Économie de l'Afghanistan

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Afghanistan
Indicateurs économiques
Image illustrative de l'article Économie de l'Afghanistan
Le bâtiment, principal bénéficiaire de la reconstruction économique.

Monnaie afghani (AFN) 1 AFN = 100 puls
Année fiscale 21 mars-20 mars
Organisations internationales SARC, OCE, OMC
Statistiques
Produit intérieur brut (parité nominale) 16.63 milliards $ (2010)
Produit intérieur brut en PPA 29.81 milliards $ (2010)[1]
Rang pour le PIB en PPA en volume : 110e[2]
Croissance du PIB 8,9 % (2010)[1]
PIB par habitant en PPA 1000 $ (2010)[1]
PIB par secteur agriculture : 31 %
industrie : 26 %
services : 43 % (2010)[1]
Inflation (IPC) 13,3 % (2010)[1]
Pop. sous le seuil de pauvreté
Indice de développement humain (IDH) d'après le PNUD, l'Afghanistan est 172e sur 177[3]
Population active 15 millions (2004)[1]
Population active par secteur agriculture : 78,6 %
industrie : 5,7 %
services : 15,7 % (2008)
Taux de chômage 35 % (2008)[1]
Principales industries textile à petite échelle, savon, meubles, chaussures, engrais, tapis, gaz, charbon, cuivre[1]
Commerce extérieur
Exportations 471 millions $, hors opium (2005)[1]
Biens exportés opium, fruits secs, tapis, laine, coton, peaux et fourrures, pierres précieuses et semi-précieuses
Principaux clients Inde 21,9 %, Pakistan 20,9 %, US 14,5 %, UK 6,2 %, Danemark 5,4 %, Finlande 4,3 % (2006)
Importations 3,87 milliards de dollars(2005)[1]
Biens importés biens d’équipement, nourriture, textiles, produits pétroliers
Principaux fournisseurs Pakistan 38,8 %, US 12,3 %, Allemagne 7,4 %, Inde 5,2 %, Turkménistan 4 % (2006)
Finances publiques
Dette publique n.c.
Dette extérieure 2,7 milliards $ (2008)[1]
Recettes publiques 507 millions $ de revenus fiscaux propres(2006)[3]
Dépenses publiques n.c.
Déficit public
Aide au développement 50 % du budget central soit 850 millions $ provenant des aides internationales. Le budget externe, géré par les donateurs est de 2,1 milliards (2005-2006)[3]

En dépit de problèmes de sécurité intérieure persistants, de corruption endémique et de conflits larvés avec le Pakistan, l'économie afghane est l'une des plus dynamiques du Moyen-Orient. Le taux de croissance record des dernières années recouvre cependant des situations contrastées.

Vaste champ de ruines en 2001, le pays sort exsangue de 22 ans de conflits que le processus de Bonn (2001-2005) tente d'enrayer. De plus en plus perméable aux investissements étrangers, il bénéficie de l'aide de la communauté internationale, distribuée par le biais de l'ARTF (Fonds de reconstruction de l'Afghanistan géré par la Banque mondiale) et du LOFTA (Fonds Fiduciaire pour la Loi et l'Ordre). Mais sa principale source de revenus tient aux retombées du partenariat stratégique voulu par les États-Unis, contributeur privilégié et artisan de l’extension à ce pays du système généralisé de préférences (SGP).

C'est ainsi que 26,8 milliards de dollars américains ont été injectés entre 2001 et 2007 dans le circuit économique[4], avec pour corollaire un pays assisté, où l'État, otage des subsides étrangers ne contrôlerait que 23 % de l'aide internationale[5]. Cette situation de dépendance n'est cependant pas nouvelle pour un pays longtemps considéré comme «l'extension économique et idéologique du Pakistan »[6].

Forces et faiblesses[modifier | modifier le code]

C’est paradoxalement de ses faiblesses que l’économie tire sa force. Car l'Afghanistan est bel et bien dans une dynamique de croissance, tout étant sur son sol, à reconstruire. Nombreuses sont donc les entreprises, nationales et surtout étrangères, à s'être mises sur les rangs. Ainsi de Bechtel et Perini, dans le secteur des travaux publics, de Roshan (compagnie de téléphonie mobile) ou de multinationales plus connues comme Coca-Cola, Siemens ou Nestlé.

