Économie de la Tunisie

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Tunisie
Indicateurs économiques
Siège social de la BIAT : émergence des services dans l'économie tunisienne
Monnaie dinar tunisien (TND)
Année fiscale année calendaire
Organisations internationales Banque mondiale, FMI et OMC
Statistiques
Produit intérieur brut (parité nominale) 34,54 milliards (2007)
Produit intérieur brut en PPA 77,16 milliards (2007)
Rang pour le PIB en PPA 60 (2006)[1]
Croissance du PIB 6,3 % (2007)
PIB par habitant en PPA 7 500 (2007)
PIB par secteur agriculture : 11,5 %
industrie : 30 %
services : 58,5 % (2007)
Inflation (IPC) 2,9 % (2007)
Pop. sous le seuil de pauvreté 7,4 % (2007)
Indice de développement humain (IDH) 91[2]
Population active 3 593 200 (2007)[3]
Population active par secteur agriculture : 18,5 %
industrie : 32,5 %
services : 49 % (2007)[3]
Taux de chômage 14,1 % (2007)[3]
Principales industries textile, mine, pétrole, agroalimentaire, électromécanique
Commerce extérieur
Exportations 14,81 milliards (2007)
Biens exportés vêtements, produits agricoles, phosphate, pétrole, équipements mécanique et électrique
Principaux clients France (28,9 %), Italie (20,4 %), Allemagne (8,6 %) et Espagne (6,1 %) (2006)
Importations 17,9 milliards (2007)
Biens importés textiles, aliments, machines et équipements, pétrole
Principaux fournisseurs France (25 %), Italie (21,9 %), Allemagne (9,7 %) et Espagne (4,9 %) (2006)
Finances publiques
Dette publique 54,5 % du PIB (2007)
Dette extérieure 18,56 milliards (2007)
Recettes publiques 10,811 milliards TND (2007)[4]
Dépenses publiques 24,896 milliards TND (2007)[4]
Aide au développement 376,5 millions (2005)
Sources : 

CIA World Factbook[5]
Sauf mention contraire, tous les chiffres sont exprimés en dollars des États-Unis

L’économie de la Tunisie est inscrite dans un processus de réformes économiques et de libéralisation depuis 1986 après trois décennies de dirigisme et de participations de l’État à l’économie. Avec, à partir du 1er janvier 2008, l’ouverture à la concurrence mondiale par l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange conclu avec l’Union européenne en 1995, l’économie tunisienne fait face à des défis de mise à niveau de pans entiers de son économie tout en bénéficiant d’une croissance économique annuelle soutenue de l’ordre de 5 % par an depuis une dizaine d’années.

L’économie de la Tunisie est historiquement liée à l’agriculture (blé, olives, dattes, agrumes et produits de la mer), aux mines et à l’énergie (grand producteur de phosphates et dans une moindre mesure d’hydrocarbures), au tourisme (6,5 millions de touristes en 2006) et aux industries manufacturières (textiles, agroalimentaire et électro-mécaniques) dans une perspective extravertie (grand nombre d’entreprises industrielles totalement ou partiellement exportatrices). Ainsi, son économie diversifiée la distingue de celle de la plupart des États des régions africaine, nord-africaine et moyen-orientale. Par rapport aux autres pays du Maghreb (Algérie et Maroc), elle se hisse à la première place pour le revenu par habitant comme pour le niveau de développement. De plus, la Tunisie est, au même titre que le Maroc, l’un des seuls pays de la région à être entré dans la catégorie des « pays à revenus moyens ».

L’économie tunisienne, qui bénéficie désormais d’un degré d’insertion dans les échanges mondiaux parmi les plus élevés du monde[6], est distinguée au Forum économique mondial sur l’Afrique, tenu du 13 au 15 juin 2007, comme la 1re économie la plus compétitive d’Afrique, devançant l’Afrique du Sud, et la 29e sur 128 au niveau mondial[7].

Sommaire

[modifier] Histoire

[modifier] Nationalisations (1956-1961)

À la proclamation de l’indépendance en 1956, le pays ne dispose pas des atouts de ses voisins maghrébins : terres agricoles moins productives, infrastructure portuaire moins développée, marché intérieur étriqué, épargne faible et écornée par l’émigration des populations d’origine européenne et relations avec les milieux d’affaires français réduits, chômage élevé et équipement industriel embryonnaire[8]. Le taux de croissance annuel de 4,7 % des années 1950 à 1954 tombe même à 2,8 % durant la période d’autonomie puis d’indépendance (jusqu’en 1960)[9].

La priorité établie par le nouveau président Habib Bourguiba est alors de libérer l’économie nationale du contrôle français qui avait favorisé l’agriculture et l’extraction minérale, mais avait, en grande partie, négligé l’industrie[10],[11], la Tunisie étant alors le pays le moins industrialisé du Maghreb[12]. Entre 1956 et 1960, presque la totalité des 12 000 fonctionnaires français travaillant pour l’administration tunisienne sont rapatriés. Pour affirmer le contrôle public dans les secteurs-clefs, le gouvernement crée la Société nationale des chemins de fer tunisiens en 1956, prend en main la direction du secteur bancaire et quitte la zone franc en 1958 et nationalise, entre 1959 et 1960, les sociétés d’électricité, de gaz naturel et d’eau. En 1959, elle prend ses premiers contacts avec la Communauté économique européenne (CEE) et, en 1960, nationalise les sociétés de transport : le gouvernement acquiert 50 % de la compagnie aérienne Tunisair et crée la Compagnie tunisienne de navigation. Dans le même temps, par la promulgation de la loi nº 58-109 du 18 octobre 1958, le dinar tunisien devient la monnaie officielle et remplace le franc tunisien à un taux de 1 dinar pour 1 000 francs. Tout cela n’est toutefois pas encore synonyme d’une orientation socialiste, l’objectif étant de renforcer le contrôle du nouvel État indépendant tout en maintenant une politique libérale basée sur la promotion de l’investissement et du commerce extérieur. Ainsi, pendant les cinq premières années, l’État offre des incitations fiscales et des facilités de crédit afin de motiver le secteur privé à jouer un rôle plus important[11].

