Économie du café

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Carte montrant les aires de production du café :
r :robusta
m :robusta et arabica
a :arabica

L’économie du café représente un enjeu considérable puisque cette boisson devenue universelle est la première matière agricole échangée en volume dans le monde, la deuxième en valeur après le pétrole, les échanges mondiaux de café représentent entre 10 et 15 milliards de dollars selon les années[1]. Plus de 2,25 milliards de tasses de café sont consommées dans le monde chaque jour[2].

Acheté et vendu comme une marchandise à la bourse de commerce du Coffee, Sugar and Cocoa Exchange (en) en 1892, le café arabica est aujourd'hui coté sur le New York Board of Trade et le robusta sur la bourse de Londres où se négocient les principaux contrats à terme.

Production[modifier | modifier le code]

Principaux producteurs
Récoltes de café vert (milliers de tonnes)
1984, 1994, 2004, déclarées à l'OIC, 2008 (FAO)

Année 1984 1994 2004 2008
Drapeau du Brésil Brésil 1 284 25 % 1 692 30 % 2 356 35 % 2 796
Drapeau de la République socialiste du Viêt Nam Viêt Nam 14 0 % 212 4 % 831 12 % 1 067
Drapeau de la Colombie Colombie 662 13 % 779 14 % 684 10 % 688
Drapeau de l'Indonésie Indonésie 373 7 % 377 7 % 443 7 % 682
Drapeau de l'Éthiopie Éthiopie 139 3 % 152 3 % 300 4 % 273
Drapeau de l'Inde Inde 196 4 % 169 3 % 231 3 % 262
Drapeau du Guatemala Guatemala 170 3 % 227 4 % 221 3 % 262
Drapeau du Mexique Mexique 260 5 % 250 4 % 204 3 % 265
Drapeau du Pérou Pérou 70 1 % 71 1 % 201 3 % 273
Drapeau de l'Ouganda Ouganda 153 3 % 144 3 % 165 2 % 211
Drapeau du Honduras Honduras 86 2 % 131 2 % 155 2 % 190
Drapeau du Costa Rica Costa Rica 151 3 % 150 3 % 107 2 % 107
Côte d'Ivoire Côte d'Ivoire 289 6 % 180 3 % 105 1 % 80
Drapeau du Salvador Salvador 134 3 % 138 2 % 85 1 % 89
Drapeau du Nicaragua Nicaragua 51 1 % 41 1 % 68 1 % 72
Flag of Papua New Guinea.svg Papouasie 45 1 % 68 1 % 60 1 % 75
Drapeau de l'Équateur Équateur 83 2 % 143 3 % 56 1 % 32
Drapeau de la Thaïlande Thaïlande 28 2 % 84 1 % 48 1 % 50
Drapeau de la Tanzanie Tanzanie 50 1 % 41 1 % 48 1 % 43
Drapeau du Cameroun Cameroun 95 2 % 24 0 % 44 1 % 35
Drapeau du Kenya Kenya 93 2 % 100 2 % 43 1 % 42
Drapeau du Venezuela Venezuela 59 1 % 56 1 % 42 1 % 72
Autres pays 554 11 % 397 7 % 264 4 %
Total 5 039 100 % 5 624 100 % 6 760 100 % 8249

S'agissant de café, l'unité de mesure est le sac de 60 kg.

Depuis plusieurs années, la production mondiale annuelle dépasse les 100 millions de sacs (120 millions en 2002, 102 millions en 2003) ce qui correspond à 6 à 7 millions de tonnes, alors qu'en 1825, on ne produisait que 100 000 tonnes. Plus de 80 millions de sacs sont exportés chaque année (88 millions en 2002, 84 millions en 2003).

Cette production ne cesse d'augmenter ; elle a progressé de 20 % entre 1997 et 2005, soit deux fois plus vite que la demande[3].

Le plus gros producteur est de loin le Brésil, particulièrement l'État de São Paulo où se situe le premier port caféier du monde : le port de Santos, suivi par le Viêt Nam (le plus important producteur de robusta) et la Colombie[4].

