École Bonaventure

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Bonaventure
Localisation
Localisation Chaucre Saint Georges d'Oléron
(Ile d'Oléron), France
Informations
Fondation 1993
par Ecole fondée collectivement par diverses personnes,parents, militants-es libertaires notamment...
Directeur Sans (structure autogestionnaire et décisions prises par congrès et assemblées générales)
Type École alternative ("Publique" dans le sens gratuite et ouverte à tous mais indépendante des structures d'Etat et de l'Education Nationale) Centre éducatif libertaire
Particularités École expérimentale, école libertaire
Niveau Élémentaire

Bonaventure est un établissement scolaire expérimental d'inspiration libertaire et autogestionnaire, fondé en 1993 par un groupe de parents mais aussi de militants-es libertaires et/ou de l'Education Nouvelle.

L'école a été créée au départ afin de poursuivre une première expérience de pédagogie alternative existante depuis la fin des années 1980 sur l'île d'Oléron: la crèche halte-garderie parentale, "L'île aux enfants", fonctionnant elle-même sur des principes issus de l'Education Nouvelle et de la Pédagogie Libertaire.

Pendant huit ans, Bonaventure accueillera des enfants de trois à dix ans venus de tous les horizons et leur proposera des méthodes d'enseignement basées sur l'apprentissage par le jeu ou la mise en situation concrète, un partage de savoirs à double-sens (Pas uniquement de l'enseignant vers l'élève et avec l'idée que c'est à chacun-e de construire son savoir et de forger sa personnalité en vivant ses expériences et en les confrontant à celles des autres) Tout cela avec un fonctionnement interne de démocratie directe et d'autonomie. Bonaventure se voulait un lieu d'apprentissage à la vie en communauté, à la liberté, l'égalité, l'autogestion et le forgement de sa personnalité.

En 2001, l'école se voit contrainte de fermer en raison de multiples pressions administratives, du fait notamment de certaines écoles publiques d'Etat locales rencontrant des difficultés à maintenir certaines classes ouvertes et ne voyant pas d'un bon œil l'existence et le fonctionnement d'un établissement scolaire de ce type à proximité des leur.

Fondation et Histoire de l'école[modifier | modifier le code]

Bonaventure a vue le jour en septembre 1993 sous l'impulsion de plusieurs militants-es issus de différents mouvements libertaires ou proches de l'Education Nouvelle. Parmi eux se trouvaient certains parents ayant fondé ou participé au projet de crèche halte-garderie parentale alternative: "L'île aux enfants" fonctionnant sur des principes pédagogiques anti-autoritaires. On peut notamment citer Jean-Marc Raynaud et Thyde Rosell dont la jeune fille fréquentait la crèche et qui deviendront respectivement animateur et institutrice au sein de l'école.

A propos de la création de Bonaventure, Jean-Marc Raynaud voyait ainsi les choses: "À l'origine, Bonaventure n'était pour nous qu'un rêve, un vieux rêve d'enseignants malades de l'inégalité des chances qui sévit au royaume de l'école de l'Etat (dans sa triple version, laïque, confessionnelle et patronale). Un vieux rêve d'éducateurs ne parvenant pas à se faire au "massacre" à petits coups d'épingles ou à grands coups de massue, dans les cadres familial, scolaire et social de l'enfance. Un vieux rêve de militants révolutionnaires enragés de révoltes et déterminés à changer le monde et par voie de conséquence, l'école et l'éducation. Un vieux rêve niché au plus profond de nos têtes et de nos cœurs donc, mais dont nous remettions sans cesse la réalisation à plus tard "because" l'essentiel politique, le nécessaire organisationnel, l'accessoire stratégique, le superflu réaliste..et les semelles de plomb d'une démarche bétonnée à la hiérarchie du changement. Créer une école libertaire, un centre d'éducation libertaire... (JM Raynaud- "Bonaventure, une école libertaire ouvrage collectif édité en 1995 aux Editions du Monde Libertaire)

L'idée du projet germe donc au cours de l'année 1992 et trouve en partie ses origines dans le sentiment d'impuissance et de mal-être ressenti par certains parents dont les enfants étaient passés par "L'île aux enfants" et avaient reçu une éducation libre. Ceux-ci, en effet avaient le sentiment que leurs bambins scolarisés par la suite dans des écoles traditionnelles avaient du mal à s'y épanouir vraiment et que les effets de l'éducation autoritaire et disciplinaire se ressentait dans leur attitude, freinait leur développement naturel et personnel.

« Leur comportement et leur manière d'être évoluaient sur un mode qui nous faisait chagrin, nous tiltions à l'évidence sur des petits riens, des questions du genre: Est-ce que j'ai le droit de... qui revenaient sans cesse. Des affirmations péremptoires comme: Les filles ça doit faire pipi assis! Des attitudes d'obéissance suspectes, des regards fuyants, des coups par en dessous, par derrière(...) Reste que les étincelles de vie qui auparavant pétaradaient dans les yeux des enfants laissaient de plus en plus souvent la place à un halo à mi chemin entre la tristesse et la résignation. » (Bonaventure, une école libertaire 1995)

Dans ce même ouvrage collectif écrit par les différents(es acteurs-ices du projet, ceux-ci expliquent qu’il ne fut pas facile de franchir le cap pour passer du simple rêve à l’action concrète. A l’origine, ils firent connaître le projet autour d’eux essentiellement par voie de brochures et de petits articles publiés dans la presse locale et/ou libertaire et par l’organisation de discussions et de petites conférences sur le sujet.

Certains d’entre eux pensaient alors que les choses seraient, sans nul doute, plus compliquées qu’ils ne l’avaient imaginé et que tout ne se ferait sans doute pas aussi vite qu’ils ne le rêvaient. Toutefois il apparût que l’idée avait rencontrée beaucoup d’intérêt chez certaines personnes, libertaires ou non et que certains-es étaient prêts-es à accorder leur confiance dans les méthodes éducatives et le projet pédagogique définies par la petite bande pour la future école Bonaventure et donc à venir avec leurs enfants pour rencontrer l’équipe, discuter et décider ensuite si eux et surtout si les enfants étaient d’accord pour tenter l’aventure.

Certains-es animateurs-ices étaient également d’accord pour se joindre au projet et venir proposer des activités diverses une ou plusieurs fois par semaine. Le problème à cette époque demeurait l’absence d’instit’ pour la première rentrée à venir. Plusieurs instituteurs-ices intéressés-es par le projet étaient venus rencontrer l’équipe mais avaient fini par refuser le poste, Jean-Marc Raynaud souligne que tous-tes étaient véritablement intéressés-es mais que les motifs que leur refus étaient généralement d’ordre financier, car compte tenu des moyens limités dont disposaient l’équipe pour lancer le projet, ils ne pouvaient leur proposer que 5000 francs par mois, ce qui n’était pas à la hauteur des attentes ou possibilités du moment des candidats-es.

A seulement quelques mois de l’ouverture prévue de l’école, un coup dur frappa l’équipe et le projet faillit bien tomber tout bonnement à l’eau. Une partie des membres décida, en effet, de ne pas porsuivre l’aventure, en raison notamment de tensions apparues au sein du groupe, de trop grandes divergences d’opinion quant à l’idée qu’ils se faisaient d’une éducation libertaire ou pédagogie alternative mais aussi, pour certains-es, d’un sentiment de ne pas pouvoir assumer concrètement le passage du simple rêve à la réalité du projet et à tout ce qu’il impliquait.

Jean-Marc Raynaud déclara à ce propos que « Tant qu’il ne s’était agi que de rêver et de discuter, les choses paraissaient simples, mais la concrétisation de l’idée et le passage au réel était une toute autre histoire et avait probablement effrayé certaines des personnes qui avaient finalement décidé de se retirer du projet. » Finalement les membres de l’équipe d’origine n’étaient plus que quatre et se demandèrent pendant tout un moment si il valait le coup de continuer ou si ils allaient finalement laisser tomber eux-aussi. Cependant, depuis que cette idée d’école libertaire avait été lancée elle avait fait du chemin et de nombreuses autres personnes, essentiellement dans les milieux libertaires mais aussi des parents dont les enfants étaient passés par la crèche de « l’île aux enfants », des gens de la Région mais parfois aussi de beaucoup plus loin souhaitaient véritablement que ce rêve puisse voir le jour et témoignèrent de leur soutien aux « rescapés » de l’équipe, par des dons d’argent, de livres ou de matériel mais aussi et surtout en venant à leur rencontre pour échanger ou même parfois proposer d’intervenir de temps en temps sur l’école pour des animations par exemple.