[modifier] Expérience socialiste (1961-1969)

Au début des années 1960, les phosphates produits dans la région de Gafsa — de faible teneur en acide phosphorique et nécessitant leur transformation en superphosphates — et l’huile d'olive constituent les principales sources de revenus extérieurs tandis que les revenus touristiques sont inexistants avec à peine 52 700 visiteurs étrangers en 1962[13]. Le seul grand projet industriel, les Industries chimiques maghrébines basées à Gabès, servira de pôle de développement du sud du pays avant l’avènement du tourisme[14].

Dans ce contexte, l’importance croissante de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) dans les choix économiques par l’action de son secrétaire général, Ahmed Ben Salah, mène le pays vers l’adoption de mesures collectivistes dans l’économie[10]. En 1961, les responsables politiques optent pour cette nouvelle stratégie et commencent à élargir le contrôle étatique sur tous les domaines de l’économie. Cette réorientation est marquée par deux décisions importantes prises durant cette période : la première est la création d’un grand ministère du plan auquel sont ajoutés les ministères de l’économie, des finances, de l’agriculture, du commerce et de l’industrie[15]. Ben Salah en prend la direction et contrôle ainsi la totalité de la politique économique[10] avec l’assistance d’une équipe de jeunes économistes dont Mansour Moalla. La deuxième est l’adoption d’un plan de développement courant sur dix ans (1962-1971) lequel est basé sur les résolutions du congrès de l’UGTT de 1956. Les objectifs principaux de ce plan sont la « décolonisation économique », l’amélioration du niveau de vie de la population, la réduction de la dépendance des capitaux extérieurs (et donc une meilleure autosuffisance) et la création d’un marché national. Cette phase est le témoin d’une accélération du processus de collectivisation, en particulier dans le secteur agricole. En mai 1964, l’Assemblée nationale décrète l’expropriation des terres en possession étrangère — appartenant principalement à des familles françaises mais aussi italiennes — afin d’établir 300 fermes coopératives d’État. La France gèle alors toute aide financière à la Tunisie, plongeant ainsi le pays dans une crise économique sérieuse. En juillet 1966, le président Bourguiba effectue une tournée en Europe et aboutit au lancement de négociations qui conduisent à la signature d’un premier accord commercial le 28 juillet 1969 à Tunis[16]. Paradoxe toutefois puisque le taux de collectivisation atteint alors 90 % dans le secteur agricole[10],[17]. En août, le secteur public englobe le commerce de gros et le commerce de détail, une partie importante de l’industrie et du secteur bancaire ainsi que les transports, l’électricité et les mines qui étaient déjà sous le contrôle de l’État[10]. Seul le secteur du tourisme, que les autorités commencent à développer, échappe à une gestion entièrement étatique.

[modifier] Capitalisme sous contrôle (1970-1981)

L’expérience coopérative dure jusqu’en septembre 1969 lorsque Bourguiba suspend Ben Salah de ses fonctions suite à la parution d’un rapport confidentiel de la Banque mondiale sur le déficit des entreprises publiques[18] et aux pressions de l’aile pragmatique du parti. Les coopératives seront toutefois maintenues jusqu’en mars 1970 et le mouvement aura engendré une série de créations industrielles et lancer l’implantation de l’activité touristique illustrée par la création de la Société hôtelière touristique et de transport[19]. Avec l’arrivée d’Hédi Nouira, pragmatique gouverneur de la Banque centrale hostile au collectivisme[20], au ministère de l’économie puis au premier ministère, la Tunisie se réoriente vers l’économie de marché et la propriété privée[10]. Avec l’appui financier de la Société tunisienne de banque d’Abdelaziz Mathari[21], le nouveau gouvernement encourage alors un retrait de l’État du secteur industriel en l’ouvrant à l’investissement privé. Nouira procède également à la création de nouvelles institutions dont le but est de promouvoir le secteur privé, telles que l’Agence de la promotion de l’industrie, avec l’objectif de rationaliser, moderniser et simplifier la politique industrielle.

Durant la décennie des années 1970, la Tunisie connaît une expansion du secteur privé et un développement rapide de l’emploi manufacturier, encouragé par la prolongation et l’élargissement de l’accord avec la CEE grâce au commissaire Claude Cheysson[16]. Le pays enregistre ainsi une croissance moyenne de 8,4 % par an et voit quadrupler le revenu par habitant qui passe de 314 à 1 351 dollars[22]. Toutefois, la structure de l’industrialisation se caractérise par une concentration sectorielle et régionale. À la fin de 1977, 54 % des investissements et 87 % des emplois créés se trouvent dans le domaine du textile et l’industrie de l’habillement et du cuir. En outre, les nouvelles entreprises sont concentrées dans peu de régions, ce qui renforce davantage les disparités régionales et encourage les migrations vers le nord-est du pays[17] et l’urbanisation[23]. En réalité, le retour à une économie de marché est moins décisif qu’annoncé : la Tunisie maintient largement le subventionnement de certains prix[24], le secteur financier est entièrement géré par le gouvernement et l’économie est protégée par des droits de douane très élevés et des restrictions d’importation. Cependant, l’économie bénéficie de résultats positifs bénéficiant des deux chocs pétroliers (1973 et 1979), qui font augmenter les prix du pétrole et des phosphates, mais aussi grâce à une production agricole en hausse et à des recettes touristiques plus élevées[10],[11]. Dans ce contexte de relance économique, le secteur public demeure dominant mais recule avec une dissociation progressive entre des secteurs ouverts à une dose de concurrence extérieure et ceux destinés au marché intérieur et qui bénéficient de rentes de situation[25]. Cette timide ouverture permet la création de nouveaux emplois et, par conséquent, le développement d’une meilleure mobilité sociale de la jeunesse nouvellement instruite et la croissance d’une classe moyenne[26].

