À votre écoute, coûte que coûte
| À votre écoute, coûte que coûte | |
| Présentateur(s) | Margarete et Philippe de Beaulieu |
|---|---|
| Pays | |
| Langue | Français |
| Diffusion | |
| Station | France Inter |
| Création | janvier 2012 |
| Horaires | lundi au vendredi, 12h23 — 12h30 |
| Site web | emission-a-votre-ecoute-coute-que-coute |
À votre écoute, coûte que coûte est une dramatique radio quotidienne réalisée par Yann Chouquet[1] et diffusée sur France Inter depuis le 16 janvier 2012. D'une durée de sept minutes, elle est diffusée à 12 h 23, entre Les Affranchis et Carnets de campagne.
L'émission est une parodie présentée comme une émission de libre antenne sur la santé[2], mais aucune information ne souligne son caractère parodique ou humoristique et nombres d'auditeurs prennent cela au premier degré. Deux acteurs jouent un couple de spécialistes composé de Margarete de Beaulieu [3], psychothérapeute et son mari Philippe de Beaulieu [4], médecin ; ils répondent aux questions de faux auditeurs[1], en débitant « les pires des clichés racistes, homophobes, sexistes »[5] et réactionnaires[6]. L'émission crée la controverse, les réactions sur le site web de France Inter affichent l'indignation des uns, tandis que d'autres se réjouissent de cet humour caustique[5].
Dès le 19 janvier 2012, les acteurs Zabou Breitman et Laurent Lafitte sont évoqués dans Les Inrockuptibles comme étant les interprètes de Margarete et Philippe de Beaulieu[1] ; c'est implicitement confirmé par le médiateur de Radio France le 27 janvier[7].
Sommaire |
[modifier] Lancement
L'émission À votre écoute, coûte que coûte a été annoncée sur les ondes de France-Inter quelques jours avant son lancement comme une émission « de service et de libre antenne[8] », où les auditeurs pourraient poser des questions d'ordre médical et de vie quotidienne à des médecins.
France Inter a mis en place une ligne téléphonique censée recueillir les témoignages et questions des auditeurs[1],[9], sur laquelle la bande-annonce de l'émission est audible.
Après un silence total de la part de la direction, hormis la présentation de l'émission comme étant une émission de dialogue des auditeurs avec des médecins[10],[11], le médiateur de Radio France répond à quelques messages le vendredi 27 janvier au soir, indiquant que c'est effectivement par choix que France Inter ne communique pas sur cette émission et laisse les auditeurs se demander s'il s'agit d'une « vraie » émission ou d'une émission d'humour[12] ; il précise que l’ambiguïté fait partie du lancement voulu par les concepteurs de l'émission[7], et que la presse a révélé qui étaient les acteurs, confirmant implicitement que ce sont bien Zabou Breitman et Laurent Lafitte[7].
À la mi-février 2012, le service communication de France Inter indique qu'ils ont constaté que certains auditeurs étaient décontenancés, que certains n'ont pas saisi que l'émission est un canular ; il est précisé que le mode de communication minimaliste a été choisi pour susciter l'interrogation des auditeurs et marquer les esprits, à la différence de ce que l'on peut entendre ailleurs, et pour se moquer des autres émissions donnant des conseils sans en avoir les compétences[13]. Il est alors recommandé aux auditeurs d'écouter cette émission « au douzième degré »[13].
Le 16 février, lors de l'intervention mensuelle du médiateur de Radio France dans l'émission Service public, les acteurs Zabou Breitman et Laurent Lafitte sont à nouveau évoqués mais non confirmés[14]. Le médiateur précise alors que l'ambiguïté préparée secrètement est voulue[15], que le résultat est un battage médiatique important sur des blogs et des réseaux sociaux[15], et que À votre écoute, coûte que coûte est l'émission la plus baladodiffusée de France Inter[15] ; il ajoute que Wikipédia a consacré un article à À votre écoute, coûte que coûte[15], et que, à part les épisodes de l'éviction de Didier Porte et Stéphane Guillon, la création d'À votre écoute, coûte que coûte est l'événement qui a provoqué le plus de messages d'auditeurs depuis trois ans qu'il est en poste[14].
