropédie, le pseudo-Aristote écrit que « l'agriculture est le genre d'activité qui réalise le mieux la justice[2] ».

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Socrate
  • Critobule, disciple de Socrate, fils de Criton d’Athènes, jeune marié
  • Ischomaque : Riche notable athénien, grand propriétaire terrien. Certains commentateurs ou traducteurs comme Pierre Chambry voient Xénophon dans le personnage d’Ischomaque, qui finit également ses jours en grand propriétaire terrien. Dans les dialogues socratiques, Socrate s'entretient devant plusieurs disciples et auditeurs, dont fait partie Xénophon.

Composition et Préceptes de l’Économique[modifier | modifier le code]

Chapitre I[modifier | modifier le code]

Le dialogue entre Socrate et Critobule commence par une discussion relative à l’économie et à la richesse, cette dernière renvoyant à ce qui est utile, c’est-à-dire ce dont on tire avantage. Il faut démontrer par l’exemple de ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Selon Socrate, celui qui souhaite être heureux et faire ce qui peut lui procurer du bien doit vivre sans maître, et ne pas prétendre ne pas en avoir. Celui qui refuse le travail sous prétexte de ne pas avoir de maître ou accepter de maître en ont un ; celui qui prétend vivre sans maître est sous le joug des mauvaises passions qui l’en empêchent par ses obligations, ses ordres et ses commandements. L’asservissement aux passions rend incapable de kalokagathie ; les passions sont critiquées par Socrate parce qu’elles empêchent la kalokagathie, noblesse de caractère, comme l’argent qui empêche de s’en servir parce que le désir et la passion de l’avoir et de le garder empêche d’en faire un bien utile, et ne peut être appelé bien que ce qui est utile : même l’inimitié est un bien lorsque l’on sait se le rendre utile.

Chapitre II[modifier | modifier le code]

Critobule est pris en exemple de servilité à son argent par Socrate qui emploie un moqueur, et se dit libre au contraire de Critobule, à qui incombent des charges obligatoires. Socrate explique que le pauvre vit plus paisiblement que le riche : il n’a pas à supporter les ennuis liés à la fortune (parasites, amis intéressés, obligation de tenir son rang, liturgies, etc.) et, en cas de besoin, ses amis peuvent toujours lui prêter de l’argent. On retrouve le mépris socratique pour les liturgies lorsqu'il fait mention de lourdes contributions pour l’élevage des chevaux, le financement d’un chœur tragique et de compétitions de gymnastique, l’équipement d’une trirème (triérarchie) et pour l’impôt de guerre (eisphora).

Chapitre III[modifier | modifier le code]

Tout d’abord, l’ordre et la méthode sont nécessaires, ce que Xénophon démontre par une foule d’ustensiles qui tracasse davantage les serviteurs que leurs maîtres qui les harcèlent pour leur manque d’ordre, démontrant par-là que la place occupée par le bien est de peu d’importance pour autant que l’endroit de rangement est convenable. Ischomaque traite sa femme avec délicatesse, prenant le temps de la familiariser à son mode de vie, se reprochant les fautes qu’elle commet comme un défaut dans son instruction, et ce qu’elle ignore dépend de la responsabilité de son mari. Il arrive à se faire obéir avec soumission, dévouement et affection, et sait que par la qualité de son instruction, sa femme, lorsqu’elle se montrera meilleure que lui, lui servira à son tour d’exemple et de maître. L’esclave et le cheval ont pour point commun un âge idéal auquel il faut les acheter, pour la qualité de service qu’offre sa jeunesse, et parce que cette qualité peut s’améliorer avec l’âge. Socrate répond à Critobule qu’il peut montrer des agriculteurs contents de faire voir, montrer le résultat de leur art.

Chapitre IV[modifier | modifier le code]

Le résultat de l’agriculture, les plaisirs de la nourriture des récoltes n’est pas sans peine, le délice des mets va de pair avec un exercice du corps. Xénophon oppose l’artisan à la paysannerie organisée en villages ; les possessions du citoyen étaient gouvernées par plusieurs esclaves de confiance, dont parle Ischomaque : ces terres étaient parcellées et par un seul intendant – lui aussi esclave - qu’il a également éduqué aux intérêts du maître – lorsque les terres étaient réunies en un seul domaine. Les métiers d’artisans sont tenus en piètre estime, parce que ces travaux ruinent le corps des ouvriers qui les exercent, ainsi que de ceux qui les dirigent, en les contraignant à une vie casanière, voire sédentaire. Platon au Livre VIII de La République, oppose également un pauvre paysan maigre et brûlé de soleil à un riche nourri à l’ombre et surchargé de graisse.