[modifier] Crise économique (1982-1986)

La Tunisie est trop dépendante des recettes pétrolières et est pénalisée par son endettement extérieur, grevant les finances publiques qui assurent jusque-là le subventionnement des prix. De plus, elle n’a pas de base productive suffisante pour être en mesure d’absorber le surplus de travailleurs et d’exporter une gamme de produits diversifiée et compétitive. Le manque d’investissement de l’État dans les infrastructures entrave encore la croissance et dissuade les investisseurs privés[10].

C’est pourquoi le VIe plan de développement (qui commence en 1982) est conçu pour introduire les ajustements économiques nécessaires pour préparer la Tunisie à une période marquée par la baisse des recettes pétrolières. L’investissement se dirige principalement vers les industries non-pétrolières. Par ailleurs, la dette extérieure et la balance des paiements sont sévèrement contrôlées, l’investissement public réduit et la consommation soumise à des mesures restrictives par un gel des salaires et des restrictions supplémentaires à l’importation. Pourtant, la plupart des objectifs du plan n’aboutissent pas : la croissance du produit intérieur brut (PIB) reste sous les 3 %, le déficit du compte courant s’élève à 7,8 % du PIB et la dette extérieure s’élève à 56 % du PIB. En outre, entre 1985 et 1986, le prix du pétrole baisse, une série de sécheresses frappe le pays et le salaire des travailleurs diminue. En 1986, la Tunisie connaît sa première année de croissance négative depuis son indépendance. Les agitations sociales augmentent de façon dramatique pendant cette période et l’Union générale tunisienne du travail, qui critique ouvertement la politique économique adoptée par le gouvernement, organise des grèves et des manifestations contre l’augmentation du chômage et la politique salariale[10],[11]. Pour y faire face, le président Bourguiba nomme Rachid Sfar premier ministre, négocie le premier programme national d’ajustement économique ou « Plan d’ajustement structurel » (PAS) et reconnaît enfin la réalité de la crise qui se traduit par l’aggravation de la situation économique et financière. En 1986, le gouvernement se met officiellement d’accord avec le Fonds monétaire international (FMI) sur la mise en place de ce PAS en signant un accord sur un programme de reprise économique sur 18 mois. En 1988, on accorde à la Tunisie le recours à des fonds étendus pour une période de trois ans. Par la suite, la période de prêt est étendue plusieurs fois jusqu’en 1992, mettant en évidence la confiance de l’organisation en l’aptitude du gouvernement à mettre en œuvre une réforme structurelle de l’économie[11]. L’un des objectifs du PAS est la cession totale ou partielle de certains services publics au profit de banques ou de groupes privés.

[modifier] Libéralisation de l’économie (1987-1995)

La stratégie du programme est mise en œuvre dans les VIIe et VIIIe plans de développement. Le premier de ces plans est mis au point avec la coopération du FMI et de la Banque mondiale. Il a pour but d’atteindre une stabilité macro-économique et d’introduire les mesures initiales d’une libéralisation structurelle tout en réduisant la dépendance de l’exportation du pétrole. Les résultats ne sont pas stables à cause de la vulnérabilité de l’agriculture et des effets de la Guerre du Golfe. Néanmoins, le plan peut être considéré comme fructueux : les grands déséquilibres internes et externes sont maîtrisés, la dette extérieure reste raisonnable et une croissance du PIB de 4,3 % en moyenne est réalisée[11]. L’objectif principal du plan suivant est d’accroître l’efficacité et de promouvoir les mécanismes du marché. En même temps, le plan est conçu pour surmonter les conséquences sociales et politiques de ses mesures. Les dépenses publiques sont concentrées aux secteurs de la santé, de l’éducation, du logement et des services. La croissance du PIB atteint 4,5 % par an au lieu des 6 % prévus[11].

Dès le début des années 1980, le gouvernement considère aussi la privatisation des entreprises étatiques pour mettre fin à leur endettement. Le gouvernement ne lance cependant pas de véritables programmes avant 1987. La privatisation se traduit dans un premier temps par la vente de petites et moyennes entreprises avec un bon historique bancaire à des acheteurs tunisiens présélectionnés. Les secteurs concernés sont surtout le tourisme, les matériaux de construction, les textiles, l’industrie agroalimentaire et la pêche, la mécanique et l’électrotechnique[11]. Ratifiant le GATT en 1990 puis adhérant à l’Organisation mondiale du commerce en 1995, la Tunisie doit alors développer la compétitivité de ses produits et améliorer ses avantages comparatifs, pour augmenter les exportations de ses produits et avoir un accès plus libre aux marchés internationaux, par la mise à niveau globale de son économie. De plus, un accord d’association signé avec l’Union européenne le 17 juillet 1995 et entré en vigueur le 1er mars 1998 engendre dès 1996 le démantèlement progressif des barrières douanières jusqu’au 1er janvier 2008[27],[28]. Dans le même temps, deux zones de libre-échange sont créées à Zarzis et Bizerte : la première est spécialisée dans le secteur pétrolier et voit le jour en 1995 et la deuxième comprend l’industrie et la construction, la réparation de bateaux, la démolition et plusieurs services. Dans ces zones, le terrain appartient à l’État mais il est géré par une entreprise privée. De plus, le gouvernement encourage l’industrie manufacturière produisant uniquement pour l’exportation en lui donnant la possibilité de s’implanter partout dans le pays tout en travaillant sous le règlement des zones de libre-échange.

Ces réformes économiques sont aujourd’hui montrées en exemple par les institutions financières internationales. Néanmoins, le chômage continue de menacer le développement économique et se trouve aggravé par une population active grandissante. En 1997, 63 % des chômeurs étaient âgés de moins de 29 ans et 49 % étaient en chômage de longue durée[29].