Tout cela remonta singulièrement le moral de l’équipe qui décida de s’accrocher et de continuer l’aventure et multiplia dans les derniers mois avant la rentrée les rencontres et discussions autour du projet et organisa également des soirées de soutien ainsi que des petites ventes de produits artisanaux, affiches, etc afin de récupérer un peu d’argent supplémentaire pour Bonaventure. L’argent demeurait néanmoins un sérieux souci à ce stade de l’aventure. L’équipe, en effet, s’était fixée 11 000 francs comme montant mensuel de base pour le budget de fonctionnement de l’école mais arrivait péniblement à 5000 francs avec les dons et souscriptions faites par les personnes qui soutenaient le projet et les diverses manifestations organisées. Malgré les difficultés financières, les membres de l’équipe décidèrent de continuer et de parier sur leur capacité à faire rapidement évoluer la situation. Pari réussi, puisque finalement l’association « Bout d’ficelle » qui gérait à Oléron une petite structure d’accueil pour les jeunes en difficulté sociale et/ou psychique donna à son tour son soutien à Bonaventure et s’engagea même à les aider sur les questions d’argent et à « boucher les trous » le temps que l’école parvienne à l’autosuffisance financière.

Quand au poste d’instit’, toujours vacant, Thyde Rosell, qui était institutrice de formation et de métier accepta de l’occuper, du moins pour commencer, bien qu’à l’origine elle ne souhaitait vraiment pas avoir cette fonction à Bonaventure car cela l’aurait amenée à avoir sa fille dans sa classe et elle trouvait que ça ne serait pas forcément une bonne chose.

Les problèmes principaux, qui auraient pu tuer le rêve dans l’œuf, étaient à présent réglés et comme le disaient entre eux les membres de l’équipe : « Restait à présent à passer le test implacable de la réalité ».

Ouverture de l’école et première rentrée.[modifier | modifier le code]

Le 7 septembre 1993, le rêve de Bonaventure devenait réalité et sept enfants faisaient leur entrée à l’école.

« Le 7 septembre 1993, par une belle matinée d’automne, nappée de cette lumière si particulière à Oléron, nous avions tous le cœur serré. Les enfants (Simon, trois ans, Maëlyss, quatre, Bénédicte, cinq, Louis, cinq, Bertille, six, Roman, six, Antoine, neuf) piaffaient dans la petite cour située devant l’école ave leurs cartables flambants neufs. Thyde, Françoise et Alayn étaient en grande conversation pour régler les derniers détails de l’organisation de la journée. Et quelques parents arpentaient le pavé en essayant de dissimuler du mieux qu’ils pouvaient leur émotion. Enfin nous y étions à ce premier instant tant attendu ! » Bonaventure, une école libertaire- 1995

Les différents membres de l’équipe éducative confient à l’époque que les premiers mois d’existence de l’école se sont déroulés sous le signe de l’euphorie et de la fébrilité mais également sous celui de l’expérimentation permanente et du tâtonnement, tant au niveau des méthodes d’enseignement qu’à celui de l’organisation des cours et des activités extra-scolaires, ainsi qu’à celui du type de relation instaurée entre les adultes et les enfants, du fonctionnement des Assemblées Générales réunissant tous les « Bonaventuriers » enfants comme adultes et des autres lieux de discussion et de décision, comme le Conseil d’enfants et le Conseil d’adultes, ou les problèmes étaient débattus et les règles de fonctionnement de l’école décidées sous forme de démocratie directe et collectivement sans distinction d’âge ou de fonction (élève, instit’, animateurs-ices) à Bonaventure.

Pour eux, chaque jour qui passait leur apportait un enrichissement humain et affinait un peu plus le projet. Beaucoup de soutien leur fut témoigné en cette première année, de la part de militants libertaires et de sympathisants du projet de tous horizons, dont certains vinrent même jusqu’à Oléron pour se rendre compte concrètement de la réalité du fonctionnement de Bonaventure.

Grâce à plusieurs de ces personnes, sympathisantes de leur projet, les « Bonaventuriers », enfants et adultes purent organiser plusieurs voyages (Une classe de nature au mois de novembre dans les Deux-Sèvres chez des amis des membres de l’équipe éducative qui tenaient un lieu de vie et élevage de chevaux et une classe de jardinage dans le Tarn au mois d’avril).

Un petit film vidéo sur l’école fut également réalisé par Franck Thiriot et Patrice Klein en janvier 1994 et au mois de mars, les Bonaventuriers sortirent le premier numéro du journal de l’école « Grain de CEL » réalisé pour être une sorte de « feuille de liaison » de Bonaventure à l’extérieur.

Alors que la fin de l’année scolaire approchait, les membres de l’équipe pensaient déjà à la rentrée suivante et se retrouvèrent confrontés à de nouveaux problèmes. D’une part, quatre nouveaux enfants devaient rejoindre l’école en septembre et les locaux dont Bonaventure disposait alors s’avéraient trop petits pour accueillir quatre élèves de plus. Certains d’entre eux avaient eu l’idée de trouver un terrain et d’y construire un chalet en bois démontable avant d’abandonner cette piste après avoir appris que ce type de construction n’était pas autorisé à Oléron. Une autre hypothèse fut de rechercher une maison vide et en mauvais état à rénover pour en faire les futurs locaux de l’école, là encore cette idée due être abandonnée car tout ce que les uns ou les autres avaient repéré s’avérait être bien trop cher pour qu’ils puissent l’acheter.

Finalement ils purent obtenir qu’un terrain soit mis à leur disposition sur la petite commune oléronaise de Chaucre et ils décidèrent de construire eux-mêmes les nouveaux bâtiments durant l’été. Ce fût cependant à cette époque que l’équipe connut aussi sa première « grande » crise.

Des tensions étaient en effet apparues entre plusieurs membres du groupe car certains problèmes évoqués au cours de l’année avaient été niés ou minimisés. Certains furent également remis en cause dans leurs fonctions respectives au sein de Bonaventure, car jugés trop carrés et pas assez à l’écoute des désirs profonds et des interrogations des enfants. Tous-tes surent cependant réagir positivement et relever le défi de la préparation de la deuxième année de vie de l’école.

Tous lancèrent un appel pour la construction des nouveaux locaux durant l’été et furent agréablement surpris de voir que de très nombreuses personnes y répondirent et se déplacèrent parfois de l’autre bout de la France, voire d’autres pays européens comme la Belgique ou le Portugal ou l’idée de Bonaventure avait eu du succès, notamment dans les milieux libertaires. Financièrement, la situation demeurait également plutôt difficile et l’équipe peinait à réunir les fonds nécessaires à la mise en place du chantier (à peu près 120 000 francs de l’époque). Une fois de plus l’association « Bout d’ficelle » accepta d’avancer l’argent qui manquait.

Le challenge put donc être relevé et la nouvelle école bâtie à temps pour la rentrée suivante. Il était prévu qu’une nouvelle institutrice n’enseigne à Bonaventure à partir de cette date ce qui finalement ne put pas se faire. Thyde Rosell, en dépit de désaccords apparus avec d’autres membres de l’équipe quant à la vision de l’enseignement et le rapport avec les enfants et aux tensions qui s’en étaient suivies accepta de poursuivre dans sa fonction cette année encore, à la demande des autres.

Selon différents membres de l’équipe, ce début de deuxième année fut bien plus chaotique et difficile qu’en apparence. A première vue, en effet, les Bonaventuriers disposaient de bien plus d’atouts que l’année précédente : Enfants et adultes avaient déjà une année d’expérience derrière eux et avaient appris à vive ensemble dans l’autogestion et la prise de décisions collective, ils disposaient à présent de nouveaux locaux flambants neufs, parfaitement adaptés à l’accueil de quatre enfants de plus et propices à l’organisation de davantage d’activités différentes. Les projets pédagogique, associatif et éducatif libertaires avaient également mûris et s’étaient étoffés au cours de l’année précédente. Cependant, d’après les dires de plusieurs Bonaventuriers (Dans « Bonaventure, une école libertaire » notamment), tout cela cachait également des tensions, qui avaient elles aussi grandi au fil du temps et qui étaient liées à des conflits non résolus ou pas entièrement résolus.