Chapitre V[modifier | modifier le code]

La condition d’agriculteur est la plus valorisée de toutes les conditions sociales prédisposant à l’activité militaire. En témoignant de la reconnaissance à celui qui lui procure bienfaits et soins à la terre, l’agriculture enseigne la justice et démontre sa nature divine, et favoriser le hasard à l’avantage de l’homme en lui apprenant le courage, un courage que Xénophon retrouve aux champs tant qu’au combat. Entre autres parallèles faites entre les champs et les combats, Xénophon rappelle que l’homme cherche à se concilier et consulter les dieux dans les deux cas, et rappelle que l’accident est imprévisible.

Le mot καρπῶν se retrouve dans le vocabulaire platonicien, où il désigne les fruits domestiques (c'est-à-dire cultivés, et parfois juteux), opposés aux fruits séchés dans le Critias[3] et aux grains dans l’Économique de Xénophon[4]. Xénophon rend hommage au cheval : Ischomaque se rend auprès des esclaves dans ses champs à dos de cheval, dont il n’hésite pas à souligner l’utilité exercée entre autres pour sa commodité, son transport et les combats de cavalerie. Ischomaque ne manque pas de rappeler le rôle utile de ses chiens, protecteurs qui éloignent les bêtes sauvages.

Malakia (en grec ancien μαλακία) et Karteria (καρτερία)

Ce sont deux mots récurrents en littérature et déjà présents chez Homère, ainsi que dans le Lachès de Platon[5]. Les deux mots, dont la nature varie du mot à l’adjectif, sont liés à la virilité, Malakia étant synonyme de mollesse de caractère et nonchalante, et Karteria étant synonyme d’une attitude d’endurance persévérante. Xénophon avance que même les plus heureux des mortels ne peuvent se passer de l’agriculture, parce que les soins qu’on lui donne, en procurant des plaisirs purs, augmentent l’aisance, fortifient le corps, et mettent en état de remplir tous les devoirs de l’homme libre. L’encouragement contient les mêmes avantages pour l’homme libre que pour l’esclave, qui peut en avoir davantage besoin pour ne pas fuir et rester au service du maître de maison.

Chapitre VI[modifier | modifier le code]

Après la rencontre d’Ischomaque et Socrate par l’entremise de Critobule, leur entretien à proprement parler débute. La kalokagathie d’Ischomaque le distingue du reste des citoyens ou autres de même. Socrate tente de distinguer ce qui chez Ischomaque se rapporte au corps de ce qui se rapporte à l’âme. On retrouve les quelques tâches qui incombent aux femmes : filer et la laine, préparer et réparer le vêtements (couture) et également veiller à l’état des grains et autres provisions, du garde-manger et veiller aux soins des serviteurs malades. L’art de l’agriculture est également noble en ceci que ceux qui le pratiquent cachent moins leurs secrets qu’un artisan, qui garde ses techniques comme meilleures à l’abri de son atelier. La noblesse de l’agriculture est réaffirmée par la conclusion qu’elle a entre autres avantages d’être facile à apprendre : lorsque l’on interroge un agriculteur, il ne cache pas ses façons de procéder comme l’artisan : il voit, fait voir, montre et démontre un art facile et utile.

Chapitre VII[modifier | modifier le code]

On distingue l’homme de bien qu’est Ischomaque en l’appelant « kalos-kagathos », et en honorant son père, que l’on joint au rappel de qui il est à chaque fois qu’il est nommé[6]. Ischomaque ne manque pas de souligner qu’on oublie sa famille lorsqu’il s’agit de dépenses concernant les liturgies. Les activités des femmes sont perçues comme serviles, et Xénophon distingue femmes libres et femmes esclaves dans leur rapport aux tâches d’organisation et de contrôle des premières, et des tâches accomplies des secondes[7].

L’organisation de l’espace est d’importance au sein du ménage, et inscrit idéologiquement l’opposition de la femme et de l’homme par le travail au sein du ménage[8]. La femme est importante, et sa dot fait partie de l’économie au sein du foyer (la dot de l’épouse est perçue comme faisant partie de l’économie, contribue à son fonctionnement, et s’en va avec l’épouse lors du divorce) ; Ischomaque déclare que la tâche de la femme, qui prend soin de ce qu’un mari apporte au foyer, est un soin sans lequel tout effort de l’autre part est d’une inutilité pareille au remplissage du tonneau des Danaïdes : Platon dans le Gorgias[9], Ischomaque dans l’Économique de Xénophon[10] et le Raseur (Caractère XX) des Caractères de Théophraste, font allusion à la tradition qui veut que, arrivées aux Enfers, les Danaïdes sont condamnées à remplir éternellement des jarres percées. Ce châtiment est devenu proverbial, et est resté célèbre par l’expression du « tonneau des Danaïdes », qui désigne une tâche absurde, sans fin ou impossible. Il est difficile d’apprécier la condition des esclaves grecs ; la principale activité utilisant des esclaves est probablement l’agriculture, base l’économie grecque. Certains petits propriétaires terriens possédaient un esclave, voire deux[11].