[modifier] Mise à niveau de l’économie (1995-2008)

Le processus de mondialisation qui affecte la Tunisie, comme tant d’autres pays en développement, est conçu par le gouvernement comme un « ordre naturel », c’est-à-dire qu’il est obligatoire pour le pays de s’y adapter sous peine de forte dégradation de sa situation économique. Ce discours s’inscrit directement dans la continuité de la rhétorique bourguibienne du développement et du rôle de l’État comme garant de l’unité nationale. La politique d’ouverture mise en route permet une reprise durable de la croissance économique, contrairement à ce que vivent d’autres pays de la région, mais contribue dans le même temps à déstructurer le tissu économique, en le divisant entre les secteurs concurrentiels et ouverts vers l’extérieur — et bénéficiant, selon la Banque mondiale, de « généreux privilèges » sous la forme de cadeaux fiscaux[30] — et les secteurs fragilisés par un processus d’ouverture auquel ils ne sont pas préparés[31], notamment dans le secteur stratégique du textile qui représente près de 50 % des exportations nationales[30]. La nature même de ce processus, dirigé par l’État tunisien, permet à ce dernier de conserver une capacité d’intervention importante — 49,6 % du total des investissements en 1997 provenaient encore de l’État[29] — et de développer de nouveaux secteurs dont celui de l’industrie mécanique et des nouvelles technologies où les ingénieurs tunisiens bénéficient, à compétences égales, d’un salaire moindre que leurs collègues européens. Dès lors, l’un des atouts du pays, selon le ministre de l’industrie et des PME Afif Chelbi, est de « miser sur la qualité et exploiter au mieux l’atout de la proximité géographique et culturelle »[30].

Depuis le lancement du nouveau programme de privatisation en 1987, le gouvernement a totalement ou partiellement privatisé 203 entreprises, dont de grands établissements publics tel Tunisie Télécom, pour une recette globale de 5 557 millions de dinars[32]. Pourtant, un rapport de la Banque mondiale de juin 2004 épingle les « interventions discrétionnaires du gouvernement » et le « pouvoir des initiés » qui affaiblissent, selon elle, le climat des affaires et les éventuelles prises de risque des investisseurs étrangers[26]. Cette atmosphère serait renforcée par les créances douteuses des banques publiques tunisiennes, majoritaires sur le marché, qui atteint un taux de 22 % (contre 6 % en France)[30]. Cela pourrait expliquer en partie le niveau modéré bien que croissant des investissements étrangers. Le secteur privé « reste de taille modeste » et se trouve encore majoritairement composé de petites et moyennes entreprises (PME) familiales qui, selon les statistiques de l’Institut national de la statistique[33], contribuent tout de même à 72 % du PIB en 2006 contre 63 % en 1997 et emploient trois millions de personnes. Elles réalisent 85 % des exportations et 56 % du volume total des investissements. Mais leur dépendance à l’État demeure financière, eu égard au taux élevé du crédit bancaire et aux conditions difficiles pour l’accès au crédit dans un système bancaire majoritairement public, et ce malgré les appels du FMI à l’accélération de la réforme et de la privatisation du secteur bancaire. De plus, la non préparation de plusieurs secteurs à l’ouverture a conduit au maintien d’un niveau de chômage élevé et variant selon les sources de 13 % à 20 %[30]. Or, celui-ci devrait « officiellement » augmenter à 16 % en 2008, selon des estimations de la Banque mondiale, en raison de la différence entre le nombre des nouveaux emplois créés chaque année et l’augmentation régulière de la population active (85 000 nouveaux travailleurs pour 60 à 65 000 emplois créés). Pourtant, le chômage ne touche pas que les populations les plus vulnérables : le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur est ainsi en augmentation depuis plusieurs années. Alors qu’il était de 4 % en 1997 et de 0,7 % en 1984[29], il atteint 20 % contre une moyenne nationale de 14 %, voire près de 60 % dans certaines filières selon une enquête de la Banque mondiale[34]. Entre 1997 et 2007, leur nombre a été multiplié par trois, passant de 121 000 à 336 000, l’économie n’ayant pas réussi à grossir au même rythme que l’effort de formation, les difficultés de l’enseignement supérieur (marquées par l’écart entre la hausse du financement et la croissance exponentielle du nombre d’étudiants) ne faisant qu’accroître ces problèmes. Une réforme du Code du travail de 1994 a également « favorisé la flexibilité du travail et le développement des emplois précaires »[26] et les différences entre régions et entre catégories socioprofessionnelles auraient tendance à s’accroître avec le temps : la Banque mondiale met ainsi en avant, selon un calcul du plafond de revenu différent de celui retenu par les autorités tunisiennes, une hausse absolue de l’effectif des personnes considérées comme « pauvres » malgré une baisse relative de leur proportion au sein de la population[35].

On peut ainsi constater que l’ouverture du marché tunisien a remis en cause les bases sur lesquelles le régime politique s’est bâti jusque-là, contraignant celui-ci à adapter ces stratégies pour développer l’économie et assurer l’équilibre social. Par ailleurs, le chômage persistant et les difficultés liées à la lente restructuration de l’État laissent une partie de la population en marge du développement économique qui est pourtant le principal fondement de la politique gouvernementale. Toutefois, des réseaux permettent encore de tempérer d’éventuels mécontentements.

