Æthelstan

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Æthelstan
Æthelstan présente un livre à saint Cuthbert. Cette illustration d'un évangéliaire offert par Æthelstan au sanctuaire de Cuthbert à Chester-le-Street est le plus ancien portrait connu d'un roi anglais.
Æthelstan présente un livre à saint Cuthbert. Cette illustration d'un évangéliaire offert par Æthelstan au sanctuaire de Cuthbert à Chester-le-Street est le plus ancien portrait connu d'un roi anglais.
Titre
Roi d'Angleterre
92427 octobre 939
Prédécesseur Édouard l'Ancien
(ou Ælfweard ?)
Successeur Edmond Ier
Biographie
Date de naissance vers 894
Date de décès 27 octobre 939
Lieu de décès Gloucester
Sépulture Abbaye de Malmesbury
Père Édouard l'Ancien
Mère Ecgwynn

Æthelstan ou Athelstan (vers 894 – 27 octobre 939) est roi des Anglais de 924 à sa mort. Il est considéré comme le premier roi d'Angleterre et l'un des plus grands monarques de la période anglo-saxonne de l'histoire du pays.

Fils d'Édouard l'Ancien, Æthelstan est d'abord reconnu roi par les Merciens, et rencontre une certaine résistance au Wessex, qui a peut-être élu roi son demi-frère Ælfweard pour succéder à Édouard. Ælfweard ne survit que quelques semaines à leur père, mais Æthelstan n'est sacré roi qu'en septembre 925. Il conquiert le royaume viking d'York en 927 et devient le premier roi anglo-saxon dont l'autorité s'étend à toute l'Angleterre. En 934, il envahit le royaume d'Écosse et contraint le roi Constantin II à reconnaître son autorité. Écossais et Vikings s'allient contre Æthelstan et envahissent l'Angleterre en 937, mais il remporte une victoire retentissante sur leur coalition à Brunanburh.

Æthelstan centralise le gouvernement de son royaume, avec un contrôle accru sur la production de chartes et la convocation de personnalités importantes à ses conseils. Les rois gallois assistent également à ces conseils, témoignage de leur soumission à Æthelstan. Son activité diplomatique s'étend à toute l'Europe, notamment à travers le mariage de ses sœurs à plusieurs souverains du continent. Il subsiste une grande quantité de textes de lois de son règne : ses réformes législatives s'appuient sur celles de son grand-père Alfred le Grand et illustrent l'inquiétude que lui causent les atteintes à la loi et les menaces qu'elles font peser sur l'ordre social. Æthelstan est également un roi profondément religieux, collectionneur de reliques et fondateur d'églises. Sa cour devient l'un des principaux centres du savoir du pays et annonce la réforme bénédictine de la fin du siècle.

Jamais marié, Æthelstan ne laisse pas d'héritier pour lui succéder. C'est son demi-frère cadet Edmond qui monte sur le trône à sa mort, en 939. Les Vikings profitent de la situation pour reprendre York, qui n'est définitivement reconquise par les Anglais qu'en 954.

Contexte : la Grande-Bretagne au début du Xe siècle[modifier | modifier le code]

Au début du IXe siècle, l'Angleterre anglo-saxonne est partagée entre quatre grands royaumes : le Wessex, la Mercie, la Northumbrie et l'Est-Anglie[1]. Le Wessex prend l'ascendant sur la Mercie sous le règne d'Egbert (802-839), l'arrière-arrière-grand-père d'Æthelstan, et devient le royaume le plus puissant du Sud de l'Angleterre. Les raids vikings commencent à frapper la Grande-Bretagne de plus en plus durement au milieu du IXe siècle. L'invasion de la Grande Armée païenne débute en 865 et détruit en l'espace de quinze ans l'Est-Anglie, la Northumbrie et la Mercie. Seul le Wessex résiste victorieusement à son avancée, et le roi Alfred le Grand remporte une victoire décisive sur les envahisseurs à Ethandun en 878[2]. Alfred et le chef viking Guthrum se partagent la Mercie. Les offensives danoises reprennent dans les années 890, mais elles sont repoussées par les armées anglo-saxonnes, menées par Alfred, son fils Édouard et son gendre Æthelred, qui gouverne la partie anglaise de la Mercie avec son épouse Æthelflæd, la fille d'Alfred. À la mort d'Alfred en 899, Édouard lui succède. Son cousin germain Æthelwold tente de s'emparer du trône, mais il est tué au combat en 902[3].

