Âge d'or des comics

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Âge d'or des comics
Pays États-Unis
Période env. 1938 — env. 1950
Période liée
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L'âge d'or des comics est, dans l'histoire de la bande dessinée américaine, le nom donné à la période située entre les années 1930 et le milieu des années 1950. Le format du comic book est créé par Max Gaines en 1933 et son contenu est constitué de rééditions de bandes dessinées à succès, appelées comic strips, déjà publiées dans les journaux. Mais c'est en 1938, avec l'apparition de Superman, archétype du super-héros, dans les pages de Action Comics que l'on date le plus souvent le début de cette période. L'âge d'or s'achève brutalement en 1954 avec la mise en place d'un organisme de contrôle des comics, le Comics Code Authority, qui oblige plusieurs éditeurs à mettre la clé sous la porte.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Le terme d'âge d'or des comics' apparaît en février 1966 dans une lettre d'un lecteur publiée dans le no 42 de Justice League of America qui affirme en faisant référence à la politique de DC Comics de recréer les super héros des années 1940 : « Si vous continuez à ramener les héros de l'âge d'or, dans vingt ans les gens parleront de cette décennie comme des sixties d'argent »[n 1],[R 1]. Les lecteurs et les critiques s'emparent de l'expression qui devient habituelle[R 2] et qui amène la création d'autres dénominations bâties sur le même modèle : âge victorien, âge de platine, âge atomique, âge de bronze et âge moderne[R 3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Exemple de comics d'horreur - Adventures Into Darkness #14

L'histoire de la bande dessinée américaine remonte au milieu du XIXe siècle lorsque sont publiées des éditions pirates de la bande dessinée Les amours de M. Vieux-bois de Rodolphe Töpffer sous le titre The Adventures of Obadiah Oldbuck[P 1] mais c'est l'apparition de la bande dessinée dans les journaux sous la forme de comic strips qui permet le développement de ce art graphique. Cette période du XIXe siècle est parfois divisée en deux parties qui sont l'âge victorien (1828-1882) et l'âge de platine des comics (1883-1938). Même si tous les critiques ne reprennent pas cette division, il existe un consensus pour faire de l'année 1938, une date particulière puisqu'elle est celle de l'apparition de Superman, de Jerry Siegel et Joe Shuster dans Action Comics #1 publié par DC Comics[R 3],[R 4].

Avant 1938, la bande dessinée américaine a déjà connu une révolution avec l'apparition du premier comic book en 1933. Cette année-là Max Gaines, connaissant une période difficile financièrement, retourne avec sa famille chez sa mère pour y être hébergé gratuitement. Là il retrouve les vieux comic strips des journaux et a l'idée de les relier en un petit livret[1],[K 1]. Il propose d'abord à des entreprises d'utiliser ces comic books comme cadeaux gratuits fournis avec l'achat de produits de consommation. Le projet connaît un grand succès et cela permet à Gaines de convaincre la société d'imprimerie Eastern Color Printing de publier un comic book qui sera vendu par les marchands de journaux. Le contenu est exclusivement constitué de reprises de comics strips parus précédemment dans des journaux. La même année paraissent deux comics Detective Dan, Secret Operative No. 48, qui est le premier dans lequel est publié un récit inédit, et The adventures of Detective Ace King, tous deux édité par la société Humor Publication. Aucun de ces pionniers des comic books ne dépassent le premier numéro et leur manque de notoriété les fait tomber dans l'oubli[T 1]. De ce fait le premier comic book retenu par l'histoire, vendu et non donné, paraît en février 1934 et s'intitule Famous Funnies. Il comporte 68 pages et coûte 10 cents ; il reprend, entre autres, Joe Palooka, Mutt and Jeff, Hairbreadth Harry [K 1]. Le succès de ce premier comic book amène la création de nouvelles maisons d'édition spécialisées dans ce format qui achètent les droits d'édition de comic strips déjà publiés dans des journaux[K 2]. Toutefois, le nombre de séries quotidiennes pouvant être reprises dans des comic books apparaît bientôt insuffisant et les éditeurs commencent à chercher des séries inédites pour remplir leurs revues[K 3].