[modifier] Structure économique

En 2007, le produit intérieur brut (PIB) de la Tunisie atteint 34,540 milliards de dollars soit une hausse de 6,3 % par rapport à 2006[36]. En 1960, celui-ci ne se montait qu’à 847 millions de dollars, passant à 1,581 milliard en 1970, 8,634 millards en 1980, 12,875 milliards en 1990 et 21,254 milliards en 1999[37]. Quant à la population active, elle atteint 3,593 millions de personnes mais la population active occupée totalise 3,085 millions de personnes[3], dont près de 30 % de femmes, ce qui représente tout de même plus du double du niveau de 1980[38]. D’après les données officielles, la répartition par secteur économique se fait de la façon suivante :

Secteur de l’économie PIB (millions de dinars) Part dans le PIB
Agriculture et pêche 4 641,3 11,5 %
Industries non manufacturières 5 597,4 14 %
Industries manufacturières 7 697,3 19,2 %
Services 17 334 43,2 %
Autres 48 625 12,1 %
Sources : Ministère du développement et de la coopération internationale[36]

[modifier] Agriculture et pêche

Icône de détail Articles détaillés : Viticulture en Tunisie et Pêche en Tunisie.
Région agricole du cap Bon
Région agricole du cap Bon
Champ d’oliviers du gouvernorat de Sfax
Champ d’oliviers du gouvernorat de Sfax
Port de pêche de Bizerte
Port de pêche de Bizerte

Dans les dernières années du protectorat français, l’agriculture représente encore 29 % de l’activité économique totale mais tombe déjà à 22 % avec la nationalisation des 850 000 hectares exploités par des sociétés françaises et des colons[39]. Malgré cette baisse constante de la quote-part du secteur dans le PIB, l’agriculture a enregistré des taux de croissance importants, notamment durant les années 1970 avec près de 8 % par an[39], et a permis au pays d’atteindre un niveau de sécurité alimentaire suffisant. Ces performances sont la conséquence d’importants efforts de soutien et de modernisation réalisés dans le cadre d’une politique de développement et de régulation des activités agricoles et rurales (crédits de la Banque nationale agricole, assistances techniques et salaire minimum) et d’une demande soutenue par l’augmentation de la demande (population en hausse et aux revenus croissants)[40]. En effet, les taux de couverture des besoins nationaux par la production intérieure sont de près de 48 % pour les céréales, de 100 % pour les produits de l’élevage ou de 88 % pour les huiles[41].

En dépit du développement des autres secteurs de l’économie nationale, l’agriculture conserve une importance sociale et économique : elle assure environ 11,5 % du PIB et emploie 18,5 % de la main-d’œuvre en 2007[3]. Les principales productions agricoles sont les céréales (blé et orge), les olives (quatrième producteur mondial et deuxième exportateur mondial)[42], les dattes, les agrumes et les produits de la mer. Ces produits agricoles sont en grande partie tournés vers l’exportation, le blé tendre, les dattes (avec la célèbre deglet nour[43]), l’huile d’olive et les agrumes étant souvent vendus en primeurs. La viticulture est également un secteur exportateur : le pays produit annuellement 300 à 350 000 hectolitres de vins dont 100 000 pour l’exportation (vers l’Allemagne et la France principalement avec 70 % en vin d’appellation d’origine contrôlée (AOC) dont 20 % bénéficient de la mention « premier cru »).

Le secteur de la pêche est une activité économique importante, notamment dans certaines régions pour lesquelles elle est l’unique activité économique (comme l’archipel des Kerkennah). Il s’agit de la deuxième production agricole exportée par le pays après l’huile d’olive et se pratique surtout sur la façade orientale, notamment dans le golfe de Gabès, où se situe la majorité des 40 ports de pêche ainsi que les deux-tiers des prises. L’aquaculture se développe également en sites maritimes ou en sites d’eau douce sur 14 000 hectares au niveau des barrages. Les produits de la pêche maritime sont principalement des poissons bleus, des poissons blancs, des crustacés et des mollusques.

La Tunisie n’échappe pas aux tendances de modernisation et de mondialisation de ces dernières décennies avec la libéralisation de son économie engagée depuis 1986 et l’accord de libre-échange signé avec l’Union européenne en 1995[41]. La tendance s’illustre par une baisse de la part de ce secteur économique dans le PIB (1/7e) et plus encore par une baisse de la population active (1/6e), tendance constatée tout au long du XXe siècle et accélérée après l’indépendance (avec un désengagement renforcé lors des années 1960 où fut tentée l’expérience collectiviste). Des unités de production modernes et bien intégrées au marché, notamment pour certaines aux marchés d’exportation, coexistent avec des systèmes de production restés, sous le poids de leurs contraintes de structures, traditionnels sur le plan des techniques adoptées et peu intégrés au marché[41]. Le programme d’ajustement structurel agricole, lancé en 1986, contribue à la libéralisation des prix et des investissements et à la privatisation progressive des entreprises publiques du secteur. La gestion de l’agriculture appartient encore à des organismes d’État tels les offices des céréales, de la pêche ou de l’huile mais le secteur agricole est de plus en plus pris en charge par des groupes privés souvent présents dans l’industrie agroalimentaire tel le groupe Poulina qui est le premier groupe privé du pays.

Principaux produits exportés en 2007 (1,153 milliard de dinars) Valeur (millions de dinars)
Huile d’olive 696
Poissons, crustacés et mollusques 232,8
Dattes 211
Agrumes 13,6
Principaux produits importés en 2007 (1,734 milliard de dinars)
Valeur (millions de dinars)
Céréales 1183,7
Huiles végétales 288,5
Sucre 158,9
Tourteaux de soja 103,1
Sources : Institut national de la statistique[44],[45]

[modifier] Industrie

Icône de détail Article détaillé : Industrie en Tunisie.

Pour André Wilmots, la Tunisie « fait partie de la poignée de nations du monde en développement qui a su tirer profit de la vague du redéploiement d’activités Nord-Sud »[46] en se positionnant à temps, en créant l’infrastructure nécessaire et en établissant sa réputation en termes de délais et dequalité. En effet, dans les années 1950, le tissu industriel est presque inexistant et les produits qui viennent de France payant un droit de douane faible voire inexistant empêchent la production locale de se développer.