La guerre entre les Anglo-Saxons et les Vikings se poursuit sous le règne d'Édouard. En 910, les Danois de Northumbrie attaquent la Mercie, mais ils subissent une défaite cinglante à Tettenhall[4]. Après la mort d'Æthelred de Mercie en 911, sa veuve Æthelflæd gouverne seule la région. Édouard et Æthelflæd parviennent à reconquérir la Mercie danoise et l'Est-Anglie dans les années qui suivent. À la mort de sa sœur, en 918, Édouard dépose sa nièce Ælfwynn et annexe la Mercie à son royaume[5].

À la mort d'Édouard, en 924, toute l'Angleterre au sud de l'Humber est soumise au Wessex[4]. Le royaume d'York est gouverné par un Viking, Sihtric, mais un certain Ealdred maintient un domaine anglo-saxon autour de Bamburgh, en Bernicie. Le roi Constantin II règne sur l'Écosse, à l'exception du royaume de Strathclyde au sud-ouest. Enfin, le pays de Galles est fragmenté en plusieurs petits royaumes, dont le Deheubarth au sud-ouest, le Gwent au sud-est, le Brycheiniog au nord du Gwent, et le Gwynedd au nord[6].

Les Anglo-Saxons sont le premier peuple d'Europe du Nord à écrire en vernaculaire, et le plus ancien code de lois connu en vieil anglais remonte au roi Æthelberht de Kent, au début du VIIe siècle. Alfred le Grand produit son propre code de lois à la fin du IXe siècle, également en vernaculaire[7]. Très influencé par le droit carolingien, en particulier sur des sujets tels que la trahison, le maintien de l'ordre, l'organisation des hundreds ou les ordalies[8], il reste en vigueur tout au long du Xe siècle et sert de base aux codes de lois ultérieurs[9]. Ces codes ne constituent pas des règlementations rigides, mais plutôt des lignes directrices qui peuvent être adaptées au niveau local, et le droit traditionnel oral conserve une certaine importance[10],[11].

Sources primaires[modifier | modifier le code]

La Chronique anglo-saxonne, qui s'étend beaucoup sur les règnes d'Alfred le Grand et d'Édouard l'Ancien, est relativement silencieuse concernant le règne d'Æthelstan et se contente de retracer ses principales victoires[12]. La chronique de Guillaume de Malmesbury, rédigée au début du XIIe siècle, offre davantage d'informations, dont beaucoup lui sont uniques, mais leur véracité est débattue par les historiens modernes. David Dumville n'hésite pas à rejeter en bloc le récit de Guillaume, qu'il qualifie de « témoin mensonger » et dont il regrette la popularité[13]. Michael Wood suggère que Guillaume s'est inspiré d'une Vita Æthelstani aujourd'hui perdue pour rédiger sa chronique, une hypothèse reprise par Sarah Foot, qui souligne néanmoins qu'il est impossible de dire à quel point Guillaume a pu « améliorer » l'original[14]. D'autres sources narratives issues de toute l'Europe fournissent quelques renseignements indirects, à l'image des Annales de Flodoard ou de la Chronique de Nantes[15].

David Dumville souligne que le manque de sources souvent invoqué comme cause de l'obscurité dans laquelle gît Æthelstan est davantage une impression qu'une réalité[16]. Chartes, textes de loi et monnaies permettent d'étudier la gestion du royaume sous son règne[17]. Les chartes indiquent des lieux et des dates et font apparaître l'entourage du roi, et à travers elles, il est possible de retracer ses pérégrinations. C'est particulièrement le cas entre 928 et 935, époque à laquelle tous les diplômes sont l'œuvre du scribe « Æthelstan A », qu'il faut peut-être identifier à l'évêque Ælfwine de Lichfield[18]. Cette profusion d'informations offre un contraste singulier avec l'absence complète de chartes pour la période 910-924, un manque que les historiens peinent à expliquer et qui rend difficile toute analyse de la passation de pouvoir entre Édouard et Æthelstan[19]. Les historiens se tournent également de plus en plus vers des sources moins conventionnelles, à l'image des poèmes écrits en son honneur ou des manuscrits liés à son nom[20].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Statue d'Æthelflæd avec son jeune neveu Æthelstan à Tamworth.