Concernant les devoirs, il faut pouvoir faire l’effort devant ce qui est désagréable, si c’est dans un but de bien commun et en échange de reconnaissance et de dévotion.

Chapitre VIII[modifier | modifier le code]

L’ordre est utile et beau, après avoir été dit nécessaire au Chapitre III, et doit donc faire partie de l’éducation de l’épouse par son mari. L’ordre est beau pour la mari également : une armée sans ordre est une cohue inutile, et doit susciter du plaisir à un ami qui la voit s’avancer autant que de la crainte à un ennemi. L’ordre évite l’encombrement et la confusion, qu’il s’agisse d’agriculture, de guerre, de théâtre ou encore d’administration des biens (en ce compris les servants). Revenant à l’art d’administrer, Ischomaque rappelle une discussion qu’il a eue avec son épouse ; l’ordre à bord d’un bateau permet d’économiser de la place, l’armateur[12] et son second connaissaient aisément chaque disposition à bord, et le Second d’y veiller, entre autres parce que les dieux rendent grâces au respect des règles, et peuvent punir la négligence.

Chapitre IX[modifier | modifier le code]

Xénophon conseille de loger esclaves hommes et femmes séparément, de peur qu’ils « ne fassent des enfants contre le vœu des propriétaires car, si les bons domestiques redoublent d’attachement quand ils sont de la famille, les mauvais acquièrent en famille de grands moyens pour nuire à leurs maîtres »[13]. Le pseudo-Aristote, dans les Économiques[14], envisage également la reproduction des esclaves comme un moyen de pression disciplinaire. Plus simplement, l’explication est sans doute économique : il revient moins cher d’acheter un esclave que de l’élever. En outre, l’accouchement met en danger la vie de la mère esclave, et le bébé n’est pas assuré de survivre jusqu’à l’âge adulte.

Chapitre X[modifier | modifier le code]

Dans une réflexion sur la beauté d’une épouse qui selon Socrate a autant d’importance que son mari pour l’avantage commun[15], Ischomaque déconseille à sa femme de se farder, de manière à garder aux yeux de tous - son époux compris - non l’apparence de la beauté, mais une beauté véritable - opposant l’apparence au véritable. Xénophon fait de la couleur de la chair le modèle de tromperie qui ne dupe que les étrangers pour autrui, et pas un couple qui vit au sein du même foyer : il n’est pas permis de se hasarder à la supercherie la faire savoir à l’autre, sans se dévoiler.

Chapitre XI[modifier | modifier le code]

Socrate oppose la vie privée à la vie publique d’Ischomaque. Libéral au premier sens du terme, le père d’Ischomaque est pris en exemple quand il fait preuve d’amour pour l’agriculture : il a acheté des friches qu’il a remises en bon état et revendues avec une plus-value grâce à ses soins, ce qui est opposé à la spéculation sur le grain ou les guerres des tyrans lorsqu’ils livrent des guerres pour accroître leur richesse. Xénophon souligne que le plaisir libéral d’Ischomaque est un plaisir qui tend à le faire apprécier par la cité et ses amis dans un but de bien commun et de reconnaissance. Le plaisir libéral est une mâle vertu aristocratique, et Ischomaque confesse ne pas percevoir cette gratitude qu’il attend, ni de la part de la Cité, dont il attend admiration et célébrité, ni de ses amis, dont il attend la bienveillance.

Note sur le chapitre 
La mâle vertu aristocratique est la « charis » (en grec ancien χαρις, qualité de grâce et de beauté), gratitude que Xénophon élève en vertu sociale, en obligation de reconnaissance pour un service rendu et gratuit.

Chapitre XII[modifier | modifier le code]

Ischomaque souligne que l’usage est répandu de faire gérer un bien par un esclave compétent, régisseur (epitropos) qui décide lui-même des actions à mener sur l'exploitation pour assurer une récolte abondante[16] ; quelle que soit la qualité du contremaitre, son amélioration dépend de l’œil du maître, qui peut le mettre en état de devenir bel et bon, le rapprochant de la kalokagathie.

