Échelle à poissons

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Échelle à poissons d'un barrage sur l'Isar près de Pullach, en Allemagne.
Exemple de passe intégrée dans une opération de renaturation et "réméandrage"[1] en Wallonie, dans le cadre d'un outil d'aide à la décision (projet Life (Walphy plus largement consacré à la restauration hydromorphologique des masses d'eau en Région Wallonne)[2]

Une passe à poissons est un dispositif permettant aux poissons de franchir un obstacle créé par l'Homme sur un cours d'eau, tel qu'un barrage ou un seuil.

Il s'agit généralement d'une échelle à poissons, soit dispositif en escalier, bien que d'autres formes existent (ascenseur...). Il existe de très nombreux modèles[3] de passes à poissons, adaptés à différents contextes ou visant spécifiquement certaines espèces ou stades de croissance (par exemple le « tapis à civelles » pour la jeune anguille).

Bien que rendu obligatoire par la loi dans de nombreux pays pour les nouveaux ouvrages, ce dispositif n'a pas toujours été installé, notamment sur les ouvrages d'art les plus anciens. Devant être installés dans le lit du cours d'eau ou à proximité, ils sont généralement coûteux. Leur aspect est plus ou moins artificiel ou intégré dans l'environnement[3], d'autant plus artificiel en général que le dénivelé est important.

Histoire et objectifs[modifier | modifier le code]

Certaines espèces de poissons ont d'impérieux besoins de migrer (montaison et dévalaison) dans le cadre de leur cycle de développement et/ou de reproduction. C'est notamment le cas des salmonidés, mais aussi d'autres espèces[4] : anguilles, lamproies, aloses... ou encore les truites, qui cherchent les têtes de bassin pour se reproduire. Sans aménagements spécifiques, de nombreux ouvrages humains sur les cours d'eau rendent ces migrations impossibles, mettant en danger la survie des espèces concernées.

Nées dans les décennies 1960 et 1970[5],[6] d'un constat de disparition d'espèces migratrices de poissons, les « échelles » ou « passes » tendent à présent à se multiplier, notamment comme mesure compensatoire ou conservatoire à la suite d'études d'impact obligatoire pour les grands barrages dans la plupart des pays.

Les passes à poissons constituent donc l'un des moyens de réduire la fragmentation éco-paysagère, le cours d'eau étant alors le corridor biologique dont il faut fonctionnellement rétablir la continuité biologique. D'autres paramètres dont la qualité de l'eau et l'état sanitaire des poissons sont à surveiller.

Techniques et mise en œuvre[modifier | modifier le code]

Dans certains cas, des vitres ou d'autres dispositifs permettent de compter et observer les poissons à la montaison ou dévalaison (ici Capilano River)

L'échelle à poissons est la forme la plus commune de passe à poissons. Elle se présente schématiquement sous la forme d'une sorte d'escalier constitué d'une succession de petits bassins où le poisson trouve une zone de repos relatif après chaque passage ayant nécessité un effort.

Néanmoins, même dans les cas où les concepteurs de ces ouvrages ont les connaissances non seulement en génie civil, mais qui leur permettent de prendre en compte et de prévoir le comportement des poissons, l'installation d'échelles à poissons est parfois considérée comme un pis-aller quant à la conservation des espèces, voire inutile sans la compréhension et la collaboration des utilisateurs ou exploitants du barrage (souvent producteurs d'hydro-électricité), ces passes nécessitant notamment d'être périodiquement nettoyées, et peut-être de ne pas être éclairée de nuit (protection de l'environnement nocturne contre la pollution lumineuse qui pourrait affecter certaines espèces).

Il existe aussi, sur certains barrages trop hauts pour être franchis par de simples passes à poissons (comme des lacs de barrages[7]), des ascenseurs à poissons[8],[9], dont le principe est d'attirer les poissons qui remontent le cours d'eau dans un compartiment en eau, qui est périodiquement fermé puis hissé au niveau du plan d'eau amont où les poissons sont relâchés. Ils peuvent inclure un dispositif de comptage ou observation[10]. Certains ascenseurs ont été adaptés à certaines espèces, comme pour l'alose à Golfech sur la Garonne[11].

En Europe[modifier | modifier le code]

Les deux plus grandes passes à poisson d'Europe (en 2013) sont celles d'Iffezheim et de Gambsheim, réalisée sur le Rhin dans le cadre d'un accord franco-allemand, dans le cadre de la réintroduction des saumons et autres migrateurs après la pollution du Rhin par l'accident de l'usine Sandoz[12].

  • Celle d'Iffezheim est en service depuis juin 2000 sur le Rhin à 25 km au nord de Gambsheim reconnecte à la mer les cours d’eaux du bassin versant alsacien du Rhin par l'Ill et ses affluents[12].
  • Celle de Gambsheim est située plus haut sur le Rhin à 15 km au nord de Strasbourg. dans ce cas (débit d'attrait de 15 m3⋅s-1 et dénivelé de 10m, avec dispositif de piégeage et de vidéosurveillance qui a permis de filmer la remontée de silures), l'investissement (10 millions d’euros environ) incluait un espace d'accueil du public. Les travaux ont commencé en 2004 sous maîtrise d’œuvre du centre d'Ingénierie hydraulique d'EDF pour une mise en eau en mars 2006[12].