La culture du café est rarement une tradition. Dans le cas du Viêt Nam, elle résulte entièrement d’une volonté politique, encouragée par la Banque mondiale, qui a amené le pays à devenir le premier producteur mondial de robusta, alors qu’il n’était que le 31e en 1987. À l'inverse, certains pays africains au premier rang desquels la Côte d'Ivoire ont largement réduit leur production.

Les données statistiques sur la production agricole mondiale de café diffèrent légèrement selon qu'elles proviennent de la FAO (établies sur un mode évaluatif) ou de l'OIC (établies sur un mode déclaratif). Ces données sont cependant suivies mensuellement par l'OIC et recoupées entre elles, ce qui fait de l'Organisation la réelle source de référence reconnue pour les marchés internationaux. Quoi qu'il en soit, au-delà des crises de surproduction ponctuelles et des différences d'inventaire, les volumes produits, échangés et consommés suivent une tendance haussière.

La production fait vivre environ 25 millions de personnes, essentiellement des petits producteurs alors que l’importation, la transformation et la distribution font vivre environ 100 à 110 millions de personnes[1].

Volumes mondiaux de café vert produits et exportés de 1975 à 2004 (en milliers de tonnes)
Sources des données : bases publiques de l'OIC et de la FAO (FAOSTAT)

Importations[modifier | modifier le code]

Café importé par pays en 2005 (USDA). Cette carte détaille les importations brutes, quelle que soit l'utilisation faite du café importé. Certains pays réexportent une grande partie du café importé.

Le café est la culture commerciale par excellence : il est produit exclusivement au Sud mais se consomme essentiellement au Nord. Les pays industrialisés consomment environ 70 % du café produit dans le monde. Les États-Unis sont les plus gros consommateurs, mais l’Europe a la consommation par habitant la plus élevée : jusqu’à 10 kg par habitant et par an dans les pays scandinaves. En comparaison, la majorité des pays du Sud a une consommation annuelle inférieure à 4,5 kg/hab. En Amérique centrale, plus de 90 % du café est destiné à l’exportation. Toutefois, la consommation de certains pays du Sud, comme le Brésil, augmente rapidement.

Les pays importateurs faisant partie de l'Organisation internationale du café sont l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, Chypre, le Danemark, l'Espagne, l'Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l'Irlande, l'Italie, le Japon, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Slovaquie, la Slovénie, la Suède, la Suisse, les États-Unis et la Communauté européenne[5].

Cinq acheteurs acquièrent presque la moitié de la production mondiale : Kraft, Nestlé, Procter & Gamble et Sara Lee, dont les ventes annuelles génèrent des profits de l'ordre du milliard de $ US, et Tchibo[6].

Le café est vendu en France sous des marques telles que Lavazza, Illy, Chicco d'oro, Carte Noire, Jacques Vabre, Legal, Leroux, Maison du café, Malongo, Maxwell House, Nescafé, Ricoré… D'autre part cafés Folliet est l'un des derniers torréfacteurs français.

Cours du café[modifier | modifier le code]

Le cours du café est fixé dans les bourses de matières premières : la bourse de New York traite essentiellement le café arabica et celle de Londres le robusta. Les actes d’achat et de vente du café reposent sur des contrats à terme.

Le café n’a cependant pas toujours été soumis aux échanges boursiers. En 1962, au sortir de la colonisation, pays producteurs et pays consommateurs signent le premier Accord international sur le café (AIC), qui prévoyait un système de quotas d’exportation et de rétention et imposait une fourchette de prix. Trois générations d’accords se sont succédé jusqu’en 1989, où le manque de consensus entre pays exportateurs et importateurs conduit à l’abandon de l’AIC.