Chapitre XIII[modifier | modifier le code]

Ischomaque conseille de traiter les esclaves comme des animaux domestiques, parce que le maître peut éduquer l’un et l’autre : les punir en cas de désobéissance et de les récompenser en cas de bonne conduite[17], les engager à obéir, être plus dociles en sachant distinguer celui aime plus la nourriture que le compliment. Ischomaque conseille un contrôle de qualité des ouvriers, la reconnaissance aux chefs, et la réprimande pour toute forme de flatterie ou favoritisme.

Chapitre XIV[modifier | modifier le code]

Les chefs de culture, les régisseurs dont il est question au Chapitre XII doivent être éduqués par le maître à l’honnêteté et au commandement ; Ischomaque recommande un mélange d’emprunts aux lois de Dracon et Solon ou encore le roi de Perse, législateurs pris comme références et guides dans la voie de la justice. La reconnaissance pour cette sorte de justice va jusqu’au traitement du régisseur comme d’un homme libre, et de s’enrichir grâce au maître en vue de son affranchissement.

Chapitre XV[modifier | modifier le code]

Résumant les qualités propres à un bon régisseur — l’epitropos — chez qui il faut susciter l’envie et l’ardeur de voir prospérer les biens. Puis Xénophon définit le caractère de noblesse de l’agriculture, noble parce que « nobles ceux des animaux qui sont beaux, grands, utiles, doux envers les hommes ».

Chapitre XVI[modifier | modifier le code]

La vocation des terres est ce à quoi le milieu naturel destine un terrain, et à quoi il devrait donc être utilisé. Ceux qui exposent la théorie de l'agriculture prétendent que pour la pratiquer comme il se doit, il faut avant tout connaître la nature du terrain, parce que celui qui ignore ce que le terrain peut produire ignore ce qu’il faut semer et ce qu’il faut planter.

De la reconnaissance et la nature du terrain

La nature d'un terrain se définit après examen de la végétation du terrain, des terrains qui lui sont voisins, ainsi que du sol ; on ne peut semer et planter que lorsque l’on connaît ce que le sol peut porter ou pas. Après avoir planté la semence, une fois la terre bien irriguée et couverte, les jeunes pousses servent d’aliment à la terre, de fumier[18]. Les mauvaises herbes coupées par la charrue, recouvertes ensuite, servent d’engrais sans répandre de graines qui les reproduisent. La reconnaissance de la nature du terrain passe pas l’examen de la végétation du terrain, des terrains voisins et le sol, dont on remue la terre au printemps, et le plus souvent possible en été - il faut labourer avec la charrue au fort de l’été et au milieu du jour.

Application de la réminiscence[modifier | modifier le code]

Socrate a le sentiment de se ressouvenir qu’il savait ce dont Ischomaque et lui discutent dans ce chapitre[19] ; il le lui confie, et Ischomaque de lui rappeler que l’agriculture est un art facile[20].

Chapitre XVII[modifier | modifier le code]

Insistant à savoir le meilleure période pour les semailles, Socrate veut en savoir davantage sur la meilleure période pour semer. Ischomaque rappelle que les lois des dieux sont changeantes. Premièrement, il vaut mieux semer tout au long de la saison ; un signe divin doit y amener. Deuxièmement, Xénophon développe la technique de fumure grâce à de mauvaises herbes qui ont poussé dans la jachère expliquée au chapitre précédent. On bine à la main, et il faut planter à près de 30 centimètre de profondeur[21] pour éviter de les déplanter pendant l'opération, la binette et le sarclage.

Chapitre XVIII[modifier | modifier le code]

Les moissons sont l'étape suivante : on ne fait pas face aux vents, sinon le vent renvoie vers le moissonneur la paille et l’épi. À Ischomaque qui explique utiliser pour le battage indistinctement le bœuf, le mulet et le cheval, Socrate lui fait souligner que sans intervention humaine[22]. Xénophon développe la technique d’écobuage, expliquant deux vertus du chaume provenant de la tige qu’on laisse en terre après les moissons : ce chaume la fertilise si on le brûle ; et il augmente la masse d’engrais si on le jette au fumier. Au sujet de la technique du vannage : Il faut vanner du côté opposé à celui du vent également, pour que la paille retombe hors de l’aire. En guise de conclusion, Socrate fait remarquer qu’il savait tout ce dont lui parlait Ischomaque, sans qui il n’aurait jamais pu détenir tout le savoir dont il rend compte.

Note sur le chapitre 
Socrate évoque la réminiscence à plusieurs reprises.