Désormais, le secteur de l’industrie, qui regroupe l’industrie non manufacturière (mines, énergies, électricité et BTP) et surtout l’industrie manufacturière (agroalimentaire, textiles et cuirs, matériaux de construction, verre, plastique, produits mécaniques, électriques, électroniques et chimiques, bois, etc.), produit des produits manufacturés représentant 82 % des exportations totales en 1998[12].

Activité industrielle PIB (millions de dinars) Part du secteur
Mines, énergie, électricité et eaux 3 228,7 57,7 %
Construction et travaux publics 2 368,6 42,3 %
Total pour l’industrie non manufacturière 5 597,4 14 %
Textiles et cuirs 2 046,8 26,6 %
Industries agroalimentaires 1 387,7 18 %
Industries mécaniques et électriques 1 739,5 22,6 %
Industries des matériaux de construction et du verre 799,6 10,4 %
Industries chimiques 765,3 10 %
Autres (emballages, papiers, bois, plastiques, etc.) 958,4 12,4 %
Total pour l’industrie manufacturière 7 697,3 19,2 %
Sources : Ministère du développement et de la coopération internationale[36]

Pour l’industrie manufacturière, la Tunisie est le premier exportateur industriel d’Afrique en valeur absolue — elle est ainsi passée devant l’Afrique du Sud en 1999[47] — alors que près de 70 % des exportations du secteur sont le fait d’entreprises bénéficiant depuis 1972 d’un statut offshore leur donnant le droit de travailler pour le marché européen[27]. Les secteurs du textile et de l’agroalimentaire représentent 50 % de la production et 60 % de l’emploi de l’industrie manufacturière.

Après avoir cru à un rythme annuel de 2,1 % entre 2000 et 2005, l’industrie tunisienne fait face à la concurrence étrangère : l’élargissement de l’Union européenne à l’Europe de l’Est, la fin des accords multifibres qui contingentaient les importations de textile en provenance de Chine et d’Inde notamment et la mise en place d’une zone de libre-échange avec l’Union européenne le 1er janvier 2008 abolissent la plupart des avantages dont bénéficient jusque-là les entreprises. Plusieurs programmes de modernisation et de mise à niveau des entreprises entendent dès lors adapter le secteur à la concurrence internationale : le Programme de mise à niveau est lancé en 1996 et renforcé en 2002 par le Programme de modernisation industrielle, en partie subventionné par l’Union européenne, qui bénéficient aussi bien aux entreprises tunisiennes qu’aux entreprises étrangères implantées sur place. À la fin 2007, près de 4 000 entreprises, principalement dans les secteurs de la construction (21 %) mais aussi dans le textile, la mécanique, l’électrique et l’électronique et l’agroalimentaire (19 % chacun), ont ainsi investi plus de 4,3 milliards de dinars[48]. L’autre solution est la diversification, notamment par les exportations de produits mécaniques, électriques et électroniques qui sont passés de 100 millions de dinars à 5,28 milliards entre 1996 et 2008[27]. Les quelques 550 entreprises du secteur, dont Alcatel-Lucent, Zodiac ou Latécoère investissent ou sous-traitent en profitant d’une main-d’œuvre qualifiée et bon marché. Dans le même temps, le pays détient déjà 2 % du marché mondial de la confection de câbles avec l’implantation en 2008 des groupes Dräxlmaier, Kromberg & Schubert, Sewon et Sumitomo Electric Bordnetze (potentiel de 14 900 emplois)[27].

Principal secteur potentiellement menacé, le textile représente en 2005 plus de 40 % des exportations tunisiennes et plus de 46 % des emplois industriels du pays (occupés à 80 % par des femmes)[30]. Après une croissance soutenue (+10 %) entre 1997 et 2001, la production est désormais stable car le niveau des salaires pèse lourdement : un ouvrier tunisien gagne chaque mois entre 115 et 130 euros (pour 40 à 48 heures de travail hebdomadaire) quand un ouvrier chinois perçoit entre 50 et 60 % de moins[30]. Quatrième fournisseur de l’Union européenne en produits textiles, elle était jusqu’en 2002 le premier fournisseur de la France avant d’être surclassée par la Chine en 2003. Alors que la Banque mondiale estimait alors qu’un tiers des 250 000 emplois du secteur étaient menacés, les délais de production et de livraison, les petites séries et les réassortiments restent un élément de décision important pour les fabricants européens, comme l’illustre le groupe Benetton qui fabrique plus du tiers de sa production mondiale en Tunisie[27]. Ainsi, le pays a réussi à se spécialiser dans la lingerie féminine (un soutien-gorge sur trois en France est de fabrication tunisienne). De fait, l’année 2006 n’a vu qu’un léger tassement de 4 % de la production.

Par ailleurs, sur les quelques 10 000 entreprises industrielles[49] que compte le pays et qui représentent quelques 550 000 postes[27], plus de 2 000 sont partiellement ou en totalité en mains européennes[50] :

[modifier] Services

Globalement, la part des services dans le PIB tunisien diminue légèrement, passant ainsi de 54 % en 1960 à 50 % en 1999, la hausse des revenus du tourisme ne parvenant pas à compenser la baisse du poids des activités du commerce[51]. Cette baisse est toutefois compensée par l’apparition de nouveaux services comme les télécommunications et les services financiers, Tunis ayant eu tendance à supplanter quelque peu Beyrouth comme place financière privilégiée du monde arabe[52].