L’OIC ne semble plus envisager de nouveaux mécanismes de substitution au marché, qu’elle estime « trop difficiles à maintenir ». Les pays exportateurs ont cependant créé en 1993 l’Association des pays producteurs de café (ACPC), sur le modèle de l’OPEP, pour tenter de rétablir la politique de restriction des exportations et de faire remonter les cours. L’annonce de son plan de rétention volontaire des exportations a suscité une vive réaction au Nord, notamment de la part des États-Unis, qui ont alors quitté l’OIC. L’ACPC n’a cependant pas réussi à prévenir la crise des années 1990 : l’abstention des producteurs asiatiques, la difficulté de financer la rétention pour des pays traversant une grave crise économique, et l’importance des stocks détenus par les grandes entreprises caféières du Nord ont eu raison de son entreprise.

Malgré l’échec des accords, leurs partisans font remarquer que le café et les produits agricoles en général ne sont pas des marchandises ordinaires car les caractéristiques physiques des cultures pérennes limitent la possibilité pour les producteurs d'ajuster l'offre séance tenante, ce qui s’accorde mal avec une logique de marché. Selon certains économistes, en l’absence de mécanisme régulateur de la production, de l'offre ou des prix mondiaux, le mécanisme du marché et de la concurrence entre producteurs et consommateurs donnerait lieu à un phénomène de « réaction excessive », caractérisé par l'apparition d'un cycle de surproductions et de pénuries[7]

Crise des années 1990[modifier | modifier le code]

L'arrivée extrêmement agressive du Viêt Nam sur le marché du café, combinée à l'énorme expansion de la culture au Brésil, sont les deux principales raisons invoquées pour expliquer la chute du cours du milieu des années 1990. Le déclin des prix a cessé depuis 2004, probablement grâce à l'augmentation de la consommation en Chine, en Russie et au Brésil et à une diminution ponctuelle de la production mondiale d'autre part.

Cette crise a mis près de 25 millions de petits producteurs en grande difficulté partout dans le monde. Durant trois ans, le prix du café a chuté d’au moins 50 % et l’on est revenu aux prix pratiqués 30 ans auparavant. Beaucoup de petits exploitants ont dû vendre à perte plusieurs années de suite, ce qui les a naturellement conduits à la faillite. Le chômage directement imputable à cette crise a vraisemblablement affecté environ 1,6 million de personnes, parmi les plus pauvres des pays émergents. Malgré les crises, les producteurs de café maintiennent leurs caféiers car ils remplissent de multiples fonctions : fourniture de revenu monétaire, emploi, sécurité alimentaire et accès au crédit bancaire via la coopérative, ce qui permet aux ménages de payer les intrants (engrais, herbicides, pesticides) et les frais de scolarité[8].

Les pays les plus dépendants du café pour leurs exportations ont dû faire face durant cette période à un grave déséquilibre de leur balance commerciale, qui a conduit à une augmentation de leur endettement. Cette crise a été une catastrophe pour le développement, dont les effets seront encore ressentis pendant longtemps.

Commerce équitable[modifier | modifier le code]

Le café équitable (en) est un des produits phares du commerce équitable. Il fut choisi comme un symbole notamment parce qu'il était le produit le plus exporté après le pétrole et que son prix était fixé par les cours de la bourse des marchés internationaux, bien qu'il soit majoritairement produit par de petits paysans et entreprises familiales.

Les acheteurs affiliés à ce programme s'engagent à acheter le café à un prix minimum même si les cours mondiaux sont inférieurs à ce seuil (le prix d'achat suit le cours du marché lorsque celui-ci dépasse ce seuil, ce fut le cas entre 1994 et 1997). Ce prix minimum, couplé à un préfinancement des récoltes et une garantie d'achat sur plusieurs années a permis à de nombreux petits producteurs d'améliorer leurs conditions de vie et de ne pas plonger dans la misère lors de la crise du café de 1997 lorsque la chute dramatique des cours (-65 %), provoquée par la surproduction, a rendu le prix d'achat du café inférieur à son coût de production.

Le programme garantit aussi le versement d'une prime de développement destinée à la mise en place de programmes alimentaires, de santé ou d'éducation.