Selon le quai d'Orsay[7], l'Afghanistan représenterait 2 % des exportations françaises en Asie du Sud auxquels s'ajoute l'important volume des marchandises venues de France et réexportées depuis le Pakistan ou Dubaï. Parmi les entreprises nationales présentes sur le sol afghan, figurent aussi Thalès (aéroports) et Alcatel (télécommunications).

Les atouts[modifier | modifier le code]

Facteur humain[modifier | modifier le code]

Le retour des 4 millions de réfugiés est un facteur de relèvement économique. Ces forces vives, formées à l’étranger, constituent un réservoir de talents et parfois de capitaux importants. C'est donc sur la capacité de cette diaspora afghane à consommer, investir, et créer des entreprises que tablent de nombreux secteurs, parmi lesquels le secteur technologique. Revers de la médaille, la demande accrue de logements, qui mène le pays sur la voie d'une urbanisation galopante. Associé à la désertification et au déboisement massif, le phénomène devient préoccupant.

Bonne santé du secteur bancaire[modifier | modifier le code]

Bien que la plupart des échanges financiers restent le fait du hawala (réseau informel de transferts de fonds par courtiers[8]), les établissements bancaires fleurissent. Depuis 2003, une quinzaine d’entre eux s’est ouverte, bénéficiant d’un cadre législatif sur les investissements privés particulièrement attractif (exemption de taxes à la clé). La microfinance, en plein développement, propose aussi des services bancaires.

Richesse du sous-sol[modifier | modifier le code]

Jusqu'ici handicapé par des infrastructures déficientes, l'Afghanistan possède des ressources minérales (charbon, gaz, pierres précieuses et minerais) pour l'heure très peu exploitées, estimées en juin 2010 à 908 milliards de dollars américains[9] découvert, entre autres, par les études effectué par le VXS-1[10].

Les réserves en minerai de fer sont estimées à 420 milliards de dollars, celle de cuivre à 274 milliards, de niobium à 81 milliards, de cobalt à 50 milliards[11]; Les réserves de lithium de l'Afghanistan seraient également comparables à celles de la Bolivie selon le New-York Times.

Faiblesses[modifier | modifier le code]

L’ampleur du trafic d’opium[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Narco-économie en Afghanistan.

La principale faiblesse de l’économie afghane vient précisément de ce qu’elle tend à se transformer en narcoéconomie. L’opium fait aujourd’hui vivre plus de 2 millions d’Afghans et génère des recettes évaluées à 2,5 milliards de dollars, soit 35 % du PIB[12]. Une manne contre laquelle les autorités n'arrivent pas à lutter efficacement. Cette incapacité sert les Talibans qui, en captant une partie de l’argent financent leur guérilla contre le pouvoir en place. Outre les outils du développement et de la constitution d’un état de droit, l’une des solutions proposée par le Senlis Council, serait la reconversion de la culture du pavot à des fins médicinales, incitant les agriculteurs à privilégier une source légale de revenus[13].

En mai 2010, on annonce que la moitié des récoltes sont détruits par un champignon d'origine inconnu[14]

À ce trafic, s’ajoutent ceux des armes, des antiquités et des êtres humains.

La pauvreté[modifier | modifier le code]

Le relèvement du niveau de vie décrit par certaines parties prenantes[15] et qui se manifesterait par la démocratisation de l'accès aux soins, la scolarisation d’une partie des jeunes Afghans, et par la construction en cours, à Kaboul, de 20 000 logements, rappelle les bons chiffres d’une croissance estimée pour l’exercice 2002-2003 à 28,6 % et pour l’année 2007 à 14 %[16]. Croissance qui ne devrait toutefois profiter qu’à la minorité la plus entreprenante, la population générale étant réputée l’une des plus pauvres de la planète. Le revenu annuel par habitant était de 335 dollars en 2006, les deux tiers de la population vivant avec moins de 2 dollars par jour. Le PIB par habitant est d'environ 40 dollars en 2007, ce qui en fait le plus faible au monde. Logiquement, les importations de biens d’équipement sont destinées aux seules classes moyennes et supérieures rentrées d’exil. La sécheresse et les difficultés d’approvisionnement en eau potable génèrent famines et problèmes sanitaires. Problèmes amplifiés par l'impossibilité pour les habitants des milieux ruraux et montagneux, à accéder en hiver aux différents marchés et services. Amoindri par ces conditions de vie, l’Afghan moyen ne peut guère espérer vivre au-delà de 55 ans[17].