[modifier] Déroulement
L'indicatif musical de l'émission est le premier mouvement du Concerto Alla Rustica en sol majeur RV151 d'Antonio Vivaldi. L'émission est animée par deux faux animateurs[9] ; Philippe de Beaulieu, 43 ans, né à Bordeaux, est médecin généraliste après avoir fait « de brillantes études »[9]. Il est décoré de l'ordre national du Mérite en 1995 et est l'auteur de l'essai Morphopsychologie, mythe ou réalité ?, paru aux éditions fictives « Amis d'en France »[9] la même année. Margarete de Beaulieu, sa femme, née Margarete von Faulkenhausen, est âgée de 47 ans[9]. Psychothérapeute, elle serait l'auteur de l'ouvrage Encore, en corps, des mots qui soignent, paru également aux éditions « Amis d'en France »[9]. Le couple se déclare réactionnaire.
Au début de chaque émission, les deux animateurs décomposent la devise latine Anima sana in corpore sano en prononçant une partie chacun à tour de rôle. Ensuite, les « présentateurs » annoncent l'« auditeur » en ligne. Quelquefois, la ville d'origine de l'auditeur fait l'objet d'une anecdote ; ensuite, la personne au téléphone pose une question supposée être médicale ou psychologique et les « époux Beaulieu » y répondent avec des clichés les plus éculés sur le sujet, « vieille France »[6], éventuellement de manière raciste.
Lors des échanges avec les « auditeurs », les Beaulieu défendent leurs traditions, pourfendent les sans-abris, l'homoparentalité, tolèrent la zoophilie et la pédophilie et répondent de manière désinvolte sur les sujets les plus graves, sur un ton tour à tour arrogant ou condescendant[6]. Il y a fréquemment des quiproquos au cours du dialogue, provoquant l'irritation de l'auditeur, qui finit souvent par raccrocher au nez des animateurs. La conclusion se fait quelquefois avec une citation réellement existante, telle qu'une phrase de Michel Tardy sur l'éducation, ou de Théophile Gautier à propos du hasard[réf. nécessaire].
[modifier] Réactions
Lors de son lancement, l'émission suscite des dizaines de réactions de la part des auditeurs de France Inter chaque jour sur le site de l'émission[16],[5],[17],[18], sur le site de Télérama[11], ainsi que sur le site d'échange et de dialogue avec le médiateur de Radio France[19] souvent négatives et outrées en raison du fait qu'aucune information, ni sur le site de la radio, ni pendant l'émission, n'informe l'auditeur qu'il s'agit d'une parodie[20]. Il y a néanmoins également des messages de soutien. Un mois après le lancement de l'émission, ce sont des « milliers de commentaires enflammés » qui sont suscités par À votre écoute, coûte que coûte[21].
Les réactions et commentaires sur les médias sont partagés, certain, comme La Libre Belgique, saluant une blague « décelable dès le jingle rétro », et un « délire radiophonique qui brocarde l’hypocrisie ambiante »[18] ; d'autres comme Le Nouvel Observateur sont beaucoup plus critiques et s'interrogent, évoquant le ton « politiquement incorrect » et des « propos hallucinants lancés par les animateurs »[22].
L'émission du 26 janvier 2012, mettant en scène un père et son compagnon, provoque des réactions et des protestations de la part du magazine français à destination des homosexuels Têtu, qui dénonce des « propos homophobes intolérables »[23] ; de même, l'association Act Up-Paris publie une lettre ouverte aux responsables de France Inter[24], dans laquelle — bien que le canular ait déjà été décelé — la station est accusée de « contenter les homophobes ».