Activité économique PIB (millions de dinars) Part du secteur
Commerce 4 309,6 24,8 %
Transport et communications 5 020,3 29 %
Tourisme 2 546,6 14,7 %
Institutions financières 1 454,2 8,4 %
Autres services 4 003,3 23,1 %
Sources : Ministère du développement et de la coopération internationale[36]

[modifier] Tourisme

Icône de détail Article détaillé : Tourisme en Tunisie.
Hôtel djerbien de la chaîne El Mouradi
Hôtel djerbien de la chaîne El Mouradi

La position géographique de la Tunisie au sud du bassin méditerranéen, avec 1 300 kilomètres de côtes en grande partie sablonneuses, un climat méditerranéen chaud l’été et doux l’hiver, un patrimoine civilisationnel très riche (huit sites inscrits à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco) et surtout un coût bas du séjour touristique, font de ce pays l’une des principales destinations des touristes européens en Afrique et dans le monde arabe (quatrième pays le plus visité après l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Maroc).

Le développement du tourisme remonte aux années 1960 grâce à l’action conjuguée de l’État et de groupes privés. Si, en 1962, le tourisme, avec 52 000 entrées et une offre de 4 000 lits, ne rapporte que deux millions de dinars par an, en 2006, avec 6 549 549 visiteurs et une offre de 231 838 lits (dont près de 27 % situés dans des hôtels quatre et cinq étoiles)[53], il devient la principale source de devises du pays. Le secteur touristique représente aujourd’hui 6,5 % du PIB et fournit 340 000 emplois dont 85 000 emplois directs, soit 11,5 % de la population active occupée avec une forte part d’emploi saisonnier.

La clientèle touristique, si elle tend à se diversifier (notamment vers l’Europe de l’Est), est composée de nationalités stables : Libyens (1 472 411 visiteurs), Français (1 234 735), Algériens (945 324), Allemands (547 403), Italiens (464 323) et Britanniques (350 693) se partagent de façon assez équitable l’essentiel des visiteurs[53]. Le tourisme intérieur constitue le cinquième marché pour ce secteur avec 1 251 251 touristes tunisiens pour un total de 2,75 millions de nuitées en 2006[54].

Ce secteur contribue à mettre en valeur certaines régions, essentiellement celles du littoral oriental, cumulant plus de 95 % des lits :

Oasis de Tamerza
Oasis de Tamerza
Golf de Tozeur
Golf de Tozeur

Les perspectives de développement prévoient la création de nouvelles stations balnéaires le long du littoral avec une capacité de 200 000 lits en 2015 (Zouarâa près de Hammamet, Selloum près de Zarzis, Hergla, Ras Dimas près de Monastir et Ghedhabna près de Mahdia) avec le développement du modèle de la station balnéaire intégrée. Toutefois, outre le tourisme balnéaire majoritaire, le tourisme saharien (Douz et Tozeur attirant chaque année plus de 250 000 touristes durant toute l’année) est en fort développement. Plus récemment, le tourisme vert, la thalassothérapie et le tourisme médical sont apparus et croissent très rapidement : « Le tourisme médical a de beaux jours devant lui » assure l’ancien ministre du tourisme Ahmed Smaoui. « Les Algériens et les Libyens aisés viennent se faire soigner ici car leur pays ne dispose pas d’infrastructures médicales performantes. Nous accueillons également des Britanniques lassés de devoir attendre des mois avant de pouvoir se faire opérer dans leur pays. Enfin, de plus en plus de gens ont recours à la chirurgie esthétique[30]. » Les retraités constituent également une cible de choix pour les tour opérateurs.

Destination de masse, la Tunisie souhaite pourtant promouvoir un tourisme plus haut de gamme et s’efforce ainsi de diversifier son offre de loisirs (plus de huit terrains de golf et dix centres de thalassothérapie). Cela se traduit par la mise à niveau de ses hôtels — la part des quatre et cinq étoiles tend à se renforcer atteignant un tiers des 825 hôtels que compte le pays en 2006[53] — et la concentration du secteur aux mains de groupes privés tunisiens nouant des partenariats avec des groupes hôteliers internationaux : le français Sofitel-Accor avec le groupe TTS, l’espagnol Sol-Melia-Tryp avec le groupe El Mouradi, l’américain Sheraton avec le groupe Affès, etc.

Dans un environnement international de plus en plus concurrentiel, avec un produit de nature fragile dans une région à réputation variable[55], l’adaptation est nécessaire. Il faut également veiller à contrôler les pressions générées sur l’environnement qui sont importantes et particulièrement les pressions foncières, l’érosion des côtes et les rejets d’eaux usées.

[modifier] Banques

Les banques[56] et autres établissements financiers sont l’un des principaux acteurs du développement dans le pays, par les prêts consentis aux acteurs économiques (dont l’État se finançant sur les marchés internationaux), comme par les prises de participations dans les grandes entreprises du pays. D’un point de vue économique, le secteur emploie 18 000 personnes en 2005. Il existe 939 agences (soit le double qu’en 1986 : 456).

En Tunisie, on peut différencier des banques de dépôts (dont dix ont un réseau d’agences important compris entre 43 et 144 en 2005 avec la Banque nationale agricole comme leader), une banque d’affaires, deux banques offshore, dix organismes de leasing, deux sociétés de factoring et huit sociétés de recouvrement.

Le système bancaire est une préoccupation de l’État tunisien qui veut hisser les services bancaires aux normes internationales. Le point n°7 du volet économique pour la période 2004-2009, prévoit « un système bancaire et financier développé orienté vers la convertibilité totale du dinar ». Taoufik Baccar, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie souligne que « l’orientation vers la convertibilité totale du dinar devra favoriser le renforcement de la capacité concurrentielle de l’entreprise, attirer les investissements étrangers, encourager l’internationalisation de l’entreprise tunisienne et édifier les bases d’une économie ouverte ». Au chapitre des conditions nécessaires pour y parvenir on trouve la promotion du e-banking et la généralisation de la carte de paiement pour chaque compte bancaire et postal, soit trois millions de cartes en 2009 contre 800 000 en 2004. Le FMI a félicité les autorités pour l’entrée en vigueur de la loi sur la consolidation et la mise en place d’une structure de surveillance de la stabilité du système financier et pour les mesures prises pour renforcer la supervision bancaire mais constate également la détérioration continue des indicateurs financiers du système bancaire en 2003 et appelle, lors d’une mission en décembre 2005, au « renforcement du secteur bancaire notamment le niveau des créances douteuses qui alourdissent le coût du crédit et freinent la croissance et l’investissement. Elles ralentissent aussi l’évolution vers la convertibilité totale du dinar et la dynamisation de la politique monétaire ».