Tous les membres de l’équipe éducative traînaient derrière eux une grande fatigue et des divergences de point de vue de plus en plus marquées sur les questions pédagogiques de Bonaventure et sur différentes visions de ce que devait être l’éducation libertaire. « Ici on disait désormais qu’il n’était pas grave que les enfants évoluent dans un semi-analphabétisme dès lors que leur parole était entendue et que tel était leur désir, là on estimait que l’écoute de la parole enfantine et la recherche du bonheur de l’enfant devait se conjuguer au même temps que celui des apprentissages scolaires de base » (Bonaventure, une école libertaire 1995)

Des désaccords étaient aussi apparus sur d’autres questions telles que la place de l’aspect scolaire et celle de l’animation à Bonaventure, certains estimant que l’enseignement en classe était primordial et devait être une priorité placée avant l’Animation et les activités extra-scolaires tandis que d’autres pensaient au contraire que l’Animation devait occuper une place prépondérante à Bonaventure et devait être le véritable pilier du projet éducatif et pédagogique de l’école, passant même au premier plan par rapport à l’aspect purement scolaire. En outre, il apparu vers le mois de novembre 1994 que des « irrégularités » existaient dans la trésorerie de l’école provoquant de nouveaux conflits sérieux et des discussions houleuses, notamment à l’occasion du deuxième congrès de l’école, réuni les 11 et 12 novembre. Tous ces désaccords, ces tensions et ces conflits provoquèrent en janvier 1995 la première véritable scission dans l’équipe, depuis la création de l’école.

Deux familles décidèrent de se retirer du projet et avec elles trois enfants qui quittèrent Bonaventure. Le père de l’une des deux famille intervenant également régulièrement sur des animations à l’école, l’équipe dut rapidement se consacrer à la recherche d’un nouvel animateur. Plusieurs d’entre eux confient alors que les mois suivants s’avérèrent particulièrement éprouvants à tous les niveaux : La difficulté de surmonter le choc et l’épreuve de la rupture avec plusieurs personnes qui avaient participé au projet, celle de rechercher et de trouver de nouveaux intervenants et de conserver l’énergie et la motivation de s’investir dans le fonctionnement de Bonaventure.

Toutefois, malgré toutes ces difficultés et ces différentes « crises » traversées, les Bonaventuriers ne renoncèrent pas et remarquèrent d’ailleurs que paradoxalement, passée la scission de janvier et l’abcès une fois percé, les rapports entre les différents-es acteurs-ices du projets s’améliorèrent considérablement et que les tensions se faisaient plus rares et les conflits abordés plus frontalement et directement, sans non-dits ou demi-mots, prenant ainsi des proportions bien moins importantes qu’auparavant et devenant du même coup bien moins difficiles à régler. Que ce soit au niveau des enfants ou des adultes, de l’équipe pédagogique, des parents ou d’autres membres de l’association, les différentes personnes se parlaient désormais davantage et chacun-e semblait avoir appris des conflits passés et désireux-ses de davantage prévenir et anticiper tout ce qui pouvait s’avérer être source de conflits, de désaccords et de tensions. Bonaventure avait survécu à la « crise » qui l’avait mise en péril et tout le monde semblait en être sorti regonflé et avec davantage de maturité.

Cette année encore, plusieurs voyages extérieurs furent organisés collectivement : Notamment dix jours de classe de neige en Ariège, avec l’aide de sympathisants locaux, avec comme objectifs de ressouder le groupe des Bonaventuriers après la période de grandes tensions et d’intégrer les nouveaux arrivants (enfants comme adultes) autour d’une découverte de la Montagne.

Parallèlement au cours de la seconde moitié de l’année scolaire, tous purent constater que le fonctionnement libertaire de l’école basé sur la démocratie directe et les prises de décisions collectives sur un pied d’égalité commençait lui aussi à s’étoffer et à prendre de la maturité. Beaucoup de Bonaventuriers et en particulier les enfants commençaient réellement à prendre très au sérieux les discussions et prises de décisions dans les AG et à considérer le fonctionnement autogestionnaire de l’école comme faisant désormais partie intégrante de leur vie à Bonaventure et comme quelque chose d’essentiel à celle-ci. Les différents lieux d’échange et de décisions prenaient de l’ampleur au sein de l’école, particulièrement le conseil d’enfants qui semblait à présent occuper une place déterminante dans l’organisation de la vie collective.

Sur le plan scolaire, il apparut également que les méthodes d’enseignement alternatives mises en place par l’équipe éducative commençaient à porter leurs fruits. Au mois d’avril un nouvel animateur fut finalement trouvé pour remplacer celui qui était parti en janvier et un nouvel instituteur intéressé par le fonctionnement de Bonaventure accepta également de prendre le relais pour la troisième rentrée de septembre 1995 et pour au moins deux années.

Un réseau de soutien et de sympathisants plus important commençait également à prendre forme autour du projet, dans la France entière mais également à l’étranger (dans les milieux libertaires essentiellement), ce qui permit aux Bonaventuriers d’organiser plusieurs discussions, conférences et manifestations de soutien dans de nombreux endroits différents. (à Paris, en Italie et en Belgique notamment). Selon plusieurs d’entre eux, Bonaventure avait à présent franchi un nouveau cap en réglant de nombreux problèmes internes et les acteur-ices du projet étaient maintenant prêts à l’ouvrir davantage en se confrontant un peu plus à l’extérieur et en créant petit à petit des liens de solidarité et de soutien avec d’autres associations ou organisations sympathisantes et un véritable réseau autour de leur projet d’éducation alternative.

A la fin de l’année 2001, Bonaventure a été contrainte de fermer sous la pression de différentes administrations et collectivités territoriales qui ne voyaient pas d’un bon œil qu’un groupe de militants-es libertaires fasse fonctionner une école laïque, gratuite et ouverte à tous dans un village ou l’école publique venait récemment d’être fermée par le pouvoir en place.

Le coup s’il fut très dur ne fit cependant pas renoncer pour autant les différents acteurs-ices qui avaient fait vivre l’école pendant huit ans. Beaucoup d’entre eux continuèrent en effet le combat pour donner une éducation libre et basée sur la construction de la personnalité, l’accomplissement individuel et l’autonomie des enfants, l’entraide, la solidarité et l’autogestion. Ils parvinrent aussi à conserver les locaux ayant servi pour Bonaventure et continuèrent à les utiliser pour d’autres projets et expériences d’éducation alternative (L’un des bâtiments devint notamment une bibliothèque autogérée et un autre, un lieu associatif d’Animation libertaire, proposant diverses activités socioculturelles à des groupes d’enfants, basées sur des méthodes de pédagogie alternative et d’apprentissage à l’autonomie, la liberté et l’égalité, par des moyens ludiques, sportifs et artistiques.

Jean-Marc Raynaud confiait également lors d’une interview que le petit groupe n’avait jamais totalement renoncé à faire revivre un jour Bonaventure et que même si à l’heure actuelle cela n’avait toujours pas pu être réalisé, bon nombre d’entre eux étaient prêts à continuer la lutte et espéraient fortement pouvoir un jour faire renaître l’école libertaire.

Les principes fondamentaux de Bonaventure[modifier | modifier le code]

Selon les différents participants au projet, les principes de base de l’école pouvaient être résumés à quelques mots-clés.

La citoyenneté : Entendue ici comme étant la capacité des différentes personnes (enfants, adultes, parents, sympathisants extérieurs) à vivre et à interagir ensemble ainsi qu’avec l’extérieur et vue par les Bonaventuriers comme le principe unificateur de la vie sociale et libertaire.

L’autogestion : Consistant à exercer soi-même et avec les autres le fonctionnement de l’école. Pour les Bonaventuriers, l’autogestion est le mode de fonctionnement le plus démocratique et de ce fait passe forcément aussi par des conflits, des contrats et des négociations entre les différents acteurs-ices d’un projet. Il s’agit donc d’un apprentissage permanent à la discussion et la prise de décisions collective.

