Échecs forteresse

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne la variante du jeu d'échecs. Pour la manœuvre consistant à construire un rempart infranchissable à ce même jeu, voir Forteresse (échecs).

Les échecs forteresse (ou échecs forteresse russes), est une variante du jeu d'échecs à quatre joueurs qui s'est jouée en particulier en Russie aux XVIIIe et XIXe siècles. L'échiquier dispose d'une « forteresse » dans chaque coin et de 192 cases au total. Chaque forteresse, présente à la droite du joueur, possède 16 cases sur lesquelles sont ajoutés, en plus des pièces classiques, un fou, un cavalier et une tour. Une « porte » permet d'y entrer ou d'en sortir. Les trois pièces à l'intérieur de la forteresse sont disposées selon le souhait du joueur avant le début de la partie, les autres adoptent le placement classique du jeu d’échecs.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les jeux d'échecs à quatre sont connus dès le haut Moyen Âge en Inde et en Espagne[1]. Au XIXe siècle, il reviennent en vogue, notamment en Allemagne et en Angleterre où ils sont pratiqués en clubs et essayés par des champions célèbres[1].

Une première tentative d'échecs à quatre en Europe est présentée en 1664 par Christoph Weickmann à Ulm, en Allemagne[2],[3]. Les pièces étaient placées sur les intersections d'un plateau en croix (quatre fois 6×7 points autour d'un centre 7×7) et les joueurs disposaient de 30 pièces[2]. Dans ses carnets de voyage, l'historien anglais William Coxe témoigne en 1772 d'une pratique des échecs à quatre en Russie[2]. La variante en croix, elle, n'est attestée explicitement qu'en 1779 à Gotha, en Allemagne[2]. De nombreuses versions de ces échecs à quatre furent proposées dans les années suivantes, essentiellement en Allemagne et en Angleterre[2]. En 1881, George Hope Verney leur consacre même un article puis les place au centre d'un livre intitulé Chess Eccentricities[2]. Il fonde également un club à Londres qui restera actif jusqu'à la Seconde Guerre mondiale[2]. Il choisit chacune des règles lui-même et adopte les extensions 8×3, plutôt que 8×2, pour l'échiquier[2]. Il préconise de placer les dames sur les cases blanches, règle modifiée par l'Anglais M. E. Hughes-Hughes, qui fixe l'ensemble des règles définitives des échecs à quatre en 1888, y compris, également, le double pas initial des pions, la prise en passant et l'interdiction de certains roques[2].

La variante des échecs forteresse est elle décrite pour le première fois en 1850 par Von Petroff[2]. En 1855, un club est même créé à Londres[2]. Tchigorine et Capablanca auraient fait partie des champions ayant essayé cette variante[2]. Murray pensait sans le prouver que les échecs à quatre observée en Russie par l'historien William Coxe étaient la variante avec forteresses[2].

Règles du jeu[modifier | modifier le code]

Position initiale d'une partie d'échecs forteresse. Les pièces à l'intérieur des forteresses sont disposées selon la volonté des joueurs.
Article connexe : Règles du jeu d'échecs.

Une partie d'échecs forteresse commence dans la position initiale ci-contre, les joueurs pouvant placer les pièces disposées à l'intérieur de leur forteresse où ils le souhaitent[4],[5],[6]. Les joueurs se faisant face forment des équipes. Le jeu tourne dans le sens horaire[5].

La règle du roque est la même que dans les échecs classiques. Le roque le plus pratiqué est généralement le petit roque car il permet de hâter la mise à l'abri du roi dans la forteresse[7].

Déplacements[modifier | modifier le code]

Les déplacement sont les mêmes que pour le jeu d'échecs classique[5]. Au moins en Russie, la dame disposait également du déplacement du cavalier, un spécificité présente également dans le jeu d'échecs classique dans ce pays à l'époque de l'invention de ce jeu[6]. Les pions alliés se rencontrant sont bloqués jusqu'à ce que la capture d'un des deux survienne[7],[6].

Forteresse[modifier | modifier le code]

Pour passer une « porte » et ainsi pénétrer ou sortir d'une forteresse, on considère que le cavalier se déplace d'abord d'un pas en avant puis d'un pas en diagonale[7],[5],[6]. Bien que la forteresse soit l'endroit le plus sûr pour protéger ses pièces, n'importe quel joueur peut y entrer sans restriction[7],[6].

Promotion[modifier | modifier le code]

La promotion d'un pion s'effectue lorsque celui-ci arrive sur la dernière rangée, que ce soit à l'intérieur ou (plus fréquemment) à l'extérieur d'une forteresse[5]. Elle peut se faire chez le partenaire comme chez l'adversaire[7].

Victoire[modifier | modifier le code]

Pour ce qui est de la victoire, il existe deux variantes : dans la variante russe, lorsqu'un joueur est maté, ses pièces sont enlevées du plateau et son partenaire continue seul l'affrontement[7],[5], alors que dans la variante d'Europe de l'Ouest, ses pièces sont immobilisées mais le roi peut être « dématé », ce qui lui permet de revenir dans la partie[5]. Dans les deux cas, l'équipe gagnante est celle qui réussit à mater les deux adversaires[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cazaux 2010, p. 210
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Cazaux 2010, p. 213
  3. (en) Filippo Martini, Triple Chess, Valpy,‎ 1826, 30 p., p. 26
  4. Cazaux 2010, p. 211
  5. a, b, c, d, e, f, g et h (en) « Russian fortress chess », sur chessvariants.com,‎ 18 avril 1997 (consulté le 27 mai 2014)
  6. a, b, c, d et e (en) « Four-Player Chess », sur quadibloc.com (consulté le 27 mai 2014)
  7. a, b, c, d, e et f Cazaux 2010, p. 212

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis Cazaux, L'Odyssée des jeux d'échecs, Praxeo,‎ 2010, 368 p. (ISBN 2-9520472-8-6), p. 211-213
  • (en) D. B. Pritchard, The Classified Encyclopedia of Chess Variants, John Beasley,‎ 2007 (ISBN 978-0-9555168-0-1), p. 324–25
  • (en) David B. Pritchard, The Encyclopedia of Chess Variants, Games and Puzzles Publications,‎ 1994, 384 p. (ISBN 0-9524142-0-1), p. 111–12

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]