En février 1935, l'un de ces éditeurs, le Major Malcolm Wheeler-Nicholson, propriétaire de National Allied Publications lance un magazine de bandes dessinées, au format tabloïd, constitué uniquement de séries inédites et intitulé New Fun Comics. Les histoires sont inintéressantes et mal dessinées et la revue semble condamnée mais dans le sixième numéro apparaît un nouveau personnage le Doctor Occult créé par Jerry Siegel au scénario et Joe Shuster au dessin[K 4]. Ce personnage qui lutte contre des créatures fantastiques comme les vampires, connaît une transformation à partir du quatorzième numéro (octobre 1936) de More Fun Comics, qui a pris la suite de New Fun Comics, et peut dorénavant voler, est doté d'une super-force et porte une cape rouge et un costume bleu. Superman n'est encore qu'un projet refusé par les éditeurs mais Siegel et Shuster utilisent déjà des caractéristiques du futur premier super-héros[K 5]. Ces deux auteurs participent aussi au premier numéro de Detective Comics, publié en mars 1937, avec la série Slam Bradley qui met en scène un détective privé[K 6]. Wheeler-Nicholson est à ce moment obligé de céder des parts de sa société à Harry Donenfeld et Jack S. Liebowitz pour éviter la faillite. National Allied Publications devient alors Detective Comics, Inc., abrégé ensuite en DC Comics[M 1].

Naissance des super-héros[modifier | modifier le code]

En avril 1938}[2] DC Comics lance un nouveau comics nommé Action Comics dans lequel apparaît pour la première fois un super-héros, en l'occurrence Superman créé par Joe Shuster et Jerry Siegel. Ce projet était déjà ancien et avait été présenté à plusieurs maisons d'édition qui l'avaient toutes refusées. C'est grâce à Max Gaines que Siegel et Shuster travaillent de nouveau à leur création et que Donenfeld et Liebowitz, qui ont entre temps racheté toutes les parts de Wheeler-Nicholson, se laissent convaincre de le publier[K 2]. Le succès est immédiat et de nouveaux comics de super-héros ou des séries dérivées sont créés pour profiter de cet engouement. Le 16 janvier 1939 paraît le premier strip de Superman scénarisé par Siegel et dessiné par Shuster. Mais DC Comics ne se contente pas d'être l'éditeur de Superman et d'autres super-héros voient le jour. The Sandman, de Gardner Fox et Bert Christman, apparaît en avril 1939 dans New York World's Fair Comics et en mai 1939 dans le numéro 27 de Detective Comics surgit Batman de Bob Kane et Bill Finger[n 2],[B 1],[M 1]. Puis un nouveau comic book portant le nom de Superman sort à l'été 1939. Joe Shuster n'est pas capable de dessiner les aventures de son héros dans tant de comics, aussi est-il obligé d'engager des assistants parmi lesquels se trouvent Wayne Boring et Ira Yarbrough[K 7].

Voyant comment Superman attire les lecteurs, des éditeurs de comics décident de copier le personnage. Ainsi Victor Fox, ancien salarié de DC Comics et propriétaire de Fox Comics, demande au studio de Jerry Iger et Will Eisner de créer un super-héros semblable à Superman. Malgré les réticences d'Eisner, Iger convainc son partenaire d'accepter la demande et en mai 1939 sort Wonder Comics dans lequel apparaît le super-héros Wonder Man[n 3],[M 2]. Les ressemblances entre ce personnage et Superman sont trop importantes pour que National Allied laisse passer cela. Aussi une plainte est déposée et Fox Comics est condamné[K 8].

Cela n'empêche pas la multiplication des éditeurs tels que Fawcett Publications, Timely, Lev Gleason Publications qui proposent un flot important de super-héros de tout genre. Timely présente ainsi Namor, l'Atlante, de Bill Everett ou Human Torch de Carl Burgos tous deux publiés dans Marvel Comics en novembre 1939[M 2]. All American Comics, fondé par Max Gaines en 1939, publie dans Flash Comics les aventures de Flash de Gardner Fox au scénario et Harry Lampert au dessin et celles de Hawkman de Fox et Dennis Neville[T 2] ; viennent ensuite Green Lantern de Bill Finger au scénario et Martin Nodell au dessin, etc. Fawcett Publications édite dans le comic book Whiz Comics, et ce à partir du numéro 2, les aventures de Captain Marvel de Bill Parker et C. C. Beck[T 2]. Les ventes du comics s'envolent et celui-ci devient le comic book le plus vendu. En juin 1940 paraît la première histoire du Spirit, de Will Eisner, dans un supplément de 16 pages distribué dans plusieurs journaux, grâce au système de la syndication.