D'après Guillaume de Malmesbury, Æthelstan monte sur le trône à l'âge de trente ans, ce qui le ferait naître vers 894[21]. Il est le fils aîné d'Édouard l'Ancien, et le seul issu de sa relation avec Ecgwynn, un personnage très mal connu dont le nom ne figure que dans des sources postérieures à la conquête normande[22]. Ces mêmes sources ne s'accordent pas sur son rang : elle est de noble naissance pour certaines, mais l'une d'elles la décrit comme de basse extraction et indigne de son rang[23]. Son statut reste débattu. Simon Keynes et Richard Abels estiment qu'Ecgwynn n'était que la concubine d'Édouard, ce qui expliquerait pourquoi l'arrivée au pouvoir d'Æthelstan est contestée au Wessex[24],[25]. En revanche, Barbara Yorke (en) et Sarah Foot considèrent que c'est la querelle de succession qui a donné naissance aux accusations d'illégitimité, et non le contraire : d'après elles, Ecgwynn est bien l'épouse légitime d'Édouard[26],[27].

Guillaume de Malmesbury décrit une cérémonie durant laquelle Alfred le Grand offre à son petit-fils un manteau écarlate, une ceinture sertie de joyaux et une épée au fourreau doré[28]. Pour Michael Lapidge et Michael Wood, cette cérémonie représente la désignation d'Æthelstan comme héritier possible du trône, d'autant qu'elle prend place à une période où les droits sur le trône d'Æthelwold, le neveu d'Alfred, menacent sa propre lignée[29],[30]. Janet Nelson rappelle que les années 890 sont marquées par des relations difficiles entre Alfred et Édouard, et propose l'hypothèse qu'Alfred ait pu vouloir diviser le royaume entre son fils et son petit-fils à sa mort[31].

Il existe un poème acrostiche en l'honneur d'un prince « Adalstan », qui lui prédit un grand futur. Lapidge y voit une référence au jeune Æthelstan, avec un calembour sur « pierre noble », le sens de son nom en vieil anglais[32]. Lapidge et Wood l'attribuent à Jean le Saxon, l'un des principaux érudits de la cour d'Alfred, qui l'aurait écrit à l'occasion de la cérémonie des cadeaux[33],[34]. Wood va plus loin en présentant le poème comme une preuve de la véracité du récit de Guillaume de Malmesbury, et en suggérant qu'Æthelstan a pu recevoir une éducation d'intellectuel sous la direction de Jean le Saxon[35],[36],[37]. Néanmoins, Sarah Foot préfère dater le poème des premières années du règne d'Æthelstan[38].

Édouard se marie avec Ælfflæd aux alentours de la mort de son père. Ce mariage est sans doute dû à la mort d'Ecgwynn, à moins qu'elle n'ait été répudiée. Il affaiblit la position d'Æthelstan, car sa belle-mère agit évidemment dans l'intérêt de ses propres fils, Ælfweard et Edwin[28]. Édouard contracte un troisième mariage avant 920 avec Eadgifu, probablement après avoir répudié Ælfflæd[4],[39]. Eadgifu donne à son tour deux fils à Édouard, Edmond et Eadred. De ses trois mariages, Édouard a également de nombreuses filles, peut-être jusqu'à neuf[40].

L'éducation d'Æthelstan se termine probablement à la cour de Mercie, auprès de sa tante Æthelflæd et de son oncle Æthelred. Il participe vraisemblablement aux campagnes militaires contre le Danelaw dans les années 910. D'après une copie du début du XIVe siècle, Æthelstan aurait accordé en 925 des privilèges au prieuré Saint-Oswald de Gloucester, où reposent Æthelred et Æthelflæd, « en vertu d'un pacte de piété paternelle solennellement conclu avec Æthelred, ealdorman du peuple des Merciens[41] ». Il est possible qu'il ait représenté les intérêts de son père en Mercie après la mort d'Æthelflæd et l'annexion de ce royaume au Wessex[42].

