Échelle des tactiques de conflit

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L'échelle des tactiques de conflit (CTS ; en anglais Conflict tactics scale) est un instrument de mesure des comportements violents intra-familiaux dont la version originale a été mise au point, en 1979, par Murray A. Straus[1] professeur de sociologie à l'université du New Hampshire[2].

La version originale, de 1979, a connu différentes adaptations, traductions et subi différentes transformations au cours des décennies pour élargir les indices mesurés (exemple : violence sexuelle) ou pour s'adapter à différentes clientèles (exemple : enfants) et besoins. Sa validité et la fidélité de l'instrument ont été bien établies[réf. nécessaire]. C'est l'instrument le plus utilisé en recherche sur la violence intra-familiale[citation nécessaire][3],[4].

CTS10[modifier | modifier le code]

La CTS10 est l'échelle de mesure de la violence physique employée par Statistique Canada lors de l’EVEF de 1993, de l’ESG de 1999 et de l’ESG de 2004 pour mesurer la prévalence de la violence conjugale. Cette échelle comporte 10 énoncés similaires à ceux de l’échelle de l’agression physique des CTS de Straus. Le libellé des énoncés a été remanié afin de les rendre compatibles à la définition d’offenses criminelles, comme stipulées par les dispositions du Code criminel canadien[5].

Critique[modifier | modifier le code]

Une experte de l'ONU considère qu'une utilisation combinée de la CTS avec des questionnaires ouverts, est préférable à l'utilisation exclusive de questionnaires ouverts. Elle estime que les énoncés précis de la CTS permettent d'éviter des interprétations selon les femmes ou les cultures de la définition de la violence, tout en soulignant que cet avis n'est pas partagé. Elle indique que les reproches faits à la CTS ont été pris en compte[6].

La CTS fait l'objet de nombreuses critiques. L'organisme d'évaluation et de recherche du Département de la Justice des États-Unis, l'Institut national de la Justice, le juge inadapté pour mesurer la violence conjugale, ayant constaté qu'il aboutissait à des taux de prévalence égaux chez les hommes et les femmes, en omettant de mesurer la violence de type coercitive et les agressions sexuelles, et en n'identifiant pas le responsable initial des violences. Il cite ainsi d'autres études qui, lorsque ces données sont prises en compte, aboutissent à une répartition où les victimes, dans 85 % des cas, sont des femmes, et plus de 90 % lorsqu'est considéré le cas de violences « systématiques, persistantes et nuisibles » [7]. L'Institut national de santé publique du Québec relaie les critiques de plusieurs chercheurs : « Ainsi, la victimisation dans le couple est mesurée par le fait de rapporter avoir subi au moins un incident de violence physique ou sexuelle sur une période donnée, ce qui ne permet pas de connaître la fréquence, la gravité et les conséquences de la violence subie. De plus, cet instrument ne tient pas compte du contexte de l'incident violent (auto-défense, résistance violente, contrôle, domination, etc.) et exclut la violence psychologique. »[8]

En revanche, les créateurs mêmes de l'instrument[9] rappellent que les CTS ne sont pas conçues en vue de mesurer les perceptions, les attitudes face aux conflits ou à la violence. Elles n'en déterminent pas les causes ni les conséquences. Les CTS sont conçues comme un instrument spécifique devant être utilisé conjointement avec d’autres instruments de mesure couvrant d'autres variables pertinentes pour que soient considérés les causes, le contexte ou les conséquences de la violence.

Débats sur la théorie de la symétrie des violences entre hommes et femmes[modifier | modifier le code]

Certaines institutions américaines et canadiennes reprochent à la CTS de produire des mesures de prévalence qui occultent certains aspects de la violence intrafamiliale[7] et qui peuvent ensuite justifier la théorie de la symétrie des violences conjugales, selon laquelle les femmes seraient aussi violentes que les hommes[8],. Cette thèse de la "théorie de la symétrie" (Sexual Symmetry in Marital Violence) apuyée par un certain nombre d'études[10] est fortement dénoncée dans certains milieux universitaires[11] ou militants[12]. Dans la même perspective, mais de façon assez différente Michael P. Johnson[13] dénonce l'interprétation abusive, et foncièrement « antiféministe », qui est parfois faite des mesures de prévalence obtenues dans les enquêtes générales (general surveys) utilisant la CTS. Cependant Johnson ne critique alors pas l'instrument, mais le mauvais usage de ses résultats.