Comme les comics mettant en scène des super-héros est très jeune, les nouveautés se succèdent. Dans un premier temps les auteurs créent les héros adolescents qui sont des assistants du personnage principal. Le premier personnage à inaugurer cela est Batman qui en 1940 dans Detective Comics 38 accueille Robin[M 2]. Des super-héroïnes apparaissent aussi comme Red Tornado, créée par Sheldon Mayer ou Wonder Woman de William Moulton Marston édité par All American Comics. All American, bien qu'elle soit distincte financièrement de DC Comics, partage certains éléments avec celle-ci : le logo de DC apparaît souvent sur les couvertures de All American et chacune des maisons fait de la publicité pour l'autre). Elles vont aller plus loin en publiant un comic book, édité par All American et intitulé All Star Comics, dans lequel se retrouvent des héros des deux entreprises. Les deux premiers numéros sont seulement des anthologies dans lesquelles se retrouvent Flash, Hawkman, le Spectre (apparu dans More Fun Comics 52 scénarisé par Jerry Siegel et dessiné par Bernard Baily[T 2]), Hourman (créé par Bernard Baily au dessin et Ken Fitch au scénario dans Adventure Comics[T 2], Green Lantern, Sandman, Johnny Thunder (créé par John B. Wentworth au scénario et Stan Aschmeier au dessin) et quelques autres. C'est à la fin de 1940 dans le troisième numéro qu'est créée la première équipe de super-héros, regroupant ces personnages auparavant solitaires et nommée la Justice Society of America[T 2]. Le succès est important et cette idée de regrouper des héros qui auparavant s'ignoraient a été jugée par certains presque aussi importante que la création même des super-héros[T 3]. Auparavant, au printemps 1940, la notion d'univers commun dans lequel vivait des personnages présentés par le même éditeur était apparue chez Timely. En effet dans les numéros 8 et 9 de Marvel Mystery Comics Human Torch avait combattu Namor[H 1].

La seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Exemple de comics de la Seconde Guerre mondiale - Black Terror #10

En 1939, Martin Goodman lance le premier numéro de Marvel Comics, devenu dès le deuxième numéro Marvel Mystery Comics. Pour cela il passe par un studio, Funnies Inc, qui emploie Joe Simon. Pour éviter les intermédiaires, Goodman engage celui-ci comme rédacteur en chef[R 5]. Simon partage son temps entre Timely et Fox Feature Syndicate où il rencontre Jack Kirby. Ensemble ils fondent un studio et proposent plusieurs créations à Timely dont une, Captain America rencontre un succès important et lance le genre du super-héros patriotique. Le premier numéro de Captain America paraît en décembre 1940[n 4] et les ventes atteignent le million d'exemplaires[T2 1]. La maison d'édition MLJ publiait déjà les aventures de The Shield, créé par Harry Shorten au scénario et Irv Novick au dessin, dans le comic book Pep Comics depuis 1939-1940[n 5] et le personnage avait assez de succès pour être publié aussi dans un comics presqu'à son nom, Shield-Wizard Comics. Néanmoins c'est Captain America qui est resté dans les mémoires comme le meilleur représentant de ce type de super-héros[3]. Le succès de celui-ci amène la création, toujours par Simon et Kirby, de la série Young Allies pour Timely. Ce titre présente les exploits de Toro, le jeune protégé de Human Torch, Bucky, le protégé de Captain America, et d'adolescents luttant contre les nazis[T2 1]. Simon et Kirby quittent toutefois Timely pour DC Comics en 1941 car Martin Goodman ne respectait pas l'accord financier qu'il avait signé avec eux. Timely se retrouve du jour au lendemain sans responsable éditorial et pour remplacer Joe Simon, Martin Goodman engage en 1942 son neveu, Stanley Lieber, plus connu sous son pseudonyme de Stan Lee[R 6].

Une fois chez DC, Kirby et Simon créent plusieurs séries : un nouveau Sandman, The Newsboy Legion et Boy Commandos. Ce dernier présentant des jeunes qui luttent contre les nazis est un succès. Bientôt d'autres super héros s'engagent contre le Japon et l'Allemagne après l'attaque de Pearl Harbour et les déclarations de guerre [R 7]. Déjà des personnages de comics, comme Submariner ou Human Torch, avaient lutté contre les nazis, mais à partir de 1942, de nombreux autres éditeurs de comics se mettent à proposer des séries avec des héros patriotiques. De plus, les comics de guerre sont aussi très populaires chez les soldats comme chez les adolescents [R 7]. Toutefois, la guerre a des conséquences sur le monde des comics. Le papier est réquisitionné, ce qui limite les possibilités de créer une nouvelle maison d'édition[M 3].