[modifier] Commerce et distribution

Boucherie de quartier dans la médina de Tunis
Boucherie de quartier dans la médina de Tunis

Cette branche économique, qui emploie plus de 500 000 personnes et participe à 10,7 % du PIB national, se divise en deux catégories[57]. En effet, la distribution se caractérise encore par la prédominance du commerce traditionnel avec 88 % (2006) du chiffre d’affaires des transactions commerciales réalisé pour l’essentiel par de petits commerçants (modèle de la petite épicerie de proximité traditionnellement détenue par un Djerbien) et des grossistes, soit 450 000 emplois pour 250 000 commerces. Dans ce secteur, on compte une boutique pour 64 habitants et une faible surface unitaire de moins de 18 m²[58].

La distribution moderne, qui ne compte que pour 5 % du chiffre d’affaires global, d’après une étude du ministère du commerce[58], regroupe des enseignes nationales et internationales, n’est apparue que lorsque le marché s’est libéralisé en 1999[59]. Ce secteur s’est fortement développé depuis avec l’ouverture du premier hypermarché de Tunisie sous l’enseigne Carrefour à La Soukra (2001), un deuxième avec Géant (29 septembre 2005) tandis qu’un troisième avec Leclerc est prévu à Sousse. Cette sous-branche de la distribution est représentée par quatre groupes :

  • UTIC qui possède l’hypermarché Carrefour et les supermarchés Champion (quartiers Lafayette et El Menzah IX de Tunis et quartier Souk Lahad de Sousse), réalisant 22 % de parts de marché, ainsi que les supérettes Les Nouveaux Magasins (anciennement Bonprix) qui réalisent 9 % de parts de marché ;
  • Groupe Mabrouk possédant l’hypermarché Géant, réalisant 13 % de parts de marché, et les supermarchés Monoprix (23 %) ;
  • Promogros avec des magasins de semi-gros ouverts à une clientèle achetant par lots (13 %) ;
  • Magasin Général, groupe public repris par le consortium Poulina-Bayahi, qui possède le réseau de points de vente le plus étendu (44 magasins sur tout le territoire national) et totalise 20 % de parts de marché.

On note toutefois que 90 % des Tunisiens continuent à s’adresser régulièrement aux petits commerçants du quartier, 39 % seulement fréquentent régulièrement les grandes surfaces et 33 % les supérettes[58], notamment du fait que les hypermarchés n’existent qu’à Tunis. Dans le même temps, le gouvernement ne souhaite pas favoriser les supermarchés car il privilégie le maintien du commerce traditionnel comme facteur de stabilité sociale[59]. En effet, le pouvoir d’achat des Tunisiens devient faible dès lors qu’on sort de Tunis[59]. C’est pourquoi les petits commerçants traditionnels restent indispensables : ce sont souvent les seules enseignes ouvertes dans les provinces et qui présentent une gamme large de choix de produits ; elles offrent un service de proximité puisque plusieurs commerces sont ouverts très tard la nuit et 7 jours sur 7, y compris les dimanche et les jours fériés, avec une offre personnalisée et une possibilité de crédit gratuit, le carnet de crédit de l’épicier étant le premier moyen de paiement en Tunisie selon l’enquête du ministère du commerce[58].

Le marché de la vente à distance n’est pas très important et il est difficile de déterminer sa valeur d’autant plus qu’il n’existe pas de chiffres officiels. L’un des principaux sites est celui de Magasin Général[59]. Le commerce électronique en Tunisie se développe quant à lui lentement. La création d’un porte-monnaie virtuel appelé carte e-dinar universelle pourrait contribuer au développement de ce secteur. L’un des premiers acteurs à utiliser ce système est La Poste Tunisienne.

[modifier] Transport

Icône de détail Article détaillé : Transport en Tunisie.
Avion de Tunisair
Transports
Routes (2004)
Goudronnées 12 655 km
Non goudronnées 6 577 km
Rail (2008)
2 167 km[60]
Gazoducs (2007)
2 665 km
Oléoducs (2007)
1 235 km
Ports & aéroports (2007)
Ports de marchandises Radès, Sfax, Bizerte, Gabès, Sousse, Zarzis, La Goulette
Aéroports à piste goudronnée 14
Aéroports non goudronnés 16
Sources : CIA World Factbook[61]

Le secteur des transports est en pleine évolution : libéralisation des modes de transport, privatisations, mise à niveau, restructuration et assainissement des infrastructures, etc.

[modifier] Transport maritime

La Tunisie compte aujourd’hui sept ports de commerce (Radès, Sfax, Bizerte, Gabès, Sousse, Zarzis et La Goulette) tandis qu’un port en eaux profondes va être réalisé à Enfida. Placés sous la gestion de l’Office de la marine marchande et des ports, ils assurent à eux seuls 96 % du commerce extérieur tunisien[59]. Le port de Radès occupe une place importante de par sa spécialisation dans le trafic de conteneurs et unités roulantes (essentiellement le trafic des remorques) : il assure 22 % du trafic global, 90 % du tonnage des marchandises conteneurisées, 90 % du tonnage des marchandises chargées dans des unités roulantes, 92 % du trafic de conteneurs en EVP, 91 % du trafic des unités roulantes et 23 % du trafic de navires enregistré dans l’ensemble des ports de commerce tunisiens[59]. Avec ses 550 000 passagers et ses 415 000 croisiéristes enregistrés en 2004, le port de La Goulette est l’une des destinations les plus appréciées dans l’ouest du b