Ces deux passes permettent à certains migrateurs de gagner la rivière Kinzig et son affluent la Schutter dont la source est située en Forêt noire allemande et considéré comme ayant un haut potentiel d'accueil de grands migrateurs. Selon les comptages, environ 20 000 poissons franchissent chaque année cet ouvrage (de 50 à 100 saumons, plus de 200 truites de mer et plusieurs centaines d’autres migrateurs)[12]. Ces chiffres restent modestes par rapport aux potentialités ou aux nombre de saumons autrefois pêchés en Écosse ; A titre d'exemple, MR Vibert, inspecteur des eaux et forêts et chef de la « 3e Région Piscicole » rappelait en 1943 que sur la Tweed en Écosse on pêchait encore 170 000 saumons/an (vers années 1930-1940), et qu'au début du siècle en Amérique du Nord, le nombre de poissons pêchés annuellement était encore plus important avec par exemple pour les deux seules années pour lesquelles des statistiques sont disponibles 35,5 millions et près de 44 millions de saumons respectivement pêchés en 1910 et 1911 en Alaska (43.965.873 saumons déclarées en 1911). Et selon le traité raisonné de la pisciculture et des pêches publié par le Dr Louis Roule en 1914, les petits fleuves côtiers bretons produisaient autrefois à eux seuls environ 4 millions de kilogrammes de saumon[13], cité par Vibert[14].

Photos[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. vidéo : Reméandration de l'Eau Blanche à Couvin Canal C 20/03/2012 (dans le cadre du projet Life "WALPHY"
  2. Commission euréopenne soil and water challenges simultaneously : LIFE projects have demonstrated the importance of connecting the practical application of soil and water policy ; voir aussi [http://www.youtube.com/watch?v=-l9WR7bXS5w aménagement terminé en vidéo (You tube)
  3. a et b M. Larinier (CEMAGREF), Chap. 5 ; Pool fishways, pre-barrages and natural bypass channels., PDF, illustré, 29 pages
  4. Pavlov D.S., 1989. Structures assisting the migrations of non-salmonids fish: USSR. FAO Fish. Rome, Tech. Pap. 308, 97 p.
  5. MALEVANCHIK B.S., RYAKHOVSKAYA G.N., 1971. Design of fish ladders at hydrodevelopments. Gidrotekh. Stroit., 2: 6-11.
  6. MONAN G., SMITH J.,LISCOM K., JOHNSON J., 1970. Evaluation of upstream passage of adult salmonids through the navigation lock at Bonneville dam during the summer of 1969. 4th Progress Rep. on Fish. Eng. Res. Prog. 1966-1972, U.S. Army Corps of Eng., North Pacific Div., 104-113.
  7. KREITMANN, L., 1925. Passes à poissons et lacs de barrage en Suisse Compte rendu de mission piscicole (Fish passage facilities and reservoirs in Switzerland. Report on fisheries project). Ministry for Agriculture. General Directorate of Waterways and Forestry, 43 p.
  8. BEITZ E., 1997. Development of fishlocks in Queensland. Second National In : Fishway technical report, BERGUIS A.P., LONG P.E., STUART I.G. (Eds), Rockhampton, Australia, 125-152.
  9. voir la Figure 4: Cross-section of a typical fish lift for salmonids (Poutes dam on the Allier river), in F. TRAVADE et M. LARINIER, Fish locks and fish lifts (Barrages et ascenseurs à poissons), Bull. Fr. Pêche Piscic. (2002) 364 supplément : 102-118 ; DOI: 10.1051/kmae/2002096
  10. CHANSEAU M., DARTIGUELONGUE J., LARINIER M., 2000. Analyse des données sur les passages enregistrés aux stations de contrôle des poissons migrateurs de Golfech et du Bazacle sur la Garonne et de Tuilières sur la Dordogne. (Analysis of fish passage at the monitoring stations of Golfech and Bazacle dams on the Garonne river and Tuilières dam on the Dordogne river. GHAAPPE/MIGADO Rep. RA00.02, 64 p.
  11. TRAVADE, F., LARINIER, M., TRIVELLATO, D., DARTIGUELONGUE, J., 1992. Conception d’un ascenseur à poissons adapté à l’alose (Alosa alosa) sur un grand cours d’eau: l’ascenseur de Golfech sur la Garonne (Design of a fish lift suitable for shad (Alosa alosa) on a large watercourse: fish lift at Golfech on the Garonne). Hydroécol. Appl., 4(1): 91-119.
  12. a, b, c et d Ministère français de l'environnement Passe à poissons Gambsheim (incluant une vidéo présentant le site ; wikhydro, consulté 2013-10-17
  13. Louis Roule (1914) Traité raisonné de la pisciculture et des pêches, Éditeur :J.-B. Baillière et fils, 1914 734 pages
  14. MR Vibert (), "Protection du saumon, possibilités de réacclimatation", Bulletin français de pisciculture, 15e année, no 128, janv-mars 1943 (Extrait : 1re page/archives ONEMA

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]