L'après guerre[modifier | modifier le code]

Cette période est parfois nommée l'âge atomique des comics[R 3]. En effet après les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki et l'essai de la première bombe atomique de l'Union soviétique, le 29 août 1949, la crainte d'une guerre nucléaire va se retrouver dans les comics. Des personnages comme Atoman, Atomic man apparaissent dans des comics et des super-héros comme Captain Marvel se dressent contre la menace nucléaire[M 4].

Lorsque la Seconde Guerre mondiale s'achève, les super-héros se retrouvent sans adversaires. Durant cinq ans, ils ont combattu des nazis et des japonais mais ceux-ci cessent d'être les ennemis des États-Unis et doivent être remplacés par de nouvelles menaces. Malheureusement, sans ces opposants, les comics de super-héros perdent leur intérêt et les séries vont peu à peu s'éteindre. Les comics qui se sortent le mieux de cette crise sont ceux dans lesquels les super-héros sont absents. Il s'agit des comics policiers, ceux présentant des personnages de dessins animés, etc. Même pour ceux-ci, les ventes chutent et le total des ventes de comics, hors ceux de super-héros, n'atteint que la moitié de celles de la période de la guerre[M 3]. D'autres genres profitent de ce désintérêt pour les super-héros et attirent de nouveaux lecteurs. Trois genres vont rapidement séduire les lecteurs : les crime comics, les comics de romance et les comics d'horreur. L'attrait pour les comics mettant en scène des criminels ne date pas de l'après-guerre. Dès 1942, Crime Does Not Pay, édité par Lev Gleason Publications, attire les lecteurs et se vend à plus d'un million d'exemplaires[P 2]. A contrario, les comics de romance sont une innovation d'après guerre, bien que des comics à la thématique proche, racontant les aventures humoristiques d'adolescents (comme celles d'Archie Andrews publié par MLJ) aient déjà été édités dès le début des années 1940. Cependant les comics de romance naissent réellement en juin 1947, lorsque Joe Simon et Jack Kirby écrivent et dessinent le premier numéro de Young Romance édité par Prize Publications. Le succès immédiat que prouve le triplement des ventes entre le premier et le troisième numéro[SU 1] attire les autres éditeurs qui rapidement imitent le titre[P 2],[B 2].

Deux ans plus tard, arrivent les premiers comics d'horreur édités par EC Comics. Jusqu(à cette date, cette maison d'édition proposait des comics qui suivait les modes et les genres classiques : westerns, romance et histoires criminelles. Mais rien ne sortait du lot et les ventes étaient faibles. Comme l'éditeur William Gaines et son principal scénariste Al Feldstein, apprécient les romans et nouvelles horrifiques et les émissions de radio fantastiques, ils décident d'adapter ce genre de récit aux comics et en 1949 paraissent Crypt of Terror et The Vault of Horror, les premiers comics d'horreur. Le succès arrive rapidement et chez les autres éditeurs de nombreuses imitations sont créées pour profiter de cette mode nouvelle[P 2].

En 1950, les comics offrent donc une grande variété de choix qui peuvent toucher les plus jeunes (comics adaptés de dessins animés), les adolescents (super-héros), les jeunes filles (romances) et les jeunes adultes (comics de gangsters et d'horreur). Les adolescents constituent l'essentiel des lecteurs et consomment aussi des comics qui ne leur sont pas destinés, comme les comics de gangster ou d'horreur, mais ils ne sont pas les seuls[W 1]. Cet âge d'or ne dure cependant pas et la situation évolue rapidement. Ainsi chez Timely comics, l'âge d'or se termine avec l'annulation de la série Captain America Comics au numéro 75 (février 1950) précédée de celle de Sub-Mariner Comics (avec le numéro 32 en 1949) et l'abandon du titre phare de la série, Marvel Mystery Comics qui est lui aussi remplacé en juin 1949 en devenant Marvel Tales[n 6],[4]. Chez DC Comics la série Justice Society of America paraissant dans All Star Comics s'arrête. (la revue change de nom au #58 pour All-Star Western.) Cet évènement entérine le déclin de la popularité des super-héros qui a commencé dès la fin de la Seconde Guerre mondiale[B 3].