L’autonomie : L’un des piliers fondamentaux de Bonaventure était le respect de l’autonomie des enfants et l’apprentissage de celle-ci à travers l’enseignement et la vie commune. Là encore l’autonomie était perçue comme un apprentissage continu à la construction de sa personnalité et à la vie avec les autres, car elle signifiait aussi des remises en question permanentes au niveau personnel (Sur sa définition de l’autonomie et son propre apprentissage de celle-ci) et des conflits avec les autres personnes (L’autonomie des uns se heurtant immanquablement à celle des autres). Cela était bien sûr valable tant pour les enfants que pour les adultes.

L’égalité : Principe selon lequel personne n’est supérieur ou inférieur à personne et n’a le droit d’opprimer ou de décider de la vie de qui que ce soit à sa place. A Bonaventure, l’égalité était indissociable du fait d’être à l’écoute de la parole et des désirs exprimés par les autres et de respecter les spécificités de chacun-e (du moment que celles-ci ne généraient aucune oppression quelle qu’elle puisse être). Il s’agissait cette fois encore d’un apprentissage permanent au respect des autres et à l’ouverture aux autres.

La liberté : Partant du principe tout simple que la liberté est le droit de chacun-e à vivre comme il l’entend et à faire ce que bon lui semble à condition de ne pas interférer avec la liberté d’autres personnes, il s’agit également d’un pilier central de Bonaventure. Tout comme avec l’autonomie, la liberté est vue comme pouvant également être source de remises en questions (La difficulté d’être et de rester libre) et de conflits (Ici encore : Liberté d’une personne pouvant heurter la liberté d’une autre) et son exercice constitue un apprentissage à part entière à la vie collective et à l’accomplissement individuel en tant que personne libre.

L’entraide : Vue comme la conscience de chacun-e de faire partie d’un groupe de personnes et comme la décision prise librement par ces personnes de vivre ensemble et de faire vivre un projet collectivement, cette notion implique que chacun-e se considère comme faisant partie d’une communauté et se sent concerné par ce qui s’y passe et par le désir de la faire exister avec les autres. Il est à noter que la vision libertaire de l’entraide, qui était celle de nombreuses personnes à Bonaventure, implique également que chacun-e se considère comme étant « citoyen » du monde et se sent ainsi concerné par ce qui s’y passe et par la solidarité dans les luttes contre l’oppression de toute sorte. Pour les libertaires, la convergence des luttes et la solidarité internationale, en réseaux de soutien par exemple, entre les différentes expériences autogestionnaires et alternatives est une chose d’une très grande importance. L’entraide est donc, pour Bonaventure à rapprocher directement des autres concepts de liberté, d’égalité, d’autogestion et d’autonomie ainsi que de solidarité et doit être appliquée au quotidien tant pour l’intérêt de chaque personne que pour l’intérêt commun.

Plus généralement on peut dire que Bonaventure reposait avant tout sur le droit des enfants à pouvoir choisir leur vie. Le devoir principal des adultes, qu’il s’agisse de l’équipe éducative : Instit’ animateurs….des parents ou d’intervenants extérieurs étant de leur donner les moyens éducatifs et de leur offrir les conditions scolaires et sociales pour qu’ils puissent s’épanouir dans la liberté, l’autonomie et le libre choix de leur existence. L’idée principale étant que la liberté et l’autonomie, comme le savoir scolaire ne tombent pas du ciel mais s’apprennent au quotidien par la pratique de la vie commune et l’organisation collective de cette vie commune.

L’un des autres principes importants de l’école est que l’enfant n’est pas un adulte en miniature et que par conséquent les adultes doivent toujours tenir compte du fait que le raisonnement d’un enfant ne sera pas le même que le leur et que sa personnalité étant en construction il serait très néfaste pour lui que les adultes tentent de le façonner selon leurs idées ou valeurs. Le rôle de l’adulte est donc de créer les conditions propices aux enfants pour la construction de leur propre personnalité et de leurs propres idées sans jamais essayer de leur imposer leurs propres vues ou leurs propres convictions.

Le fonctionnement général de l’école.[modifier | modifier le code]

Bonaventure était perçue par ses membres et sympathisants comme une petite « République éducative » composée de « citoyens-nnes » libres et égaux en droits.

Au niveau de la scolarité à proprement parler, l’école fonctionnait sur le principe d’une classe unique mélangeant les âges et les niveaux d’apprentissage. L’ensemble de la scolarité à Bonaventure était divisée en plusieurs cycles d’apprentissages de deux ou trois ans chacun. Pour chacun de ces cycles il y avait un projet construit collectivement par les enseignants et les enfants concernant le contenu des cours et les objectifs d’apprentissage. Tout était décidé sur un pied d’égalité entre adultes et enfants et chaque projet faisait l’objet d’un contrat entre les différents acteurs-ices, enfants comme adultes.

A la fin de chaque contrat, chacun-e s’autoévaluait par rapport aux objectifs fixés et aux attentes personnelles et il y avait ensuite une évaluation collective faite par le groupe tout entier.

Les matières dites « traditionnelles » étaient enseignées le matin et toujours en tenant compte des désirs exprimés par chaque enfant et des projets et contrats établis collectivement. Des temps étaient également parfois consacrés aux courses, à la préparation des repas et à l’entretien des locaux.

L’après-midi était réservé à la détente ainsi qu’aux activités extra-scolaires (artistiques, sportives, culturelles).

Enfants et adultes participaient de la même manière et avec une égale répartition des tâches à la vie de l’école et cet aspect contribuait aussi au processus d’éducation à l’autonomie, l’entraide et l’égalité qui était le principe fondamental de Bonaventure.

Tous les ans, à chaque rentrée, les enfants, les enseignants et les parents définissaient ensemble un certain nombre d’objectifs formant un projet pédagogique.

En ce qui concerne les méthodes éducatives, l’équipe de Bonaventure ne se revendiquait d’aucune pédagogie ou technique particulière et prédéfinie, préférant s’inspirer tour à tour de plusieurs expériences antérieures et de nombreux principes éducatifs libertaires et/ou anti-autoritaire existants ou ayant déjà été expérimentés par le passé.

Sur le plan de l’organisation de la vie en communauté et des décisions il existait plusieurs types d’ « assemblées » pour en assurer le fonctionnement.

Chaque année un « congrès », composé de l’ensemble des Bonaventuriers qui désiraient y participer (enfants, enseignants, parents mais aussi sympathisants, souscripteurs, membres de l’association du projet…) se réunissait pour définir ensemble les objectifs principaux et le fonctionnement général de l’école. Au cours de l’année, ces décisions prises collectivement servaient de base à la vie quotidienne de Bonaventure, chacun-e s’autogérant par la suite dans le cadre du respect de ces décisions communes.

L’Assemblée Générale, se réunissait quant à elle, tous les trimestres et était composée de tout-e acteur-ice direct-e de Bonaventure qui le souhaitait. Là étaient discutés et débattus tous les aspects de la vie en communauté, les problèmes rencontrés au quotidien, les conflits, les souhaits de chacun-e concernant Bonaventure ou l’organisation de projets, manifestations ou autres, plus largement tous les sujets pouvaient être discutés et débattus au cours des AG.

Les enfants et les adultes étaient également organisés entre eux en conseils qui avaient pour objectif de renforcer les liens et la discussion entre eux et de régler un certain nombre de conflits internes pouvant voir le jour (Entre adultes, entre enfants ou entre enfants et adultes).

En général le Conseil d’Enfants se réunissait au moins une fois par semaine et le Conseil d’Adultes au moins une fois par mois.

Comme dans de nombreux projets de vie collective autogestionnaires et/ou libertaires, diverses commissions existaient également, composées aussi bien d’enfants que d’adultes, et travaillaient sur des points ou des projets bien précis. (Commission pédagogique, commission financière par exemple). Ces commissions se réunissaient lorsqu’une ou plusieurs personnes en faisaient la demande et estimaient qu’il y avait des discussions à avoir ou des décisions à prendre concernant tel ou tel aspect de la vie à Bonaventure. Il était également du ressort de ces commissions de discuter et de décider de l’intégration d’une nouvelle personne dans l’association.


