Échelle des tactiques de conflit

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'échelle des tactiques de conflit (CTS ; en anglais Conflict tactics scale) est un instrument de mesure des comportements violents intra-familiaux dont la version originale a été mise au point, en 1979, par Murray A. Straus[1] professeur de sociologie à l'université du New Hampshire[2].

La version originale, de 1979, a connu différentes adaptations, traductions et subi différentes transformations au cours des décennies pour élargir les indices mesurés (exemple : violence sexuelle) ou pour s'adapter à différentes clientèles (exemple : enfants) et besoins. Sa validité et la fidélité de l'instrument ont été bien établies[3],[4],[5]. C'est l'instrument le plus utilisé en recherche sur la violence intra-familiale[6],[7],[8]


CTS10[modifier | modifier le code]

La CTS10 est l'échelle de mesure de la violence physique employée par Statistique Canada lors de l’EVEF de 1993, et des ESG de 1999, 2004 et 2011 pour mesurer la prévalence de la violence conjugale. Cette échelle comporte 10 énoncés similaires à ceux de l’échelle de l’agression physique des CTS de Straus. Le libellé des énoncés a été remanié afin de les rendre compatibles à la définition d’offenses criminelles contenues dans le Code criminel canadien[9].

Critique[modifier | modifier le code]

Une experte de l'ONU considère qu'une utilisation combinée de la CTS avec des questionnaires ouverts, est préférable à l'utilisation exclusive de questionnaires ouverts. Elle estime que les énoncés précis de la CTS permettent d'éviter des interprétations selon les femmes ou les cultures de la définition de la violence, tout en soulignant que cet avis n'est pas partagé. Elle indique que les reproches faits à la CTS ont été pris en compte[10].

La version originale du CTS a fait l'objet de nombreuses critiques. Un organisme d'évaluation et de recherche du Département de la Justice des États-Unis, l'Institut national de la Justice, le jugeait inadapté pour mesurer la violence conjugale, ayant constaté qu'il aboutissait à des taux de prévalence égaux chez les hommes et les femmes, en omettant de mesurer la violence de type coercitive et les agressions sexuelles, et en n'identifiant pas le responsable initial des violences. Il cite ainsi d'autres études qui, lorsque ces données sont prises en compte, aboutissent à une répartition où les victimes, dans 85 % des cas, sont des femmes, et plus de 90 % lorsqu'est considéré le cas de violences « systématiques, persistantes et nuisibles » [11]. Par contre, la version récente est considérée par le Ministère de la justice du Canada comme l'instrument de mesure disponible le plus valide.pour évaluer les conflits dyadiques[12]

En réponse à la principale critiques qui est adressée à son instrument à l'effet qu'il n'identifie pas la cause et les conséquences des conflits, Straus réplique que cette critique «a autant de sens que de reprocher à un test de lecture de ne pas identifier la cause des troubles d'apprentissage d'un enfant ou les conséquences pour lui de présenter ce problème»[13]. Straus, ses collègues[14] et d'autres auteurs[15] rappellent que les différentes versions de la CTS ne sont pas conçues en vue de mesurer les perceptions, les attitudes face aux conflits ou la violence. Elles n'en déterminent pas les causes ni les conséquences. Les CTS sont conçues comme des instruments spécifiques devant être utilisés conjointement avec d’autres instruments de mesure couvrant d'autres variables pertinentes pour que soient considérés les causes, le contexte ou les conséquences de la violence.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Straus, Murray A. (1979). Measuring intra family conflict and violence: The Conflict Tactics Scale. Journal of Marriage and the Family, 41, pp. 75–88.
  2. [ http://pubpages.unh.edu/~mas2/ctsb.htm#CTS2 THE CONFLICT TACTICS SCALES (CTS)] (consulté le 19 janvier 2013)
  3. Straus M A(1990) The Conflict Tactics Scales and Its Critics: Evaluation and New Data on Validity and Reliability. Chapitre 4 in: A. Straus and Richard J. Gelles. Physical Violence in American Families: Risk Factors and Adaptations To Violence.  New Bruswick, Transaction Publishers, 1990 [http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS4.pdf]
  4. Straus M A, Hamby S L, McCoy S B, Sugarman D B (1996) The Revised Conflict Tactics Scales (CTS2),  Developnent and Preliminary Psychometric Data. JOURNALOF FAMILY ISSUES. 17(3): pp. 283-316
  5. Straus M A (2004) Cross-Cultural Reliability and Validity of the Revised Conflict Tactics Scales: A Study of University Student Dating Couples in 17 Nations. Cross-Cultural Research, 38(4), pp. 407-432
  6. M-É Clément, M Bouchard, S. Laferrière (2000) La violence familiale dans la vie des enfants du Québec, 1999, Québec, Institut de la statistique du Québec, «(...)l’instrument le plus utilisé pour la mesure épidémiologique de la violence familiale (Clément et autres, 2005). Le PCCTS est considéré présenter une consistance interne satisfaisante et une bonne validité de construit (Clément et Bouchard, 2005)»p.53
  7. Monique Robin (2011) L'enfant et les violences conjugales, Ed L'Harmattan
  8. Bernardini, S.C& Jenkins, J. M. (2013) Vue d'ensemble des risques et des facteurs de protection pour les enfants touchés par la séparation et le divorce. 5. Outils de Mesure Utilisés Pour Évaluer les Incridences du Divorce sure L'Adaptation des Enfants 5.1 Évaluation de la fiabilité et de la validité. Gouvernement du Canada, Ministère de la Justice «Le CTS demeure l'échelle d'évaluation des conflits dyadiques la plus couramment utilisée et la plus valide. » [1] *(consultée le 5 octobre 2014)
  9. [PDF] Statistique Canada (2004), Enquête sociale générale, cycle 18, victimisation. Questionnaire de l’enquête principale, section 3, questions PSP_Q110-PSP_Q200, p. 65-67; section 4, questions PSX_Q110-PSX_Q200, p. 86-87.
  10. [PDF] Sunita KISHOR (2005). Domestic Violence Measurement in the Demographic and Health Surveys. The History and the Challenges, Expert Group Meeting Organized by the UN Division for the Advancement of Women in Collaboration with the Economic Commission for Europe (ECE), and World Health Organization (WHO), 11-14 avril, Genève, Suisse, 10 p. (consulté le 19 janvier 2013)
  11. National Institute of Justice. « Measuring Intimate Partner (Domestic) Violence », 12 mai 2010
  12. Bernardini, S.C& Jenkins, J. M. (2013) O.C.
  13. Straus M A (2005) "Reflections on "Measuring lntrafamily Conflict ard Violence" " pp. 195- 197 in: Wolence Against Women: Classic Papers, edited by R. K. Bergen, J. L. Edleson, and C. M. Renzetii. : Pearson Education Inc. [http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS41%20(CTS2x-Abridged).pdf]
  14. (en) M.A STRAUS, Sherry L. HAMBY, Sue BONEY-MCCOY & David B. SUGARMAN (1996). « The Revised Conflict Tactics Scales. Development and Preliminary Psychometric Data », Journal of Family Issues, vol. 17, nº 3, p. 284-285
  15. Laroche D (2005)Prévalence et conséquences de la violence conjugale envers les hommes et les femmes. Institut de la statistique du Québec. [http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/sante/environnement-social/violence-couples/prevalence-violence.pdf]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]