Règne[modifier | modifier le code]

Une succession disputée[modifier | modifier le code]

La pierre du couronnement à Kingston upon Thames.

Édouard l'Ancien meurt à Farndon, dans le nord de la Mercie, le 17 juillet 924. Sa mort marque le début d'une série d'événements difficile à retracer[42]. Il est possible que le roi défunt ait voulu que lui succède Ælfweard, l'aîné des fils de sa deuxième femme Ælfflæd, voire de procéder à un partage du royaume entre Ælfweard, qui recevrait le Wessex, et Æthelstan, qui obtiendrait la Mercie. La déposition d'Ælfwynn en 918 aurait dans ce cas servi à préparer l'avènement d'Æthelstan à la tête de la Mercie[43],[44]. Au moment de la mort d'Édouard, Ælfweard se trouvait au Wessex, tandis qu'Æthelstan se trouvait apparemment auprès de son père. Il est aussitôt reconnu roi par les Merciens, mais il est possible que les barons du Wessex aient élu son demi-frère. Quoi qu'il en soit, Ælfweard meurt à son tour seize jours plus tard[42],[45].

La mort d'Ælfweard ne semble pas avoir éteint l'opposition à Æthelstan qui règne au Wessex et tout particulièrement à Winchester, où le prince défunt est inhumé. Æthelstan se comporte dans les premiers mois de son règne comme un roi purement mercien : une charte de 925 concernant des terres dans le Derbyshire a pour seuls témoins des évêques de Mercie[46],[47]. David Dumville et Janet Nelson proposent d'interpréter son célibat comme une concession lui ayant permis d'être accepté comme roi[48],[49], mais Sarah Foot y voit plutôt un choix d'ordre religieux[50].

Æthelstan est couronné le 4 septembre 925 à Kingston upon Thames, ville peut-être choisie en raison de sa situation sur la frontière entre la Mercie et le Wessex[46]. Il est sacré par Athelm, l'archevêque de Cantorbéry, qui rédige ou applique probablement à cette occasion un nouvel ordo. Inspiré par la liturgie franque, cet ordo voit le roi porter une couronne pour la première fois au lieu d'un casque. Il inspirera à son tour l'ordo de la France médiévale[51].

La résistance à Æthelstan se poursuit après le couronnement. Guillaume de Malmesbury parle d'un noble nommé Alfred qui cherche à punir le roi de sa bâtardise supposée en l'aveuglant. Ce handicap aurait suffi pour rendre Æthelstan incapable d'exercer le pouvoir, et Alfred n'aurait pas encouru l'opprobre réservée aux assassins. Ce personnage ne figure dans aucune autre source, et Guillaume ne précise pas s'il cherche à s'emparer lui-même du trône ou pour l'offrir à Edwin, le frère cadet d'Ælfweard[52]. Les relations entre Æthelstan et la ville de Winchester semblent être restées tendues pendant plusieurs années. Frithestan, l'évêque de Winchester, n'assiste pas à la cérémonie du couronnement, et il n'apparaît sur les chartes d'Æthelstan qu'en 928, dans une position inférieure à celle que son ancienneté devrait lui assurer[53],[54].

Edwin meurt en 933 lors d'un naufrage dans la mer du Nord. Son cousin, le comte Adalolphe de Boulogne, le fait inhumer en l'abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer. Croyant à tort qu'il avait régné sur l'Angleterre, l'annaliste de l'abbaye, Folcuin, écrit qu'il a fui l'île « chassé par des troubles dans son royaume ». Le chroniqueur du XIIe siècle Siméon de Durham accuse Æthelstan d'avoir fait noyer son demi-frère, mais la plupart des historiens ne lui apportent aucun crédit. Il est possible qu'Edwin ait quitté l'Angleterre à la suite d'une révolte manquée contre Æthelstan. Quoi qu'il en soit, sa mort participe certainement à l'apaisement des tensions entre le roi et Winchester[55],[56].