Enfin, une commission dite « d’évaluation externe » ou encore « commission regard extérieur », composée de sociologues, psychologues, animateurs-ices, enseignants-es, éducateurs-ices, syndicalistes sympathisants du projet était nommée par le congrès. La règle essentielle dans cette nomination était que les membres de cette commission devaient être d’une façon ou d’une autre en accord et en sympathie avec le projet de Bonaventure mais ne devaient en aucune façon être des acteurs-ices, directs ou indirects de celui-ci. La commission d’évaluation externe avait pour rôle d’analyser et d’évaluer avec un regard extérieur, en toute liberté et que ce soit en positif ou en négatif le fonctionnement concret de Bonaventure. La commission rendait chaque année un rapport public et ouvert à chacun-e au congrès qui ensuite avait toute liberté d’en tirer les conclusions que chacun-e voulait.

L’accueil des nouveaux membres[modifier | modifier le code]

L’accueil des nouveux-elles élèves comme des adultes souhaitant rejoindre Bonaventure s’effectue selon un système de « parrainage » (ou marrainage). Un enfant accueillera un autre enfant et deviendra son « parrain » ou sa « marraine », c’est-à-dire quelqu’un qui pourra répondre à ses interrogations et l’aidera à s’intégrer, à trouver sa place au sein de la petite communauté et l’épaulera si besoin dans sa construction personnelle et son épanouissement en tant que personne à Bonaventure comme en dehors. Il en va de même pour les nouveaux adultes qui seront « parrainés » ou « marrainés » par un autre adulte déjà présent dans l’association.

Une nouvelle personne, enfant ou adulte peut décider à tout moment de ne pas poursuivre l’aventure s’il s’aperçoit qu’elle ne lui convient pas. De même, la communauté, par la réunion de l’AG ou du Congrès peut décider du départ de quelqu’un qui ne respecterait pas les règles de vie décidées collectivement ou qui, d’une façon ou d’une autre, empièterait sur la liberté et l’épanouissement personnel d’une ou plusieurs autres personnes à Bonaventure.

Tensions et conflits[modifier | modifier le code]

Le principe défendu par les Bonaventuriers est que les tensions et conflits sont inévitables dans une communauté mais que cela ne signifie pas pour autant qu’on ne puisse pas les régler par le dialogue et les efforts de chacun-e pour accepter les autres avec leurs qualités comme leurs défauts et pour se rappeler sans cesse que la vie commune pose forcément un certain nombre de contraintes, mais que ça n’est pas un problème insoluble dans la mesure ou les décisions sont prises par tous-tes sur un pied d’égalité réelle, ou rien n’est imposé de force par une quelconque hiérarchie ou « autorité supérieure » et que l’avis, le ressenti et la parole de chacun-e est prise en compte.

En général, les conflits apparaissant Bonaventure sont discutés dans le cadre des Conseils d’enfants et d’adultes, afin tout d’abord de les identifier clairement puis de leur trouver des solutions adaptées. Si les Conseils ne parviennent pas à les régler ou si ils perdurent malgré les discussions, ces conflits et tensions seront abordés au cours de la réunion de l’Assemblée Générale qui cherchera à trouver un terrain d’entente et à dégager un consensus.

Si aucun consensus ne peut être dégagé, une commission de discussion sera nommée par le Congrès et devra émettre un avis sur la chose, après quoi, si cet avis n’est pas suivi de fait ou jugé inadapté au problème, le Congrès (C’est-à-dire l’ensemble des membres directs ou indirects de Bonaventure qui le souhaitent) se réunira et prendra une décision.

Au niveau de la gestion des tensions et conflits, les membres de Bonaventure préfèreront toujours avoir une éthique basée sur la discussion, l’entraide et éventuellement, si besoin est, la demande de réparations plutôt que sur les sermons et leçons de morale, les jugements personnels, la punition ou la privation de quelque chose.

Relations avec l’extérieur[modifier | modifier le code]

Les Bonaventuriers ont toujours eu particulièrement à cœur, le souci de ne pas s’enfermer dans une sorte de bulle corporatiste et particulariste. Pour de nombreux membres de l’équipe éducative, agir ainsi ne mènerait qu’au narcissisme, à l’égocentrisme et en tout cas à une situation ou l’éducation libertaire défendue par l’école serait condamnée à rester confinée dans un «ghetto » et Bonaventure ne serait plus alors qu’un ilôt isolé et les valeurs qui l’auraient fait naître ne signifieraient alors plus rien et s’évanouiraient au profit d’un sectarisme et d’un « élitisme intellectualiste » malsain.

Toutefois les Bonaventuriers en général étaient également très attachés à ne pas tomber dans le piège inverse qui serait de prétendre que l’ouverture sur l’extérieur signifierait accepter n’importe quoi sous prétexte de ne pas s’isoler et ainsi renier progressivement là aussi, les valeurs fondamentales de l’école pour tomber dans le réformisme ou la démagogie éducative et se faire récupérer par un système en opposition duquel un tel projet avait été créé à la base.

Les Bonaventuriers, s’ils acceptaient donc volontiers de tisser des liens forts et un réseau de solidarité et d’amitié avec d’autres projets éducatifs ou associatifs, accordaient toujours cependant une très haute importance à ce que ces autres projets soient, du moins dans les grandes lignes, en accord éthique et affinitaire avec le leur et à ce que leurs valeurs et leur mode de fonctionnement soient, sinon similaires, proches des leurs dans la vie collective, les prises de décisions et les objectifs fixés.

Il apparaît également que les enfants scolarisés à Bonaventure n’avaient aucune difficulté à tisser et entretenir des liens avec des enfants venant d’écoles d’Etat ou autres écoles privées et qu’ils participaient parfois à des projets montés avec d’autres classes. Cela dit, l’éducation dans la liberté et l’autonomie développait chez eux un bon esprit critique et une personnalité affirmée, ainsi il était plutôt rare que les jeunes Bonaventuriers acceptent de travailler sur un projet avec une classe ou un établissement dont ils sentaient que les valeurs fondamentales et les méthodes éducatives étaient trop éloignées des leur ou ne respectaient pas la liberté des enfants, leur personnalité ou leur parole.

Au niveau des intervenants extérieurs, des animateurs-ices différents de celles/ceux que les enfants côtoyaient au quotidien à Bonaventure venaient ponctuellement proposer des activités. Tout comme les animateurs-ices permanents-es, il n’y avait strictement aucune obligation que ceux-ci soient membres d’une quelconque organisation politique ou militante, ni même qu’ils ne se réclament d’un mouvement libertaire. Ils devaient simplement être en accord personnel, sur les principes de base du moins, avec les valeurs pédagogiques et éthiques du projet.

Il est aussi à noter que, sur le principe en tout cas, les Bonaventuriers étaient rapidement tombés d’accord entre eux pour décider qu’un membre de l’équipe éducative devait éviter de rester au même poste plus de deux années consécutives. Cela étant valable pour les instits’ autant que pour les animateurs-ices ou pour toute autre fonction.

Pour les différents membres de l’école, il était bon en effet, pour éviter l’enlisement dans une routine et le sentiment inconscient d’être indispensable ou meilleur qu’un-e autre dans une fonction précise, d’en changer régulièrement dans l’école voire parfois de « lâcher du lest » et de vivre d’autres expériences en dehors de l’école. Cela ne signifiait nullement qu’une personne ayant occupée une fonction ne pouvait plus jamais y revenir ou que quelqu’un ayant quitté Bonaventure pour faire autre chose n’avait plus le droit de revenir un jour y exercer, simplement il semblait important pour les Bonaventuriers que l’exercice d’une fonction ou l’investissement personnel à l’école soient entrecoupées de périodes de « blanc », de vécu et d’expériences différentes afin de ne pas s’enfermer dans un rôle précis, de prendre du recul par rapport à son investissement ou à l’exercice d’une fonction et d’entretenir sa motivation et stimulation personnelle en continuant à vivre des choses différentes pour pouvoir ensuite le faire partager avec joie et passion.

Dans la pratique il n’était pas toujours possible pour les Bonaventuriers de fonctionner ainsi et même si les différents membres de l’équipe essayaient au maximum de s’y tenir, la réalité financière et/ou humaine de l’école et de l’extérieur faisaient que certains acceptaient parfois de continuer d’assurer telle ou telle fonction même au-delà de deux ans, lorsque l’équipe peinait à trouver quelqu’un pour le remplacer par exemple.