En 2005, le Conseil du Statut de la Femme du Québec, en collaboration avec les chercheurs de l'Institut de la statistique du Québec, a produit une analyse discriminative des différences entre les sexes à propos de la violence conjugale à partir des résultats de l'ESG de 1999. Les auteurs observent qu'au-delà de taux généraux, apparemment égaux de prévalence de la violence conjugale entre les hommes et les femmes, se dessinent des différences sensibles en ce qui regarde la nature, la gravité, la fréquence et les conséquences physiques et psychologiques des agressions. La violence masculine relèverait également plus souvent d’une dynamique de «terrorisme conjugal», de rapports de domination entre les sexes[14].

Le Conseil constate, cependant :

«Ceci dit, les données de l’ESG permettent d’identifier un nombre non négligeable d’hommes victimes de violence conjugale comme telle. Ces situations sont moins fréquentes car la violence subie relève surtout de conflits conjugaux ponctuels. Cependant, cette réalité ne peut être niée ou ignorée.» page 25

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Straus, Murray A. (1979). Measuring intra family conflict and violence: The Conflict Tactics Scale. Journal of Marriage and the Family, 41, pp. 75–88.
  2. [ http://pubpages.unh.edu/~mas2/ctsb.htm#CTS2 THE CONFLICT TACTICS SCALES (CTS)] (consulté le 19 janvier 2013)
  3. M-É Clément, M Bouchard, S. Laferrière (2000) La violence familiale dans la vie des enfants du Québec, 1999, Québec, Institut de la statistique du Québec
  4. Monique Robin (2011) L'enfant et les violences conjugales, Ed L'Harmattan
  5. [PDF] Statistique Canada (2004), Enquête sociale générale, cycle 18, victimisation. Questionnaire de l’enquête principale, section 3, questions PSP_Q110-PSP_Q200, p. 65-67; section 4, questions PSX_Q110-PSX_Q200, p. 86-87.
  6. [PDF] Sunita KISHOR (2005). Domestic Violence Measurement in the Demographic and Health Surveys. The History and the Challenges, Expert Group Meeting Organized by the UN Division for the Advancement of Women in Collaboration with the Economic Commission for Europe (ECE), and World Health Organization (WHO), 11-14 avril, Genève, Suisse, 10 p. (consulté le 19 janvier 2013)
  7. a et b National Institute of Justice. « Measuring Intimate Partner (Domestic) Violence », 12 mai 2010
  8. a et b Institut national de santé publique du Québec, Trousse média sur la violence conjugale (http://securitetraumatismes.inspq.qc.ca/violenceconjugale/ampleur.aspx#ref)
  9. (en) M.A STRAUS, Sherry L. HAMBY, Sue BONEY-MCCOY & David B. SUGARMAN (1996). « The Revised Conflict Tactics Scales. Development and Preliminary Psychometric Data », Journal of Family Issues, vol. 17, nº 3, p. 284-285
  10. liste d'étude montrant une prévalence comparable de la violence des hommes et des femmes dans les violences conjugales
  11. Dobash, Rébecca, Dobash Russel, Wilson Margo Wilson & Daly Martin (1992) The Myth of Sexual Symmetry in Marital Violence. Social Problems, Vol. 39, No. 1, Feb., 1992 (http://www.jstor.org/discover/10.2307/3096914?uid=3739464&uid=2129&uid=2&uid=70&uid=3737720&uid=4&sid=21101995226087 )
  12. Brochure antimasculiniste (2010) Noyer les responsabilités des hommes : la symétrie de la violence (http://lgbti.un-e.org/spip.php?article85)
  13. Michael P. Johnson (2011) Gender and types of intimate partner violence: A response to an anti-feminist literature review. Aggression and Violent Behavior 16, pp 289–296 (http://www.personal.psu.edu/mpj/2011%20AVB.pdf)
  14. Bélanger Lucie (2005) Étude -Ampleur et nature de la violence subie par les femmes et les hommes : analyse sur quelques statistiques sur la violence conjugale. Conseil du statut de la femme du Québec

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]