Roi des Anglais[modifier | modifier le code]

Les îles Britanniques au début du Xe siècle.

En janvier 926, Æthelstan donne la main d'une de ses sœurs au roi d'York Sihtric. Les deux souverains s'engagent à respecter le territoire de l'autre et à ne pas apporter d'appui à leurs ennemis respectifs. Pourtant, Æthelstan envahit le royaume d'York dès l'année suivante, à la suite de la mort de Sihtric[N 1]. Le roi de Dublin Gothfrith, cousin de Sihtric, prend la tête d'une flotte d'invasion, mais Æthelstan s'empare d'York et reçoit la soumission des Danois de la région sans coup férir, et sans que l'on sache s'il a eu ou non à affronter Gothfrith[57]. Les Northumbriens réagissent mal, eux qui n'ont jusqu'alors jamais été gouvernés par un roi du Sud. Néanmoins, Æthelstan se trouve en position de force : le 12 juillet 927, les rois Constantin d'Écosse, Hywel Dda de Deheubarth, Owain de Strathclyde[N 2]. et le seigneur de Bamburgh Ealdred viennent lui rendre hommage à Eamont, près de Penrith[58]. S'ensuivent sept années de paix dans le Nord[59]

La situation au pays de Galles s'inscrit dans la continuité des prédécesseurs d'Æthelstan : dans les années 910, le Gwent s'est reconnu vassal du Wessex, tandis que le Deheubarth et le Gwynedd se sont soumis à Æthelflæd, puis à Édouard l'Ancien après 918. Guillaume de Malmesbury raconte une rencontre à Hereford, où Æthelstan convoque les rois gallois pour leur imposer un lourd tribut annuel et fixer la frontière entre l'Angleterre et le pays de Galles sur la Wye[60],[61]. Les souverains du pays de Galles fréquentent régulièrement la cour d'Æthelstan de 928 à 935 et figurent au début de la liste de témoins sur les chartes de cette période, ne le cédant qu'aux rois d'Écosse et de Strathclyde, signe de leur importance. La paix entre Anglais et Gallois dure tout au long du règne d'Æthelstan, même si la férule anglo-saxonne n'est pas vue d'un bon œil par tous les Gallois : le poème prophétique Armes Prydein, rédigé vers cette époque, prédit un soulèvement breton victorieux contre l'oppresseur saxon[62].

D'après Guillaume de Malmesbury, la rencontre de Hereford est suivie d'une campagne militaire contre les Cornouailles : Æthelstan chasse les Cornouaillais de la ville d'Exeter, qu'il fortifie, et établit la frontière de son royaume sur la Tamar. Les historiens modernes considèrent ici Guillaume avec scepticisme dans la mesure où les Cornouailles se trouvent sous la domination du Wessex depuis le milieu du IXe siècle. Æthelstan fonde un nouvel siège épiscopal pour la région et nomme son premier évêque, mais la culture et la langue corniques persistent[63],[64],[65].

Æthelstan devient ainsi le premier roi de tous les peuples anglo-saxons, et de facto suzerain de toute la Grande-Bretagne[59],[N 3]. Il inaugure ce que John Maddicott appelle la « période impériale » de la royauté anglo-saxonne (de 925 à 975 environ), durant laquelle les souverains gallois et écossais assistent aux assemblées des rois anglais et témoignent sur leurs chartes[66]. Æthelstan s'efforce de se concilier l'aristocratie northumbrienne à travers de nombreux dons aux monastères de Beverley, Chester-le-Street et York. Il reste néanmoins considéré comme un étranger, et les royaumes du Nord de l'île préfèrent encore s'allier aux rois païens de Dublin qu'au monarque chrétien de Winchester. Sa position dans le Nord reste donc instable[67],[68].