Les parents qui le désirent peuvent également intervenir au sein de Bonaventure en tant qu’intervenants extérieurs et membres indirects de l’association. Toutefois, comme le précisent plusieurs membres de l’équipe éducative dans « Bonaventure, une école libertaire » : Les parents interviennent et jouent un rôle dans l’école en tant qu’individus ayant une connaissance et/ou un savoir-faire et parce qu’ils sont désireux de le faire partager et non parce qu’ils sont parents.

Propriété collective et gratuité d’éducation et de scolarité.[modifier | modifier le code]

Sur les questions de propriété, le statut de Bonaventure pourrait se résumer à la phrase : « L’expérience éducative appartient à celles et ceux qui la vivent . » Bonaventure, une école libertaire 1995.

Les biens immobiliers et les divers meubles, objets, ustensiles ou autres, servant collectivement à l’école appartiennent à chacun-e et peuvent être utilisés par tous-tes. (Acteurs-ices directs comme indirects du projet, enfants comme adultes). Il est prévu par la charte établie par l’Assemblée Générale que toute décision relative à ces biens devra faire l’objet d’un consensus à l’occasion du Congrès.

Pour ce qui est des questions de financement et de coût de l’éducation et de la scolarité à Bonaventure, il s’agit d’un projet financé collectivement, principalement sous forme de souscriptions pouvant être faites par toute personne sympathisante de l’école et de ses objectifs, mais aussi par l’organisation d’événements de soutien : (Concerts, festivals, repas à prix libre…) ou par de petites ventes, de produits artisanaux fabriqués par exemple. L’éducation et la scolarité à Bonaventure sont donc totalement gratuites pour les familles.

Quel était le statut juridique de l’école et à qui était elle ouverte ?[modifier | modifier le code]

Les Bonaventuriers définissaient l’école comme « Publique et Laïque, évoluant hors de la sphère de l’Éducation Nationale ».

Elle n’avait donc pas officiellement le statut d’école publique (Car non rattachée à l'État) mais ses membres refusaient cependant l’appellation d’ « école privée » et avaient un réel souci de ne pas accepter la condamnation à devenir un établissement privé et payant qui les aurait amenés à devoir renier de nombreux principes qu’ils défendaient et à faire des compromis jugés inacceptables pour une école libertaire ayant pour base l’égalité et la solidarité.

Comme elle n’a ni le statut d’école publique, ni celui d’établissement privé sous contrat avec l’État et que ses membres sont opposés à en faire une école privée payante, Bonaventure n’est donc pas un établissement scolaire agréé par le ministère de l’Éducation. Cependant, la loi française ne prévoit aucune obligation concernant la scolarisation des enfants dans des écoles agréés par l’État. Elle définit seulement l’instruction comme étant obligatoire et non l’inscription dans une école. Légalement, des parents peuvent donc prendre eux-mêmes en charge l’instruction de leurs enfants et bien qu’il ne s’agisse pas ici à proprement parler d’ « instruction à la maison » ou « par la famille », c’est sur ce schéma de base que Bonaventure a pu être créée et a pu le faire sans prendre le risque d’être inquiétée juridiquement, à ce niveau, pour son existence.

L’équipe a donc présenté son projet comme étant celui de parents souhaitant s’occuper de l’instruction de leurs enfants et ils y ont par la suite joint un mode de fonctionnement associatif basé sur un projet pédagogique et éducatif afin de pouvoir se constituer en Association et entre autres pouvoir faire appel à des intervenants extérieurs ou n’étant pas les parents des enfants de Bonaventure. Elle a donc forcément du faire face à des contraintes, comme celle de devoir rédiger un courrier à l’attention des autorités afin de les informer de la création de ce type d’association. Elle n’a cependant ainsi jamais pu être considérée comme « illégale » dans sa démarche et son mode de fonctionnement associatif et éducatif.

École libertaire ou école parallèle ?[modifier | modifier le code]

Les Bonaventuriers, au moment de la création de l’école ont connu quelques débats et désaccords internes au sujet de l’appellation qu’ils souhaitaient donner à celle-ci. Si dés l’origine, il était clair pour la plupart de ses membres qu’ils souhaitaient la faire fonctionner selon des principes de pédagogie libertaires en donnant une dimension politique et militante au projet, tous n’étaient pas forcément d’accord pour lui « coller une étiquette » fut elle libertaire.

A terme, il fut finalement décidé par consensus de présenter Bonaventure en tant qu’ « école libertaire », plutôt que « différente », « alternative » ou « parallèle », non pas pour l’enfermer dans une catégorie mais pour des raisons de clarification et d’affirmation nette de la dimension politique de l’école, avant tout.

Sur cette décision, Jean-Marc Raynaud explique l’importance, pour les acteurs-ices du projet, de clairement définir le projet pédagogique de Bonaventure comme inscrit dans une logique de lutte sociale, d’éducation populaire et dans une perspective révolutionnaire, à la grande différence, selon lui, de beaucoup d’écoles dites « parallèles » ou « alternatives », n’ayant pas dans leur fonctionnement, ou du moins dans leur projet éducatif, une telle notion de lutte politique et sociale.

Convergences et divergences[modifier | modifier le code]

Pour les acteurs-ices de Bonaventure donc, il était primordial avant d’ouvrir l’école, que le projet de celle-ci soit clairement celui d’une éducation libertaire basée sur l’apprentissage de la vie commune, de l’autogestion et de l’entraide, ou tous-tes pouvaient apprendre comme apprendre aux autres et ou chacun-e « apprenait à apprendre » et à se construire en tant que personne qui se forge ses propres opinions et son propre avis sur les choses. Il était primordial également de donner une grande importance aux aspects de lutte politique et de contestation sociale comme faisant partie intégrante du projet d’enseignement de l’école.

Cela étant, beaucoup d’entre eux reconnaissent les méthodes éducatives et les projets pédagogiques de nombreuses écoles dites « parallèles » ou « alternatives », même non revendiquées comme libertaires, comme ayant fait leur preuve auprès des enfants et comme, sinon similaire, du moins très proches de celles de Bonaventure dans les faits.

Jean-Marc Raynaud cite notamment l’école de Summerhill en Angleterre, certaines écoles ou classes fonctionnant selon la pédagogie Freinet, certains lycées expérimentaux, comme ayant des méthodes d’enseignement et d’éducation et des relations entre enfants et adultes dont les Bonaventuriers se sont fortement inspirés pour leur propre projet pédagogique.

Toujours selon lui, toutes ces expériences de pédagogie alternative fonctionnent selon un système de « démocratie directe » ou les décisions sont prises en commun par les différentes personnes qui les vivent, enfants comme adultes. Toutes sont attachées aux rapports non autoritaires entre adultes et jeunes, au refus de la domination exercé par les uns sur les autres (dans les deux sens), à la discussion égalitaire et au règlement des problèmes et conflits par la parole et les prises de décisions collectives et non par les punitions ou les sermons. Toutes ont à cœur de casser la logique de l’ « école-usine », du bourrage de crâne en classe et de la « mise au pas » des enfants par la discipline et l’obéissance.

« Pour toutes ces raisons, tous ces points de convergences entre ces différentes expériences pédagogiques, nous ne pourrons jamais nous considérer les unes les autres comme étant ennemies ou foncièrement opposées. » Bonaventure, une école libertaire 1995.

Toutefois, il existe également, selon ses membres, un certain nombre de points de divergences entre Bonaventure et beaucoup d’autres expériences de pédagogie alternative. Les principaux étant liés à la dimension de l’école, clairement affirmée comme étant libertaire et s’inscrivant dans la lutte sociale et pas seulement dans l’unique volonté de proposer une pédagogie différente.

Certains Bonaventuriers se sont livrés à une petite analyse de ces points de divergences dans « Bonaventure, une école libertaire » et estimaient que la principale différence entre l’école et de nombreux autres projets éducatifs parallèles se situait au niveau de la façon de considérer les enfants et le rôle pédagogique des adultes vis-à-vis d’eux.