Chapitre XIX[modifier | modifier le code]

Socrate et Ischomaque conviennent que la plantation des arbres fruitiers relève de l'agriculture. Pour éviter que les plants ne soient déracinés lorsqu'on bine, il faut mettre les plants en terre à deux pieds de profondeur au maximum, dans un trou creusé en terrain sec, parce que l'eau en terrain humide empêche de planter, non sans avoir au préalable disposé une couche de terre travaillée afin que la bouture du sarment puissent se développer sans oublier de tasser la terre pour que la pluie ne puisse en faire de la boue. Le figuier pris à titre d'exemple obéit au mêmes règles, et il en va ainsi des autres arbres fruitiers, exception faite de l'olivier pour lequel on creuse plus profondément en en coiffant les têtes de terre grasse (comme la glaise, prise en exemple).

Interroger c'est enseigner

Selon le principe maïeutique qu’interroger c’est enseigner, Socrate se demande si la technique qui lui a été enseignée, ce dont il s'est ressouvenu jusque là, vaudrait également pour la technique des joueurs de flûte ou peintres ou autres artistes. Ischomaque n’y voit aucun rapport, rappelle qu'il a expliqué que l'agriculture est un art facile et humain qui exige uniquement que l'on regarde et que l'on écoute. Pour exemple de facilité de l'agriculture, Ischomaque dit que c'est la vigne qui enseigne à l'homme à la soutenir : dans ce cas précis, en développant ses feuilles elle appelle à ce qu'on la mette à l'ombre, et en perdant ses feuilles elle renseigne sur le moment de la cueillette et se fécondité ; il en va de même pour le figuier, dont on voit le suc gonfler les fruits.

Chapitre XX[modifier | modifier le code]

Xénophon fait de l’agriculture non plus uniquement une science, et en confirme la noblesse par des qualités exigées. La terre, dans sa différenciation entre un agriculteur et un autre, ne « ment pas » ni ne trompe sur ce quelle peut et ne peut pas, et « traite bien qui la traite bien ». Ischomaque développe la spéculation foncière de son père, qui en achetant des parcelles en friche à bas prix, pour les revendre après remise en état, à un prix élevé[23], a fait fortune. De fait, si une interdiction de vendre s'impose, au moins moralement, concernant le bien patrimonial, les acquisitions supplémentaires y échappent en général.

  • Sur l'entretien

« quels soins demande un terrain trop humide… c’est par des tranchées qu’on facilite l’écoulement des eaux ; que l’on corrige un terrain imprégné de trop de sels, en y mêlant des substances non salines, humides ou sèches. »

Chapitre XXI[modifier | modifier le code]

Selon Ischomaque, l’homme est inégalement capable de se faire obéir, et se faire obéir de bon gré tient du divin, tandis que le mauvais meneur ne crée que des incapables. Socrate a approuvé les enseignements d’Ischomaque concernant la vertu aristocratique et virile, et son savoir et ses conseils qui la procurent, puis il lui promet sa reconnaissance, non sans lui assurer que les avoir écoutés, que les écouter la suscite, et qu’il faut être capable de s’en instruire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. B. P. Grenfell et A. S. Hunt, Oxyrhynchus Papyri II, Londres, Egypt Exploration Fund,‎ 1898 (lire en ligne), p. 120–123.
  2. Xénophon, Cyropédie [lire en ligne], I, 1343a.
  3. Platon, Critias, 115a.
  4. Xénophon, Économique, 20.
  5. 129 et passim
  6. Xénophon, Économique, VII, 3.
  7. Xénophon, Économique, VII, 10.
  8. Xénophon, Économique, VII, 22
  9. Gorgias, 493b.
  10. Xénophon, Économique, VII, 40.
  11. Finley 1997, p. 149.
  12. Voir le terme nauclère.
  13. Xénophon, Économique, IX, 5.
  14. Pseudo-Aristote, Économique, I, 5-6.
  15. 2-8
  16. XII (2) ; XV (1)
  17. 6, 9, 10
  18. Fumier végétal (V.engrais verts)
  19. NB : c’est Ischomaque qui dit à Socrate au Chapitre XVI qu’il veut lui faire « se ressouvenir »
  20. ce qu’il a déjà dit au chapitre XV
  21. exception faite de l'olivier, à 15 cm
  22. La possession d'écuries exige une richesse dont Ischomaque a déjà parlé au Chapitre II
  23. XX, 22-29.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Trad. Eugène Talbot, Xénophon. Œuvres complètes, t. 1 : Les helléniques. L'Apologie de Socrate. Les Mémorables, Hachettte (1859)
  • Moses Finley (trad. de l'anglais), Économie et société en Grèce ancienne [« Economy and Society in Ancient Greece »], Seuil, coll. « Points » (no 234),‎ 1997 (1re éd. 1970) (ISBN 2-02-014644-4)