L'invasion de l'Écosse en 934[modifier | modifier le code]

Æthelstan envahit l'Écosse en 934 pour des raisons incertaines. Il est possible qu'il ait enfin eu les mains libres après la mort de son demi-frère Edwin en 933. La mort du roi de Dublin Gothfrith en 934 a pu fragiliser la situation danoise et offrir à Æthelstan une opportunité d'imposer sa domination dans le Nord. Les Annales de Clonmacnoise proposent une autre hypothèse : elles mentionnent en 934 le décès d'un souverain qui pourrait être Ealdred de Bamburgh, dont les terres auraient alors été disputées entre Constantin et Æthelstan. Le chroniqueur du XIIe siècle Jean de Worcester affirme que Constantin avait rompu le traité passé avec Æthelstan[69],[70].

La campagne débute en mai 934. Æthelstan est accompagné de quatre rois gallois : Hywel Dda de Deheubarth, Idwal Foel de Gwynedd, Morgan ap Owain de Gwent et Tewdwr ap Griffri de Brycheiniog. Sa suite comprend également dix-huit évêques et treize comtes, dont six Danois. Il arrive à Chester-le-Street fin juin ou début juillet et offre des cadeaux somptueux au sanctuaire de saint Cuthbert. D'après Siméon de Durham, les armées d'Æthelstan s'enfoncent jusqu'à Dunnottar, dans le nord-est de l'Écosse, tandis que sa flotte ravage la région de Caithness, qui relève alors probablement du royaume viking des Orcades[70],[71].

Les chroniques ne mentionnent aucun affrontement et ne précisent pas l'issue de la campagne. On sait seulement qu'Æthelstan est de retour à Buckingham en septembre avec Constantin, qui témoigne sur une charte en tant que subregulus, autrement dit comme roi vassal d'Æthelstan. Il apparaît également sur une charte de 935 aux côtés d'Owain de Strathclyde, Hwel Dda, Idwal Foel et Morgan ap Owain. Les rois gallois reviennent à la cour d'Æthelstan à Noël la même année, mais Constantin ne les accompagne pas[72],[73].

Brunanburh et ses suites[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Brunanburh.

Olaf Gothfrithson succède à son père Gothfrith comme roi de Dublin en 934. Il consacre les trois premières années de son règne à l'élimination de ses rivaux en Irlande, et il se tourne vers le royaume d'York à partir d'août 937. Il n'est pas assez fort pour s'opposer seul au Wessex, et c'est pourquoi il s'allie avec Constantin d'Écosse et Owain de Strathclyde pour envahir l'Angleterre à l'automne. C'est une saison inhabituelle pour la guerre, qui se déroule d'ordinaire en été, ce qui a certainement surpris Æthelstan. Il semble avoir réagi lentement : un poème latin repris par Guillaume de Malmesbury l'accuse de paresse. Michael Wood salue sa prudence : selon lui, Æthelstan ne s'est pas laissé entraîner au combat avant d'y être prêt, contrairement à Harold Godwinson en 1066. Ainsi, tandis que ses adversaires pillent le nord-ouest du royaume, il rassemble une armée au Wessex et en Mercie avant de marcher à leur rencontre. Les Gallois restent neutres dans ce conflit[74],[75],[76],[77].

Les deux armées se rencontrent à Brunanburh, dont l'emplacement reste débattu. La bataille se solde par une victoire écrasante d'Æthelstan, tandis que Constantin y perd un fils et qu'Olaf est contraint de fuir à Dublin avec le reste de ses troupes. Les troupes anglaises subissent également de lourdes pertes, parmi lesquelles deux cousins d'Æthelstan[78]. Une génération plus tard, le chroniqueur Æthelweard l'appelle « la grande bataille[79] », et la Chronique anglo-saxonne lui consacre un poème épique, dans lequel Æthelstan est décrit comme le souverain d'un empire britannique[80].