Le porte-parole du conseil de l'ordre des médecins rapporte avoir eu au sujet de l'émission des protestations « d’une demi-douzaine de confrères irrités », mais pense que la France est un pays « où on a le droit de se moquer et de caricaturer, même les médecins »[25]. Une plainte a par ailleurs été déposée à l'encontre de Philippe Val le directeur de France Inter, par un médecin qui n'a pas compris que la prétendue émission médicale est en fait une parodie : le cas était celui d'une jeune femme atteinte d'un herpès labial, à laquelle le prétendu médecin avait prescrit « une couche épaisse de crème à la cortisone »[25],[26], après avoir diagnostiqué de façon hasardeuse l'auditrice[27].
L'émission du 27 février 2012 intitulée La femme qui hésitait à s'installer en Isarël (sic) provoque une réaction de Richard Prasquier alors président du Crif : il écrit à Michel Boyon le président du CSA pour se plaindre que cette émission est un « festival de tous les clichés antisémites », et que « cette émission est extrêmement dangereuse, et qu’elle risque d’alimenter les préjugés qu’elle envisage peut-être de combattre »[28]. Au sujet de cette même émission, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme envoie un communiqué à Phillipe Val, et indique avoir saisi le CSA et déposé plainte auprès du Parquet de Paris[29],[30].
[modifier] Exemples d'émissions
- lundi 16 janvier 2012, L'homme qui participait à la première émission : appel à propos d'une entorse, clichés sur le système médical français[22].
- mardi 17 janvier 2012, La femme qui voulait que son fils soit bon en maths : une mère parle de son fils qui a des difficultés en mathématiques et qui accuse son demi-oncle d'attouchements[1].
- mercredi 18 janvier 2012, L'homme qui avait un enfant blanc : un immigré (interprété par un acteur qui pourrait être Omar Sy[1]) craint l'intoxication au plomb pour ses enfants ; il évoque ses déboires face aux marchands de sommeil[9],[22].
- vendredi 20 janvier 2012, L'homme qui voulait perdre du poids : demande de conseils sur l'obésité[31].
- lundi 23 janvier 2012, La femme qui voulait épouser un Arabe : une jeune femme évoque le rejet par ses parents de son fiancé marocain ; quiproquo sur les « recours légaux [...] pour ses papiers »[9].
- mardi 24 janvier 2012, L'homme qui voulait une place dans le train : plainte du peu de prise en compte du handicap par la SNCF[32].
- mercredi 25 janvier 2012, La femme qui condamnait les signes religieux : une professeure d'histoire parle de laïcité pendant les cours[33].
- jeudi 26 janvier 2012, L'homme qui était de la jaquette : inquiétude sur la nocivité des antennes-relais, évocation du compagnon de l'auditeur[23].
- vendredi 10 février, La femme qui hésitait à faire une amniocentèse : une femme enceinte interroge sur le risque d'avoir un enfant trisomique, questions sur l'avortement thérapeutique[34].
- lundi 13 février, L'homme qui s'était fait eu : un vieillard décoré de la francisque s'inquiète d'une MST transmise par ses relations pédophiles[35]
- mardi 14 février 2012, La femme qui avait vu une voyante : une veuve de 62 ans demande conseil sur sa nouvelle relation avec un homme, les Beaulieu la culpabilisent pour avoir trahi l'engagement envers son défunt mari[6]
- lundi 27 février 2012, La femme qui hésitait à s’installer en Isarël : les Beaulieu répondent avec des clichés antisémites aux questions d'une auditrice juive[28].
- vendredi 30 mars 2012, La femme séropo qui voulait avoir un enfant : la femme qui appelle est jouée par Karin Viard[36].
- mardi 3 avril 2012, La femme dont le voisin était parano : appel d'une femme paranoïaque, jouée par Valérie Bonneton[36].
- mercredi 16 mai 2012, La femme qui n'habitait pas vraiment Cannes : appel d'une ancienne amie de Margaret, jouée par Victoria Abril (qui joue ici son propre rôle).