Café biologique[modifier | modifier le code]

Un autre type de production, considérée comme plus éthique, est l'agriculture biologique, la seule garantie sans utilisation de pesticides.

Certains produits combinent les standards équitable et biologique.

Facteur de développement économique[modifier | modifier le code]

Les zones productrices de café au Brésil (orange foncé) sont situées dans le sud du pays.

Les cours élevés du marché en 1830 incitent les entrepreneurs du Brésil à passer de l’exploitation de l’or à celle du café, jusque-là réservé à la consommation locale. Cette décision s’accompagne d’importants investissements, tels que, par exemple, la création d’un réseau de près de 7 000 km de chemins de fer entre 1860 et 1885 pour faire face au besoin sans cesse plus important de main-d’œuvre. Les principales régions concernées par ce développement sont celles de Rio de Janeiro et les provinces du sud du pays aux terres fertiles et au climat propice (São Paulo), principales productrices de café[9].

Entre l’abolition de l’esclavage en 1888 (le Brésil est le dernier pays à le faire) et l’année 1928, la force de travail est renforcée par une immigration massive : 3,5 millions de travailleurs affluent du Portugal, de l’Italie, de l’Espagne, d’Allemagne et du Japon principalement (Voir les articles : Immigration japonaise au Brésil, Immigration allemande au Brésil, Immigration italienne au Brésil). À São Paulo seul, le nombre de nouveaux immigrants est de 201 000 entre 1884 et 1890 et plus de 733 000 entre 1891 et 1900. Le rendement de la production de café bondit. En 1880, São Paulo produit 1,2 million de sacs (25 % de la production totale), en 1888 2,6 millions (40 %), en 1902, 8 millions de sacs (60 %)[10]. Le café représente alors 63 % des exportations du pays. Les gains engrangés par ce commerce permettent une croissance économique soutenue au pays.
Le délai de 4 ans entre la plantation d’un caféier et la première récolte amplifie les variations saisonnières dans le prix du café. Le gouvernement se voit donc contraint, en quelque sorte, de soutenir les prix par des subventions en période de forte production. Cette politique de support des prix a comme effet pervers une inflation des plantations à São Paulo, qui a entraîné une énorme surproduction au début des années 1930[10].

Statistiques[modifier | modifier le code]

L'Organisation internationale du café à laquelle adhèrent quasiment tous les pays producteurs mais aussi les principaux pays consommateurs, collecte en continu les éléments d'information statistique.

Évolution du prix du café sur les marchés internationaux.

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b La production mondiale de café
  2. (en) Stefano Ponte, « The ‘Latte Revolution’? Regulation, Markets and Consumption in the Global Coffee Chain », World Development, vol. 30, no 7,‎ 2002, p. 1099 (lire en ligne)
  3. (fr) [Exportation et Développement Canada (EDC) : « Noir, le marché mondial du café ? »]
  4. (en)Coffee: World Markets and Trade (PDF), Foreign Agricultural Service. Office of Global Analysisn, décembre 2009
  5. (en) Organisation internationale du café : liste des membres
  6. (fr) Université Laval, Québec : Une tasse de café au goût d'injustice
  7. (fr)S. Calabre, Matières premières. Marchés mondiaux, déséquilibres, organisation, Economica, 1995
  8. Sibelet N, Montzieux M, 2012. Les facteurs de résilience de la caféiculture au Kenya: de la sécurisation alimentaire à la retraite. Cahiers Agricultures 21 (2-3): 179-91. doi: 10.1684/agr.2012.0563 http://www.jle.com/fr/revues/agro_biotech/agr/e-docs/00/04/78/C0/article.phtml
  9. (en) Maria Teresa Ribeiro de Oliveira The Establishment of Railways in the 19th Century Brazil and the British Imperialism. In: Across The Border. International Railway Investments in the 19th and 20th Centuries, 2004, Paris : International Railway History Association, 2004. v. 1. p. 138-150.
  10. a et b (en) Économie du café au Brésil de 1840 à 1930