Selon Jean-Marc Raynaud et Thyde Rosell, beaucoup de pédagogues ayant créé des écoles différentes voient les enfants comme naissant « bons » naturellement et comme étant par la suite pervertis par la manière dont fonctionnait la société. Qu’il suffisait donc de donner aux enfants un cadre de vie ou leur « bonté naturelle » pouvait pleinement s’exprimer pour qu’ils deviennent épanouis et sociables. Tous deux ont parfois reproché une certaine « naïveté vaguement rousseauiste » à cette manière de voir les choses et ont même assimilé cette logique à celle de l’ « Enfant-roi ».

Ces reproches peuvent cependant être elles-mêmes critiqués, dans le sens ou certains de ces pédagogues, même croyant en la « bonté naturelle » de l’être humain n’ont jamais pour autant nié la construction de la personnalité et « l’apprentissage » de l’entraide et de l’épanouissement personnel par l’ouverture aux autres et la prise de décisions communes. (A Summerhill notamment).

De même, qu’Alexander Sutherland Neill, le fondateur de Summerhill faisait, par exemple, clairement la distinction entre la liberté donnée aux enfants dans cette école et le fait d’avoir absolument tous les droits. Ainsi les enfants pouvaient aller ou ne pas aller en cours, car, selon les principes pédagogiques summerhilliens, c’est une chose qui ne regardaient qu’eux, en revanche la charte de l’école établissait un certain nombre de devoirs, comme celui de respecter les autres et de ne pas empiéter sur leurs propres droits. (Il n’était pas permis de crier ou de joueur de la musique à côté de la chambre de quelqu’un qui dormait ou voulait être au calme ou d’emprunter quelque chose à quelqu’un sans lui demander). Toutes ces règles étaient également décidées collectivement sur la base de l’égalité et, si elles ne reposent pas toutes sur une base clairement libertaire, au sens politique du terme, elles ne semblent pas non plus rattachées à une logique d’ « enfant-roi ».

Pour les membres de Bonaventure et selon leur vision libertaire et sociale de l’éducation, les enfants ne naissent ni bons ni mauvais et se construisent ensuite par les expériences, bonnes ou mauvaises, qu’ils vivent. Le rôle des adultes et, ici, de l’équipe d’animation et d’enseignement est donc, non seulement de créer les conditions nécessaires à l’épanouissement et au développement libre des enfants (Par les rapports non autoritaires, l’absence de hiérarchie et de punitions, mais aussi par des méthodes éducatives basées sur la mise en situations concrètes et l’apprentissage personnel et dans les deux sens.), mais également que chaque membre de Bonaventure (Adultes et enfants) soit acteur du projet, par le biais des diverses Assemblées de discussion et de décisions et aussi par la participation directe au fonctionnement de l’école.

Ainsi, adultes et enfants prenaient part de manière égale à la préparation des repas, à l’entretien des locaux, aux courses faites pour l’école…

Au niveau des apprentissages scolaires, les Bonaventuriers étaient très attachés à la mise en situation : Par exemple pour des enfants qui se montraient désireux d’apprendre à cuisiner, la lecture était nécessaire pour déchiffrer et comprendre une recette et devenait alors essentielle et donc rapidement maîtrisée par eux. Il en allait de même pour le fait de savoir compter (par exemple, dans le but de faire les courses nécessaires à la préparation d’un plat, ou à la fabrication d’un objet ou des outils nécessaires à la construction d’une cabane dans les arbres.)

Et si les membres du projet refusaient clairement un apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul basés sur le « gavage » et la contrainte exercée sur les enfants, ils considéraient tout de même ces savoirs de base comme extrêmement importants, l’idée étant que la domination d’une élite au pouvoir sur les populations s’exerçait aussi par l’illétrisme et l’analphabétisme et que ces apprentissages étaient donc essentiels.

Le principal objectif pédagogique de l’école demeurait néanmoins la formation (et non le formatage) du caractère et de la personnalité des enfants. L’assurance personnelle, le développement de la personnalité propre et la confiance en soi étant vue par les libertaires comme essentielles dans l’existence, pour s’ouvrir aux autres et pour faire face au monde extérieur et son lot d’injustices et d’exploitations en tous genres, l’accent était mis sur cet épanouissement de la personnalité dés l’arrivée d’enfants dans l’école et, selon les membres de l’équipe éducative, c’est cette base de développement personnel qui conditionnait tout le reste : les apprentissages scolaires, la vie de l’école et la participation de tous-tes à son fonctionnement, les différentes activités qui s’y déroulaient…

École libertaire ou anarchiste ?[modifier | modifier le code]

Malgré la dénomination assumée d’ « école libertaire », l’équipe de Bonaventure s’est toujours refusé à en faire « une école enseignant l’anarchisme ». Tout d’abord parce que la majorité des gens qui la constituaient ou qui adhéraient à l’association de façon plus générale, ne se revendiquaient pas comme « anarchistes » et aussi et surtout parce que Bonaventure n’avait pas vocation à devenir l’école d’un « parti », d’une « organisation » et plus généralement d’une idéologie précise.

Si le projet pédagogique et l’esprit de fonctionnement de l’école étaient clairement imprégnés de l’idéologie libertaire, dans le sens d’une volonté de donner une éducation libre et développant la personnalité des enfants (Perçus par les Bonaventuriers comme pleinement inscrits dans une logique de lutte politique pour l’égalité éducative et sociale et pour le droit des enfants à choisir leur existence), l’enseignement donné ne faisait en aucune façon la promotion de l’anarchisme et ne visait pas à ce que chaque élève ne devienne lui-même militant libertaire.

Pour les membres de Bonaventure, la pensée anarchiste (ou plus généralement libertaire) résultait d’une profonde réflexion politique personnelle et de choix de vie et de luttes mûrement décidés et assumés et était donc une affaire personnelle que l’on développait progressivement au cours de son existence. Le rôle de l’école était seulement d’offrir aux enfants les moyens de décider de leur vie, d’avoir confiance en eux, de développer leur esprit critique et leur réflexion personnelle et d’être libres et épanouis. C’était à chacun-e par la suite de se forger sa propre pensée et ses propres convictions, Bonaventure ne se posant jamais comme une école prosélyte et « inculquant » l’anarchisme ou l’idéologie libertaire.

De l’école d’État et de l’école capitaliste.[modifier | modifier le code]

Les Bonaventuriers, s’ils refusaient de sombrer dans le corporatisme et l’isolement narcissique, ne se faisaient pour autant pas d’illusions concernant la possibilité de « réformer » le système éducatif traditionnel, de l’intérieur comme de l’extérieur. La création d’une école libertaire n’avait donc pas pour but d’ « améliorer » ce système, mais bien de le contrer. Les membres de Bonaventure ne croyaient nullement dans la perspective de « changer les choses » dans le cadre institutionnel et de l’école telle qu’elle existait. Tout en ne niant pas le travail individuel qui pouvait être fait, même dans des écoles traditionnelles par quelques personnes inspirées par l’éducation nouvelle ou la pédagogie alternative, ils demeuraient convaincus que l’école classique n’avait pas d’autre objectif que celui de servir les intérêts de l’Etat, ou des entreprises en « produisant » à leur disposition les « outils » dont ils avaient besoin pour exister et que par conséquent il n’était pas possible d’espérer une éducation au service des enfants et de leur épanouissement personnel en son sein (Qu’il s’agisse d’écoles publiques ou privées, qui d’après eux, fonctionnaient sur les mêmes schémas de formatage et de conditionnement des esprits).

Ennuis avec la Justice et l’Éducation nationale.[modifier | modifier le code]

Bien que sur un strict plan législatif et administratif, Bonaventure n’ait jamais rien eu d’ « illégal » au niveau de son statut et de son fonctionnement, ses membres connurent certaines tensions et démêlés avec les instances officielles, notamment avec l’Académie de Poitou-Charente, mais également les services de police ou les Renseignements Généraux.

Dés l’ouverture de l’école en septembre 1993, l’Académie régionale de Poitou-Charente, inquiète du fait qu’un groupe de libertaires fassent fonctionner une école autogérée envoyèrent à plusieurs reprises des inspecteurs pour « enquêter » sur la façon dont Bonaventure était gérée.

De même, le projet attira également la méfiance de certains Oléronais qui se constituèrent parfois en « comités de vigilance ». Des rumeurs se répandirent sur l’école et certaines accusations furent même parfois portées contre elle par des groupes de personnes ou des organismes officiels.