Des nouveaux genres qui sont apparus ou se sont développés après-guerre, celui de romance, après avoir atteint des sommets, s'effondre. En 1949, un cinquième des comics vendus est un comics de romance soit 147 titres[B 4] mais en 1950 le nombre de séries est divisé par deux entre le premier et le second semestre et en 1951, seules trente séries sont encore publiées. Les ventes continuent ensuite à décliner lentement[B 5].

Fin de l'ère[modifier | modifier le code]

Le livre Seduction of the Innocent du Dr. Fredric Wertham parait. Soutenant que les comics (notamment les comics de super-héros, d'horreur, et policiers) favorisent la délinquance chez leurs jeunes lecteurs, il obtient un grand écho auprès des parents, et suscite un climat défavorable aux comics. En réaction, les éditeurs fondent le Comics Code Authority, un organisme qui impose dès lors aux comics de suivre un code de moralité très strict, sous peine de ne pouvoir être distribués.

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Les histoires qui constituent un comic book sont produites de deux façons. Soit la maison d'édition engage des artistes qui créent, écrivent et dessinent des histoires pour elle. Soit c'est un studio qui signe un contrat pour produire des séries que l'éditeur se charge ensuite de publier. Dans ce cas, le responsable du studio écrit le thème de la série, prépare quelques dessins et confie le travail à un ou des artistes travaillant pour le studio. Les auteurs sont le plus souvent rémunérés à la page, bien que certains artistes notables reçoivent un salaire[R 8], et les artistes gagnent généralement plus que les scénaristes. Ceux-ci, selon Stan Lee ne pouvait faire ce métier pour l'argent tant leur salaire était faible[R 9]. Les sommes perçues par les artistes étaient elles aussi très faibles oscillant entre 2 et 3 $ la planche. De plus une fois que le scénario ou la planche a été livrée, l'éditeur devient propriétaire du travail des auteurs qui ne peuvent espérer toucher quoique ce soit (sommes liée aux droits d'auteurs, au copyright, etc.). Ce travail ingrat est accepté pour subvenir aux besoins mais les artistes rêvent le plus souvent de quitter cet emploi pour dessiner des comic strips[R 8]. Dans les années 1950, la situation financière des auteurs s'améliorent et le salaire perçu par les scénaristes s'approchent de ceux des dessinateurs car ils oscillent entre 5 et 10 $ la planche[W 2].

Les comics coûtent alors 10 cents et comportent 64 pages[M 2].

Après-guerre, les conditions de production des comics évoluent car les éditeurs recourent moins à des studios et préfèrent engager directement les artistes. Ceci amène le développement de styles et de genres propres à chaque maison d'édition. Certains comme DC Comics ou Fawcett Comics continuent à privilégier les comics de super-héros alors que d'autres se spécialisent dans d'autres genres. Dell Comics édite des comics mettant en scène des personnages de dessins animés Disney ou Warner, MlJ développe sa ligne de comics humoristiques avec Archie et ses amis[W 2] et Lev Gleason Publications, créée en 1941, propose des comics policiers, dont Crime Does Not Pay, qui influenceront profondément les comics des années 1950[5].

Diffusion[modifier | modifier le code]

Les comics sont vendus dans chez les marchands de journaux. La date de publication indiquée est fausse et les comics sortent souvent deux mois avant cette date. La raison tient au souhait des éditeurs de voir leurs comics plus longtemps sur les présentoirs. Les comics connaissent un très grand succès et les ventes sont importantes. Ainsi Action Comics est vendu régulièrement à 900 000 exemplaires environ et Superman est le comic book qui détient un moment le record de ventes avec 1 300 000 d'exemplaires. Les maisons d'édition connaissant les meilleures ventes sont DC Comics, Quality Comics et Fawcett Comics mais d'autres éditeurs, comme Atlas Comics connaissent aussi des ventes à plus d'1 000 000[R 10]. De tels chiffes de ventes attirent les éditeurs qui multiplient le nombre de comics diffusés. Ainsi en juin 1941, 115 comic books étaient sur les présentoirs et en septembre 1941, il était prévu qu'il y en ait 136, d'après la revue Writers Digest en juin 1941[R 11]. On estime que 60 millions de jeunes américains lisaient des comics à cette date[R 10]. En 1943, 25 millions de comics étaient vendus chaque mois[M 5] et dans l'immédiate après-guerre, le succès ne se dément pas. Ainsi en 1946, DC Comics vend 26 millions de comics durant le premier trimestre[W 3]. Les comics n'intéressent plus seulement les plus jeunes mais aussi de jeunes adultes qui ont servi pendant la guerre. Dès lors, des sources de l'époque montrent que la moitié de la population américaine lit des comic books. Les enfants et les adolescents sont les plus nombreux mais des adultes lisent aussi des comics qui tendent à se diversifier pour toucher ces lecteurs plus âgés. Les publicitaires, d'ailleurs, ne s'y trompent pas et diffusent des annonces pour des objets ou des services à destination d'adultes dans les comics[W 1].