Un État déficient[modifier | modifier le code]

Le rôle de l'État est aujourd’hui réduit à la portion congrue, la Banque mondiale lui contestant de fait la maîtrise de pans entiers de son économie[18]. C’est donc pour l’essentiel au secteur privé que revient l’initiative dans les domaines des télécommunications, de l’énergie, des infrastructures d’irrigation et de stockage de l’eau. Même l’offre de santé, réduite aux seules cliniques privées, est abandonnée aux bons soins des ONG, dont le rôle global dans la reconstruction est sujet à controverses[19]. Il en résulte une quasi-inexistence des services publics de toute façon en mal de financement de politique.

Dépendances de l’étranger[modifier | modifier le code]

Une grande partie du PNB est générée par les institutions militaires et civiles internationales installées depuis l’intervention de fin 2001 hors aide financière de la communauté mondiale. Ainsi, le seul département de la défense des États-Unis a effectué, pour l’année fiscale 2011. Pour 6,1 milliards de dollars américains d’achats dans ce pays[20].

Ressources traditionnelles[modifier | modifier le code]

Avant toute énumération, les tentatives de développement et de diversification de ces ressources sont découragées par le niveau des importations, s’élevant d’après Mohammad Amin Fahrang, ministre de l’Économie afghan, à 99 % des marchandises en circulation[21]. Seul le marché du luxe destiné aux riches étrangers, explose.

L’agriculture[modifier | modifier le code]

Le secteur emploie 87 % de la population active et constitue 42 % du PIB, hors opium. En 2004, on estime que le pays dispose de 8,05 millions d'hectares de terres arables du pays et que 4,55 millions d'hectares de terres sont cultivées à cette date[22].

À la suite d’une période de sécheresse prolongée, la production céréalière (principalement blé et orge) s’était effondrée, subissant en 2000 une réduction de 44 % de son volume[23]. Ce phénomène s’ajoutant à l’affaiblissement des cultures par les ravageurs et diverses maladies phytosanitaires, l’AID, Agence pour le développement international, a trouvé dans la fourniture aux paysans de semences génétiquement modifiée à haut rendement, une solution de fortune[24].

Ce qui n’est plus aujourd’hui qu’une agriculture de subsistance pourrait être appelé, notamment par la voie de la filière horticole, à générer des produits d’exportations à forte valeur ajoutée. Le projet de financement est estimé à un milliard et demi de dollars[25]. Une relance de la culture de coton est aussi envisagée.

Le secteur textile[modifier | modifier le code]

Il se résume pour l’essentiel à la fabrication de tapis, emploie un million de personnes et génère, officiellement, le produit d’exportation le plus important du pays, soit 140 millions de dollars[26]. L’élevage contribue pour une faible part aux revenus, la taille du cheptel national étant moitié moins importante que celle de 1989. Ce qu’explique en partie la sécheresse des dernières années, dont les conséquences sur les moyens de subsistance des populations nomades[27], en plus de l’impact sur les revenus des agriculteurs-éleveurs, s’avèrent dramatiques. Les récents épisodes de grippe aviaire ont en outre affecté le secteur naissant de la volaille[28].

Les services[modifier | modifier le code]

Ils représentent 13 % du PIB, tandis que le dynamisme du secteur informel échappe par définition à tout chiffrage. Le petit commerce en partie basé sur le troc et les échanges de revenus (achat pour revendre) est l’autre aspect de cette économie souterraine.

Communication[modifier | modifier le code]

Les Telecommunications Mobiles sont en plein essor depuis la progressive ouverture du marche en 2002 et puis à nouveau en 2006. Depuis 2006 il y a 4 operateur de telephonie mobile, Afghan Wireless, Roshan, MTN Group et Etisalat[29]. Certaines de ces companies disposent de mojens financiers considérables comme Roshan, qui appartient en partie au prince Karim Aga Khan IV et à la principauté de Monaco. De même Etisalat Afghanistan qui est une filiale du puissant opérateur telecom des Émirats arabes unis. Des opérateurs européens comme Organe Telecom, British Telecom ou des américains comme AT&T ne sont pas présents.

En date de septembre 2011, 16,8 millions de lignes mobiles[30].

La téléphonie fixe est gérée depuis 2006 par Afghan Telecom qui a été créée à ce moment et dont la mission est de réconstruire un réseau détruit pendent deux décennies de guerre. En 2011, il y a seulement 72 700 lignes fixes[réf. nécessaire].