L’accusation la plus grave, fut portée par quelques inspecteurs de l’Académie Régionale et certaines municipalités d’Oléron qui voyaient l’école comme une « secte ».

A ce propos, Jean-Marc Raynaud rétorque que : « Beaucoup de gens sont effrayés par ce qu’ils ne connaissent pas et en viennent à faire d’affligeants amalgames. » Toujours selon lui, les inspecteurs régionaux comme les autres personnes ayant portées ces accusations n’ont jamais pu avancer le moindre argument pour expliquer en quoi Bonaventure leur apparaissait comme une secte. Il s’agit donc pour lui, d’une « solution de facilité qui évite d’avoir à trop réfléchir et à catégoriser tout ce que l’on craint comme étant sectaire ».

Cette accusation est d’ailleurs remontée jusqu’au Ministère de l’Éducation Nationale et a valu à l’équipe de Bonaventure plusieurs enquêtes de police, la surveillance des Renseignements Généraux et du Comité de Vigilance contre les Sectes. N’étant cependant basée sur aucune réelle argumentation, ni sur aucun fait venant étayer ces affirmations, elle ne déboucha jamais sur aucune poursuite judiciaire, toutefois les Renseignements Généraux et l’Inspection d’Académie renouvelèrent à plusieurs reprises leurs investigations tout au long de l’existence de l’école. Les membres de Bonaventure ont toujours trouvé ridicules ces allégations et le fait d’associer l’école à une mouvance sectaire, l’idéal libertaire animant leur projet pédagogique étant aux antipodes du fonctionnement d’une secte, basé sur la soumission à un chef charismatique et sur la volonté de contrôler les pensées de ses membres.

Pour eux, les institutions officielles et policières ne voyaient pas d’un bon œil qu’une école libertaire s’installe à Oléron et propose des méthodes pédagogiques non autoritaires, remettant en question celles dispensées dans les écoles traditionnelles. Elles semblaient donc, selon eux, s’acharner à trouver le moindre prétexte pour la faire fermer. Cette pression administrative et policière, relativement importante dans les premières années d’existence de l’école, se fera plus discrète par la suite, mais reprendra de la vigueur à la fin des années 1990 et, conjuguée à d’autres soucis avec certaines municipalités locales, le manque d’investissement et de motivation de certains membres de l’association pour continuer l’aventure et la grande fatigue physique et morale de la plupart des membres de l’équipe, elle aura une certaine incidence sur la fermeture de l’école en 2001.

Ennuis avec la Police Antiterroriste[modifier | modifier le code]

Le 30 novembre 2004, Jean-Marc Raynaud et sa compagne Thyde Rosell sont arrêtés à leur domicile par la Police Antiterroriste et placés tous deux en garde à vue. Motif : Bonaventure avait accueilli de 1999 à 2001, le fils de deux membres clandestins de l’organisation indépendantiste basque ETA, qui avait été hébergé pendant quelque temps chez le couple libertaire. La police les soupçonnait donc de complicité, voire d’appartenance directe à l’organisation.

Placés en garde à vue durant quatre jours et quatre nuits (selon la législation particulière sur la durée légale des gardes à vue des personnes soupçonnées d’ « actes terroristes »), le couple se souvient de cet épisode comme extrêmement éprouvant physiquement et psychologiquement. Ils disent avoir été interrogés, en moyenne 20 heures sur 24, dans un climat de très forte pression morale de la part de la police. On les aurait également empêché de se laver, de manger à heures régulières et de dormir de manière soutenue.

Jean-Marc Raynaud déclare dans une interview donnée au site internet d’information alternative rattaché à l’association de « La Libre Pensée » : « Pas de chance pour la police, nous n’avons jamais rien eu à voir avec le crétinisme nationaliste, une « lutte armée » d’un autre âge et l’assassinat à la petite semaine d’innocents ou de pauvres bougres de militaires ou de policiers et donc avec ETA. Nous avons donc, finalement été relâchés sans être mis en examen, sans être inculpés de quoi que ce soit et bien sûr sans excuses. »

Pour le militant libertaire, cet épisode soulève également de manière sérieuse le problème du droit à l’éducation et à la scolarisation pour tous les enfants, indépendamment de ce que peuvent être leurs parents.

« Par delà notre petite aventure personnelle, deux questions se posent : Tous les enfants ont-ils droit oui ou non à l’éducation et à l’école et ensuite, les enfants sont ils responsables de leurs parents ? » (Interview de Jean-Marc Raynaud par la Libre Pensée-2006)

Jean-Marc et Thyde voient aussi tout cela comme un « triste rappel d’heures sombres de l’Histoire récente ou moins. » A la même époque, on entend beaucoup parler d’enseignants et éducateurs arrêtés par la police, parce qu’ils ont scolarisé des enfants de Sans-Papiers. Pour le couple, il s’agit clairement d’une preuve qu’en réalité, malgré les grandes phrases toutes faites, seuls certains enfants ont le droit à l’éducation tandis qu’on en chasse d’autres hors de France avec leurs parents.

Lorsque la police était venue les arrêter en 2004, Jean-Marc et Thyde avait accroché un mot à leur attention sur la porte, qui était intitulé « A vous qui arrêtiez déjà ceux qui hébergeaient des enfants juifs pendant la dernière Guerre. »

Jean-Marc Raynaud déclare que les jeunes policiers étaient décomposés en le lisant et qu’il était clair à leur expression qu’ils n’avaient pas vu les choses sous cet angle.

Après Bonaventure[modifier | modifier le code]

À la suite de la fermeture de l’école, plusieurs de ses anciens membres (équipe éducative, anciens élèves) ont souhaité en utiliser à nouveau les locaux pour faire vivre d’autres projets. Quelques-uns d’entre eux, dont Jean-Marc Raynaud, pensaient notamment à y fonder une « Université Populaire », basée sur le même principe que celles qui apparaissent ponctuellement dans les facs occupées lors de certains mouvements étudiants : Un partage mutuel des connaissances, une absence de hiérarchie entre « enseignants » et « enseignés » et un apprentissage permanent, ne se limitant pas à de simples « cours magistraux » ou à « la connaissance officielle » trouvée dans les livres universitaires, mais comprenant tout ce que chaque personne pouvait connaître et souhaitait partager avec les autres.

Ce projet fut abandonné car trop peu de personnes étaient prêtes à concrètement passer du temps pour le faire vivre.

Aujourd’hui, les anciens locaux de Bonaventure servent de siège aux « Editions Libertaires » fondées par Jean-Marc Raynaud après la fermeture de l’école. Il s’agit d’une petite maison d’édition autogérée, comptant une dizaine de personnes et proposant une conception de l’édition, non marchande et basée sur le partage et l’accès pour tous à la littérature.

Beaucoup d’ouvrages libertaires y sont évidemment édités, il n’existe cependant, là encore, aucune obligation de se revendiquer comme « libertaire » pour être édité ou pour intégrer l’équipe d’édition. La seule condition étant d’être, dans les grandes lignes, en accord général avec l’éthique de partage, d’égalité d’accès à la littérature et de non-mercantilisme de la maison d’éditions. Outre des livres de réflexion politique et sociale (libertaire ou autre), les Editions Libertaires publient également fréquemment des ouvrages de théâtre de poésie, mais aussi de la Bande-Dessinée, notamment humoristique, ainsi que des livres d’art.

À noter également que Jean-Marc Raynaud, s’est lui-même lancé, depuis cette époque dans l’écriture de petits romans qu’il présente comme des « polars humoristiques » qui sont l’occasion pour lui d’exprimer une vision satirique et acide de l’actualité politique et sociale, de « régler de vieux comptes avec certains partis ou syndicats » et surtout de faire rire, par la description de situations apparemment « sérieuses » puis partant de plus en plus dans l’absurde et le ridicule !

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bonaventure une école libertaire, premiers pas d'une république éducative, Collectif, 1995, Éditions Alternatives Libertaires.
  • « Interview de Jean-Marc Raynaud », France Culture, Fédération Nationale des Libres Penseurs 2006.
  • Comité d'animation ICEM, « Et pourtant ils existent », Le nouvel éducateur,‎ 15 décembre 2004 (lire en ligne)