Aspects artistiques[modifier | modifier le code]

Écriture[modifier | modifier le code]

Dessin[modifier | modifier le code]

Au début de l'âge d'or les dessins sont très faibles et ce d'autant plus s'ils sont comparé aux grandes séries de comic strips[R 12]. Les scénarios sont aussi médiocres et ne peuvent améliorer la qualité générale du comics. Cela ne nuit cependant pas aux ventes[M 6].

Aspects idéologiques[modifier | modifier le code]

Même si les comics peuvent sembler de simples divertissements, ils servent souvent à diffuser des idées politiques. Dès l'origine ils sont à l'unisson de la société. L'essor des États-Unis grâce au New Deal se reflète dans l'envol des super-héros[W 4]. PAr la suite, lorsque les États-Unis entrent en guerre les personnages de comics sont utilisés pour l'effort de guerre. Ils promeuvent des actions de soutien financier et servent d'outils de propagande[R 7]. Dans l'immédiate après-guerre, les comics tendent à délaisser le monde réel et ses problèmes pour proposer des univers féériques. Cependant cela se lie à un idéal de paix universel et de lutte contre les petitesses de l'être humain pour que se réalise le rêve américain. DC comics, à partir de 1949, insert dans ses comics des textes prônant la tolérance, la coopération, la solidarité, etc. et Fawcett Comics publie les aventures de Radar, the international Policeman qui lutte sous la direction des « quatre grandes puissances (États-Unis, Royaume-Uni, URSS et Chine) » contre les fascistes et le capitalisme sauvage[W 5]. Mais plus tard lorsque l'URSS se dote de l'arme atomique et devient l'ennemie, les comics voient souvent dans leurs pages apparaître des communistes dans le rôle d'antagoniste au héros[M 4]. Durant cette même période, l'effacement des super-héros peut se voir comme un effet du repli sur soi des États-Unis et se lie à un délaissement du monde réel ambigu au profit d'une imagerie simpliste et niaise. Batman n'est plus un justicier de l'ombre mais un assistant de la loi et le Joker n'est plus un criminel psychopathe mais un escroc amusant[W 4].

Les artistes célèbres de l'âge d'or[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Texte original : « If you guys keep bringing back the heroes from the Golden Age, people 20 years from now will be calling this decade the Silver Sixties ! »
  2. Bien que Bob Kane soit le seul crédité, Finger a apporté de nombreux éléments à Batman : la couleur grise du costume, les oreilles pointues, la découpe de la cape
  3. Ce personnage n'a aucun rapport avec le personnage homonyme propriété de Marvel Comics
  4. La date indiquée sur le comic book est mars 1941
  5. La date de publication inscrite sur la revue est janvier 1940, le comic book a donc été distribué fin 1939
  6. la numérotation continue d'un titre (le dernier est le 92) à l'autre (le premier est le 93) même si le contenu n'a plus rien à voir

Références[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. p. 50
  2. p. 520
  3. p. 337
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  3. p. 56
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  5. p. 65-66

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Dwight Decker et Gary Groth, « An Interview with William M. Gaines », The Comics Journal, Fantagraphics, no 81,‎ mai 1983 (lire en ligne)
  2. (en) The Comics Journal, Numéro 184 : Numéros 187 à 188, Comics Journal, Incorporated,‎ 1996, p. 31
  3. (en) Don Markstein, « Don Markstein's Toonopedia : The Shield », sur www.toonopedia.com, Don Markstein,‎ 2008 (consulté le 16 décembre 2013)
  4. (en) Jim Casey, « Silver Age Comics », dans Mark Bould, Andrew M. Butler, Adam Roberts, Sherryl Vint, The Routledge Companion to Science Fiction, Routledge,‎ 2009, 554 p. (lire en ligne), p. 125
  5. (en) Randy Duncan et Matthew J. Smith, Icons of the American Comic Book : From Captain America to Wonder Woman, ABC-Clio,‎ 2013, 920 p. (ISBN 9780313399237, lire en ligne)

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article source utilisée pour la rédaction de cet article

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Liens externes[modifier | modifier le code]

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