L'importance de la bataille fait débat chez les historiens. Pour Alex Woolf, il s'agit d'une victoire à la Pyrrhus : la campagne semble avoir débouché sur une impasse, le pouvoir d'Æthelstan semble avoir été réduit, et après sa mort, Olaf s'empare sans peine de la Northumbrie[81]. Alfred Smyth considère qu'il s'agit de « la bataille la plus importante de l'histoire anglo-saxonne », mais d'après lui, elle n'a pas eu autant de conséquences qu'on lui prête souvent[82]. À l'opposé, Sarah Foot juge difficile de surestimer l'importance de la bataille : une défaite anglo-saxonne aurait signé l'arrêt de mort de leur hégémonie sur la Grande-Bretagne[83]. Michael Livingston y voit « l'acte de naissance de l'anglicité », et « l'une des batailles les plus importantes non seulement de l'histoire de l'Angleterre, mais aussi de toutes les îles Britanniques[84] ».

Mort[modifier | modifier le code]

La tombe d'Æthelstan à l'abbaye de Malmesbury.

Æthelstan meurt le 27 octobre 939 à Gloucester. Contrairement à son grand-père et à son père, il choisit de ne pas se faire enterrer à Winchester. Suivant ses dernières volontés, il est inhumé en l'abbaye de Malmesbury, où il rejoint ses deux cousins tués à Brunanburh. Ce sont les seuls membres de la maison de Wessex enterrés à Malmesbury, ce qui reflète selon Guillaume de Malmesbury la dévotion toute particulière d'Æthelstan à l'égard de ce monastère et de son abbé Aldhelm de Sherborne. Ses restes disparaissent lors de la Réforme, et sa tombe à l'abbaye, façonnée au XVe siècle, est donc vide[85],[54].

Après la mort d'Æthelstan, les habitants d'York font appel au roi de Dublin Olaf Gothfrithsson, réduisant à néant l'hégémonie anglo-saxonne dans le Nord qui semblait si solide après Brunanburh. Les successeurs d'Æthelstan, ses demi-frères Edmond (939-946) et Eadred (946-955), consacrent la majeure partie de leurs règnes à reconquérir la Northumbrie. Ce n'est qu'en 954 que l'Angleterre est réunifiée, lorsque le dernier roi viking d'York, Éric à la Hache de sang, est chassé par ses sujets qui reconnaissent Eadred comme roi[86].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Certains historiens affirment que Sihtric avait répudié sa nouvelle épouse pour retourner au paganisme (Thacker 2001, p. 257), mais d'autres considèrent qu'Æthelstan a simplement profité des opportunités laissées par son décès (Foot 2011, p. 18, Stenton 1971, p. 340, Miller 2014, p. 18). Alex Woolf considère la répudiation improbable dans la mesure où elle aurait été presque immédiatement suivie d'une déclaration de guerre de la part d'Æthelstan (Woolf 2007, p. 150-151).
  2. Guillaume de Malmesbury parle d'Owain de Strathclyde, mais la Chronique anglo-saxonne parle d'Owain de Gwent. Il est possible qu'ils aient été tous deux présents à Eamont (Foot 2011, p. 162, Woolf 2007, p. 151, Charles-Edwards 2013, p. 511-512).
  3. La situation en Bernicie n'est cependant pas des plus claires. Ann Williams estime qu'Ealdred de Bamburgh ne s'est soumis à Æthelstan qu'en paroles et qu'il se considérait plutôt comme vassal de Constantin (Williams 1991), mais Alex Woolf voit plutôt en lui un souverain plus ou moins indépendant sous l'autorité du Wessex, à l'image d'Æthelred de Mercie sous le règne d'Édouard l'Ancien (Woolf 2007, p. 158).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Stenton 1971, p. 95, 236.
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  3. Stenton 1971, p. 259-269, 321-322.
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  6. Charles-Edwards 2013, p. 510-512, 548.
  7. Foot 2011, p. 136.
  8. Pratt 2010, p. 332.
  9. Keynes 1999, p. 471.
  10. Levi Roach, « Law Codes and Legal Norms in Later Anglo-Saxon England », Historical Research, Institute of Historical Research, vol. 86, no 233,‎ août 2013, p. 477-479 (DOI 10.1111/1468-2281.12001).
  11. Foot 2011, p. 136-137.
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  13. Dumville 1992, p. 146, 168.
  14. Foot 2011, p. 251-258.
  15. Foot 2011, p. 167-168.
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  17. Miller 2014, p. 18.
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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