Transports[modifier | modifier le code]

L'Afghanistan est un pays enclavé. Les moyens de transports intérieurs et internationaux ont été longtemps déficients.

Chemin de fer[modifier | modifier le code]

Le premier tronçon de chemin de fer mesurant environ 75 km a été inauguré seulement en mai 2010, la ligne construite par la société nationale de chemin de fer Ouzbek doit relier à terme la frontière de l'Ouzbékistan avec la ville de Mazar-e Sharif. D'autres projets sont en route dont une ligne en construction en 2010 entre Herat et la frontière iranienne et deux projets sont en cours d’études par des firmes minières chinoises[31].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k « The world factbook, consulté le 18 avril 2011 »
  2. « Classement par la Banque mondiale des pays selon leur PIB »
  3. a, b et c « Ministère français des Affaires étrangères »
  4. "Un Afghanistan stable est essentiel pour l'Asie centrale, l'Europe et les États-Unis. Propos de hauts responsables américains et européens, USinfo, 28 septembre 2007
  5. Présentation de l'économie de l'Afghanistan, ministère français des Affaires étrangères, 9/05/2007
  6. and Co et la "reconstruction", A l'encontre, n°9, 2002
  7. Site du ministère des affaires étrangères, consulté le 21/08/2008
  8. Le Système bancaire afghan, ambassade de France au Pakistan, 9/11/05
  9. (en) « U.S. Identifies Vast Mineral Riches in Afghanistan », sur http://www.nytimes.com, New York Time,‎ 13 juin 2010 (consulté le 14 mars 2010)
  10. (en) « NRL's Rampant Lion II survey builds on success of Rampant Lion I », sur http://www.eurekalert.org/, Naval Research Laboratory,‎ 3 février 2009 (consulté le 14 mars 2010)
  11. (en) [image] Minerals in Afghanistan
  12. Sénat, Rapport d'information n°339, session 2004-2005
  13. "Le Canada en Afghanistan: corriger les gestes irresponsables de Stephan Harper", Libéral, 22 avril 2007
  14. (fr) Afghanistan: près de la moitié de la récolte de pavot détruite par une maladie (ONUDC), RIA Novosti, 13 mai 2010
  15. Le Canada vise d’autres succès en Afghanistan, Agence canadienne de développement international, 9 mars 2006
  16. voir note 1
  17. " Statistiques de la Banque mondiale
  18. "La pauvreté, l'alliée des talibans en Afghanistan", Alternatives, 11 septembre 2006
  19. " L'Afghanistan : un eldorado pour les consultants et experts de tous poils" HNS-info, 24/10/07
  20. (en) [PDF]« Department of Defense Report to Congress on Purchases of Supplies Manufactured Outside the United States in FY 2011 », sur Département de la Défense,‎ 18 mai 2012 (consulté le 30 mai 2012)
  21. "Le haut niveau des importations menace l'économie et la stabilité financière du pays", Nawaa-ye Afghanistan, 25/09/06
  22. Alain Labrousse, Afghanistan Opium de guerre, opium de paix, Mille et une nuits, 2005, p. 31.
  23. "L'Afghanistan est victime d'une grave crise alimentaire", Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, 9/06/2000
  24. "La reconstruction américaine en Afghanistan passe par les OGM", Inf'ogm, 29/01/02
  25. [PDF]L’Agriculture en Afghanistan, ambassade de France au Pakistan, mai 2006
  26. "Le secteur afghan du tapis connaît un nouvel essor", USinfo, 5 octobre 2007
  27. "Premier recensement du bétail en Afghanistan", Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, 4/12/03
  28. "Sécheresse localisée et troubles civils en Afghanistan", Archives de la FAO, 3 octobre 2006
  29. (en) Whitepages.af, opérateurs Telecom en Afghanistan
  30. (en) Whitepages.af, système de téléphone en Afghanistan
  31. (en) First Afghan Railway Will Draw Taliban Fire as It Boosts Economy, War Goal, Bloomberg, 5 mai 2010

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bennet, Adam, Reconstructing Afghanistan, FMI, Washington, 2005.
  • Haider, Habib, Afghanistan reconstruction et développement, Autres temps, 2006.
  • Labrousse, Alain, Afghanistan : opium de guerre, opium de paix, Milles et une nuits, Paris, 2005.
  • Afghanistan: state building, sustaining growth, and reducing poverty, Banque mondiale, Washington, 2005.