[modifier] Notes et références
- Anna Benjamin, « France Inter : derrière À votre écoute, Zabou Breitman et Laurent Laffite », Les Inrockuptibles, 19 janvier 2012.
- Hugues Serraf, « À votre écoute : France Inter joue l’impertinence authentique, les auditeurs décrochent », Atlantico, 20 janvier 2012.
- Biographie de Margerete de Beaulieu sur France Inter.
- Biographie de Philippe de Beaulieu sur France Inter.
- Marion Cocquet, «France Inter "à notre écoute", quoi qu'il nous en coûte», Le Point, 19 janvier 2012.
- Politis n°1191 du 23 février 2012, page 18 Une émission brûlée au second degré, Jean-Claude Renard
- S'il vous plait, arrêtez Coûte que coûte ou expliquez-vous
- « À votre écoute, coûte que coûte » : le gros canular de France Inter
- « À votre écoute coûte que coûte : France Inter fait rire et grincer des dents », France 24, 24 janvier 2012.
- "À votre écoute : le buzz réussi de France Inter", Arrêt sur images, 23 janvier 2012.
- Émission La Nouvelle Édition, mercredi 8 février 2012, sujet Le deuxième degré impossible à la radio ?, 8'30", Anne-Élisabeth Lemoine ; interview de Valérie Lehoux, rédactrice en chef adjointe de Télérama : « [...] jamais reçu autant de réactions de lecteurs en aussi peu de temps sur une seule émission [...] »
- L'émission de 12h20 à 12h4à
- Un médecin accuse France Inter d’exercice illégal de la médecine, Le Parisien, C.Ch. 14 février 2012.
- Émission Service public du 16 février 2012, France Inter
- Émission Service public du 16 février 2012, France Inter : intervention du médiateur de Radio-France : « […] la direction de France-Inter n'a pas souhaité lever cette ambiguïté préparée dans le plus grand secret » […] « Le résultat de tout cela est évidemment un buzz formidable, entre indignation et recherche de la vérité sur tous les blogs et médias sociaux, le succès phonique ne pouvait être qu'assuré, l'émission est déjà record des post-casts de la chaîne. Wikipédia consécration vient de consacrer un référencement sur l'émission […], que demander de plus en termes de cette unité de bruit médiatique qui vaut aujourd'hui religion ? »
- Valérie Lehoux, «France Inter à votre écoute. Sans blague ?», Télérama, 16 janvier 2012.
- Pascal Claude, France Inter affiche une " drôle " de différence !, émission de RTBF du jeudi 26 janvier 2012 à 8h13
- Hubert Heyrendt , Un canular et de bonnes questions, site web lalibre.be, 27 janvier 2012
- Les auditeurs laissent plus de 180 messages en deux semaines à propos de À votre écoute, coûte que coûte sur Espace public : Vos messages
- France Inter fait rire et grincer des dents Les Échos, 24 janvier 2011
- France Inter : finalement, ça marche
- Caroline Grenon, «À votre écoute, coûte que coûte : le gros canular de France Inter», Le Nouvel Observateur, 20 janvier 2012.
- Jordan Grevet , « Homophobie : la nouvelle émission de France Inter est-elle allée trop loin ? », Têtu, 27 janvier 2011.
- Lettre ouverte aux responsables de France Inter
- France Inter devant la justice pour exercice illégal de la médecine, Le Quotidien du Médecin, Coline Garré 15 février 2012
- Val en justice pour exercice illégal de la médecine ?, Libération, 13 février 2012.
- Manuel Raynaud, Les animateurs de Coûte que Coûte à notre écoute
- « À votre écoute, coûte que coûte dérange le Crif », Le Nouvel Observateur, 1 mars 2012.
- L'émission prétendue satirique Coûte que coûte du 27/2/12 à 12h30 présentée sur France Inter irrite les auditeurs et déclenche un tollé compréhensible, site du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme
- À votre écoute, coûte que coûte : lorsque des institutions voient l’antisémitisme là où il n’est sûrement pas
- Un OVNI radiophonique sur France Inter
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